«Il faut sauver les bilatérales»

Elections fédéralesPrésident du PLR genevois, Alexandre de Senarclens évoque les enjeux de la législature.

Alexandre de Senarclens préside le Parti libéral-radical genevois, qui a deux sièges au Conseil national.

Alexandre de Senarclens préside le Parti libéral-radical genevois, qui a deux sièges au Conseil national. Image: Laurent Guiraud

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Les chefs des partis sont reçus par la Tribune de Genève, avant les élections fédérales. Alexandre de Senarclens préside le Parti libéral-radical genevois, qui a deux sièges au Conseil national avec Christian Lüscher et Hugues Hiltpold.

Quel intérêt prioritaire le Canton doit-il défendre à Berne?
– Il y en a plusieurs, mais le sauvetage des bilatérales est le sujet essentiel pour Genève. La Suisse écoule dans l’Union européenne 55% de ses exportations. Genève est elle-même très exportatrice avec son horlogerie. On a besoin de main-d’œuvre spécialisée dans ce secteur, dans les multinationales et dans la Genève internationale, qui nécessite aussi des permis extérieurs à l’Union. Si on ne pouvait pas sauver les bilatérales, ce serait une catastrophe pour l’emploi à Genève et l’effet récessif serait très fort. Tout est dans les mains du Conseil fédéral dont j’espère qu’il nous sortira de ce mauvais pas, mais je crains qu’il n’y parvienne pas et qu’il faille revoter. A titre personnel, j’ai signé l’initiative RASA qui pourrait être une voie de sortie, en dernier ressort.

N’êtes-vous pas en train de dramatiser?
– La libre circulation des travailleurs a été essentielle pour l’essor économique qu’a connu la Suisse. Celle-ci a échappé à la récession sévissant ailleurs en Europe parce qu’elle a pu faire venir, grâce aux bilatérales, les meilleurs talents. L’Union européenne a certes un intérêt à ce que ces accords bilatéraux soient maintenus, mais elle a d’autres soucis et ne nous fera pas de cadeau.

N’avez-vous pas une responsabilité dans le résultat du 9 février, en raison de la déficience des mesures d’accompagnement?
– Le reproche n’est pas valable à Genève qui a toujours été en pointe des contrôles du marché du travail. Notre ministre de l’Economie, Pierre Maudet, renforce cette surveillance. Les bilatérales engendrent une compétition, globalement positive, mais il faut empêcher les abus.

L’abandon du taux plancher par la BNS a nui à l’économie. Comment jugez-vous cette décision?
– Les entreprises ont dû soudain baisser leurs prix à l’export de 15%. C’est colossal. Mais la BNS n’avait plus le choix: son bilan était en danger. Reste que notre économie est très résiliente. Sa capacité d’adaptation phénoménale est due à nos conditions-cadres, notre partenariat social. Ce sont des valeurs que le PLR veut promouvoir. L’Etat ne doit pas venir plaquer un carcan législatif. Nous avons cette tradition solide de négociation entre patrons et syndicats. C’est le génie helvétique.

Le PLR promeut l’initiative pour la traversée du lac. Mais ce projet laisse Berne sceptique. Faut-il s’obstiner?
– Berne est sceptique parce que Genève a peiné à montrer la direction. J’espère que la votation sur l’initiative exprimera clairement la volonté genevoise de disposer d’un ring permettant aux voitures de contourner la ville. Il est aussi essentiel de doter le contournement actuel d’une troisième voie, ce que Berne accepte déjà.

Ces projets sont chers, comme le sont les développements ferroviaires. Peut-on tout faire? Ne faut-il pas choisir?
– Le routier et le ferroviaire sont tous deux importants, mais la route a été délaissée. Quand on regarde le trafic autoroutier, il est évident qu’on ne pourra pas tout résoudre en augmentant les cadences des trains. Ces investissements, importants, devront être échelonnés. Le PLR ne souhaite pas que la dette augmente. Il conviendra d’étudier un partenariat public-privé. De grands groupes sont prêts à financer un tel ouvrage, moyennant un péage qui nécessiterait une dérogation des Chambres fédérales, comme cela a été fait pour le Grand-Saint-Bernard. On votera l’an prochain sur un grand principe. Les détails seront affinés ensuite.

Le PLR veut égaliser l’âge de la retraite des deux sexes, mais que fait-il pour réaliser l’égalité salariale?
– Nous voulons cette égalité salariale, mais ce n’est pas à l’Etat de l’imposer. Cette évolution doit se faire dans le partenariat. Je pense que l’évolution est bonne et qu’elle doit se poursuivre.

Sur 12 candidats au Conseil national, vous ne présentez que deux femmes. Le PLR a-t-il un souci de machisme?
– Non. Tout dépend des disponibilités des personnes. Le parti a été le premier à placer une femme au Conseil d’Etat et en a fait élire deux autres. Il a été représenté aux Etats par Françoise Saudan et Nathalie Fontanet sera bientôt cheffe du groupe au Grand Conseil.

