«Il faut réintroduire des taxes à l’importation et des droits de douane»

Élections cantonalesLe viticulteur Willy Cretegny brigue un siège au Conseil d’État pour protéger l’économie et l’agriculture locales.

Willy Cretegny déplore la distorsion de concurrence entre les multinationales et l’économie locale.

Willy Cretegny déplore la distorsion de concurrence entre les multinationales et l’économie locale. Image: Lucien Fortunati

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Véritable outsider du second tour, Willy Cretegny, hors parti, veut brider la croissance de Genève. Selon l’adage «charbonnier est maître chez lui», le turbulent viticulteur de Satigny brigue un siège au Conseil d’État avec un programme fait de protectionnisme économique et agricole, mâtiné d’environnementalisme. Une candidature de combat qui a pour seul but d’imposer ces thèmes dans la campagne.

Willy Cretegny, vous militez depuis longtemps sur votre tracteur et au sein de corporations. Pourquoi vous présentez-vous aujourd’hui au Conseil d’État?

«Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue», disait Victor Hugo. Cela fait bientôt trente ans que je réfléchis, avec d’autres, aux effets de l’économie sur la société. Nous avions des difficultés à vendre nos vins et avons commencé à remettre en cause le principe du libre-échange. Aujourd’hui j’ai acquis une certaine expertise sur les questions de concurrence, que je veux mettre au service de l’économie locale.

Vous préconisez d’imposer les entreprises à 18 ou 20%, davantage que les 13,49% voulus par le Conseil d’État et même que les 16% de l’extrême gauche. Cela ne va pas faire fuir les multinationales?

Je crains surtout que les pertes liées au Projet fiscal (PF17), qui pourraient atteindre 400 millions de francs, alourdissent encore la dette du Canton. Cela l’empêcherait d’investir dans les infrastructures pour essayer, notamment, de fluidifier la circulation. Nous sommes déjà parmi les États qui taxent le moins les entreprises. Il faut mettre fin à cette folle concurrence fiscale entre cantons et pays, et construire une vision de l’économie plus globale.

Cette réforme bénéficierait aussi aux PME genevoises…

Les PME font peu de bénéfices et les réinvestissent déjà. Ce qui me préoccupe, c’est la distorsion de concurrence entre entreprises genevoises et étrangères. On ne peut pas rivaliser, en termes de prix, avec la tomate espagnole ou la brique en béton importée.

En 2019, Vaud introduira un taux de 13,79%. Aucune peur que les entreprises traversent la Versoix?

Cela pose en effet problème avec le canton de Vaud, où un vote quasi stalinien a eu lieu sur cette question. Mais je ne crois pas à une fuite importante vers ce canton qui a aussi des soucis d’aménagement de son territoire.

Genève doit donc se sacrifier pour montrer l’exemple?

Il faut revenir à une économie qui réponde aux besoins des gens, localement. Aujourd’hui, les multinationales veulent surtout réaliser d’énormes gains à court terme. À l’exemple d’Ikea, qui fait fabriquer ses meubles à bas coût en Asie et bénéficie ensuite de taxes à l’importation de plus en plus basses. Il y a des distorsions de concurrence entre ces multinationales et les entreprises locales qui ont des charges élevées parce qu’elles respectent des conventions collectives de travail. Nous devons revaloriser nos produits locaux, en réintroduisant des taxes à l’importation, en rétablissant des droits de douane et des contingents de volumes. Je ne suis pas contre les échanges commerciaux, mais contre le libre-échange.

Mais consommer local ne coûte-t-il pas souvent plus cher, alors que le pouvoir d’achat des ménages diminue sans cesse?

Casser les prix pour permettre aux familles précarisées de se nourrir est un leurre. Une économie de qualité doit permettre aux entreprises d’être pérennes et d’offrir des bons salaires, afin de limiter le nombre de personnes n’ayant pas assez pour vivre. D’autre part, les prix bas incitent à surconsommer, ce qui est un danger pour les personnes à faible revenu.

Selon vous, il faut à tout prix préserver la nature et la zone agricole. Où construire alors les logements et infrastructures dont les Genevois ont besoin?

Il est clair que si nous optons pour la croissance et le développement, avec une arrivée régulière de nouvelles entreprises, nous devrons construire des logements et des routes. Mais notre territoire est limité. Il faut faire des choix et calmer le jeu. La population doit pouvoir bénéficier de produits locaux de qualité et de zones de verdure pour se délasser.

Vous voulez donner tout le pouvoir aux communes sur les déclassements de terrains ou le type de logements qu’elles accueillent. N’est-ce pas le chaos garanti en termes d’aménagement?

Aujourd’hui, de plus en plus de citoyens s’opposent à la densification et au bétonnage de Genève. Le développement doit se faire avec leur approbation. D’autres cantons, comme Vaud, donnent depuis longtemps davantage de compétences aux communes. C’est plus démocratique.

Si vous n’êtes pas élu, comment poursuivrez-vous votre combat?

Élu ou pas, cette candidature m’a repositionné au niveau politique. Je vais certainement lancer un mouvement pour une politique économique protectionniste et respectueuse de nos ressources.


Bio express

Naissance Marié et père de deux enfants, Willy Cretegny est né en 1957 à Gland, dans une famille de pépiniéristes viticoles. Il grandit dans cette commune vaudoise.

Études Il fait un apprentissage de bûcheron, puis une école de garde forestier à Lyss, près de Bienne. Il décroche ensuite un CFC de viticulteur et, à 27 ans, un diplôme en œnologie de l’École d’ingénieurs de Changins (VD).

Travail Il est engagé au Domaine des Balisiers, à Satigny, pionnier du vin bio à Genève. Il se met ensuite à son compte. En 1994, il gagne au Tribunal fédéral le droit de vendre du vin dans les marchés. Viticulteur-encaveur indépendant, actif dans de nombreuses associations professionnelles, il est à la tête d’une exploitation employant quatre personnes et un apprenti. Il est spécialisé dans le vin bio depuis 1995.

Politique Au début des années 1980, Willy Cretegny est conseiller communal à Gland (l’équivalent d’un conseiller municipal à Genève). Il se rapproche ensuite des Verts genevois, qu’il trouve cependant trop peu offensifs sur la question du libre-échange. Lui rallie Berne en tracteur le 10 septembre 2001, pour manifester contre la politique viticole de la Suisse, qu’il juge trop libérale. Willy Cretegny devient l’un des porte-parole de ce mouvement. (TDG)

Créé: 03.05.2018, 20h18

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