Vous avez deux sortants au Conseil national. Pourquoi lancez-vous au Conseil des Etats Benoît Genecand, qui est dépourvu d’expérience fédérale?
– Hugues Hiltpold et Christian Lüscher, tous deux indépendants, ne pouvaient pas assumer la charge aux Etats, très lourde. Benoît Genecand apporte de la fraîcheur. Il est arrivé à la politique tardivement, après une belle carrière dans le privé, mais il est expérimenté. Avec Raymond Loretan, il représente un renouveau, au contraire de la gauche qui nous ressort Robert Cramer et Liliane Maury Pasquier, qu’on a trop vus. A l’extrême gauche du Conseil des Etats, ils ont été dans tous les mauvais coups (initiatives 1:12, impôt sur les successions, etc.). Ils ne représentent plus les Genevois.

Pour faire élire ce ticket de l’Entente, négocierez-vous avec le MCG et l’UDC?
– Nous n’entrerons pas en tractations. Notre ticket arrivera en tête au premier tour. Au second tour, il y aura (je l’espère) un ralliement de l’électorat UDC et MCG, qui n’est pas captif de ces partis et saura faire le bon choix. Seuls les candidats PLR et PDC peuvent barrer la route à la gauche. Ce sera difficile, mais c’est possible.

Genève a accepté la caisse maladie publique, contre l’avis des Suisses et du PLR. Vous représentez mal Genève!
Sur ce thème, nous n’avons pas été au diapason. Mais selon nous, il ne faut pas étatiser le système: les déficits seraient colossaux. La concurrence des caisses est bonne. Le système doit être affiné. Il faut travailler sur les coûts qui ont doublé en 20 ans, sans que la population et les besoins n’aient augmenté d’autant.

Maintenant que l’échange automatique d’information est entériné, pourquoi maintenir le secret bancaire en Suisse?
– Un certain secret bancaire est mort. Mais les banques gardent une obligation de discrétion à l’égard de leurs clients. En Suisse, le citoyen a un rapport plus responsable à l’Etat. Nous voudrions préserver cette philosophie, en ne permettant pas à l’Etat de fouiner partout, de tout savoir de la sphère privée. Les banques, elles, regardent ce débat de loin. Depuis 2008, elles se sont adaptées et tiennent bien le coup. Pour elles, l’enjeu est de pouvoir accéder au marché européen. On en revient aux bilatérales! (TDG)

Créé: 28.09.2015, 11h52

«Widmer-Schlumpf ne doit pas être réélu»


La Suisse doit-elle sortir du nucléaire en 2050?


Alexandre de Senarclens. – Plutôt non. Nous avons tous été frappés par le désastre de Fukushima. Mais le PLR a une politique réaliste et ne veut pas verser dans l’émotion. Tant mieux si on peut se passer du nucléaire grâce aux énergies renouvelables, qui doivent être promues. Mais si l’abandon du nucléaire implique d’acheter du courant atomique français ou issu de centrales à charbon allemandes, cela n’a aucun sens. Autant avoir notre propre énergie nucléaire avec nos propres contrôles. Il faut sortir à terme du nucléaire, mais avec un rythme acceptable. Partir nez au vent avec un délai fixé en 2050, juste pour répondre à une émotion de la population, n’est pas notre façon de faire de la politique.

Suite à l’échec du Gripen, faut-il relancer l’achat d’avions de combat?


Oui. La Suisse n’est pas une île. Au milieu d’un continent, nous devons assumer des responsabilités de défense de notre territoire. Qui peut envisager une armée sans aviation? C’est le toit de la maison! Il est délirant de croire, comme la gauche, que tout le monde est beau et gentil. Nous avons besoin d’une défense aérienne, 24?heures sur 24. La Suisse, indépendante et souveraine, ne doit pas devoir compter sur d’autres pays pour lui venir en aide lorsqu’un avion est détourné. Intégrer l’OTAN? Non, la Suisse est neutre.

Pour pouvoir construire sur la zone agricole, faut-il assouplir la loi sur l’aménagement du territoire?


Oui. Les Suisses sont attachés à leur nature. C’est aussi le cas à Genève où la proximité de la campagne améliore la qualité de vie. On doit préserver cela, mais, pour notre développement, on peut dézoner de la zone agricole de façon mesurée et intelligente, notamment des terrains peu productifs ou enclavés.

Eveline Widmer-Schlumpf doit-elle être reconduite au Conseil fédéral?


Non. Elle ne représente plus personne, si ce n’est un parti dont la seule justification est de défendre sa candidature. Le PBD n’a pas trouvé sa place dans l’échiquier du centre et de la droite. De plus, elle n’a pas été une bonne conseillère fédérale. Face à la France et aux Etats-Unis, elle a manqué d’autorité et a mal négocié les enjeux liés à la place financière, une industrie qu’elle comprend mal. Elle veut en faire trop. Du moment qu’on accepte l’échange automatique d’informations, il ne faut pas imposer aux banques de s’assurer que les avoirs de leurs clients sont déclarés jusqu’au dernier centime. Ce n’est pas leur rôle.

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