«Il nous faut imaginer le salon du futur!»

Salon international de la haute horlogerieÀ une semaine de l’ouverture du SIHH à Palexpo (14-17 janvier), Fabienne Lupo, sa directrice générale, parle des enjeux importants qui attendent «son» événement.

Pour Fabienne Lupo, le digital est devenu indispensable au SIHH.
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Lorsque nous avons rencontré Fabienne Lupo, présidente de la Fondation de la haute horlogerie (FHH) et directrice générale du SIHH, dans ses bureaux à Meyrin, elle avait «omis» de nous préciser qu’elle était alors en discussion avancée avec Baselworld afin d’harmoniser leurs calendriers respectifs. Trop tôt! L’information est tombée peu avant Noël, sonnant comme un soulagement dans l’industrie horlogère: jusqu’en 2024, le SIHH et la Foire de Bâle se suivront dans l’agenda. La première étape de ce rapprochement aura lieu en 2020: Genève ouvrira les feux, du 26 au 29 avril, avant que la Messeplatz ne reprenne le témoin du 30 avril au 5 mai.


Lire aussi l'éditorial: Le SIHH, think tank de l’horlogerie


«Cela faisait plusieurs mois que les négociations avaient commencé, en fait, depuis que la nouvelle direction de Baselworld avait pris ses fonctions», précisa-t-elle alors. «Nous nous sommes rencontrés pour voir si nous ne pouvions pas revenir à la situation qui prévalait avant 2009.» Pour le SIHH, l’exercice s’est révélé compliqué: avec le Salon de l’auto en mars et les quatre semaines réservées en février déjà pour le montage des stands, sa marge de manœuvre était minime. Et, au mois d’avril, Palexpo n’était pas totalement vide, non plus! «Il a fallu faire de la place», concède la responsable. Laquelle n’est pas peu fière de ce happy end qui temporise désormais les débats autour de l’avenir des salons horlogers…

Pouvoir d’adaptation

Depuis que le Swatch Group, avec ses 18 marques, avait annoncé son départ de Baselworld, l’industrie horlogère bruissait en effet des rumeurs les plus folles. D’autant que, dans la foulée, quatre autres maisons – Maurice Lacroix, de Grisogono, Corum et Raymond Weil – prenaient la tangente à la Messeplatz. Même le SIHH était touché par cette vague de renoncements: en septembre, Audemars Piguet et Richard Mille, deux marques qui cartonnent au box-office de l’horlogerie, ont informé la FHH de leur désir de quitter Palexpo dès 2020. Pour des raisons stratégiques.

À une semaine de l’ouverture de la 29e édition du SIHH (14-17 janvier), Fabienne Lupo évoque évidemment ce double départ. Sans oublier de souligner la bonne santé de son salon. Depuis sa création en 1991, le SIHH a toujours su s’adapter, parfois même avec un temps d’avance. Pour preuve, cette année, la création d’un LAB, «un espace dédié aux initiatives digitales et technologiques des maisons exposantes ou de start-up ayant des domaines d’applications dans l’horlogerie».

«Les marques ont immédiatement adhéré à ce projet», explique-t-elle. «Ce LAB permettra aux marques exposantes, à quelques start-up ainsi qu’à l’EPFL de présenter leurs différents projets. Aujourd’hui, un salon comme le SIHH ne peut plus être seulement un salon privé et professionnel. Il est important d’accueillir les détaillants multimarques et la presse internationale. Mais on doit s’ouvrir à de nouveaux publics et celui des technologies, en lien avec le digital, est prioritaire pour nous.»

Le digital prend d’ailleurs de plus en plus de place au SIHH…
C’est un outil qui sert dans le développement de produit, le design, la distribution, la vente, la communication… Il est devenu indispensable! Tous les salons, y compris le Salon de l’auto ou, même, le Salon de l’armement, proposent aujourd’hui de l’expérience virtuelle… Nous devons accompagner cette évolution. Cela crée de l’émulation. Des idées. Le SIHH doit être LE lieu où il faut être, là où l’on dévoile les nouvelles tendances, là où l’on vit de véritables expériences. Les salons ne doivent plus être seulement des espaces avec des stands les uns à côté des autres et des montres dans les vitrines.

L’expérience de l’auditorium, lancée en 2018, a aussi connu beaucoup de succès. Va-t-il prendre de l’ampleur?
Absolument. L’an dernier, nous étions en phase de test. Cette année, cet auditorium deviendra une véritable tribune pour les marques. Il sera agrandi et plus visible. Les marques auront la possibilité d’y donner rendez-vous à leur communauté de suiveurs. En mettant l’accent sur un designer, un produit, une technologie… Cet auditorium sera un porte-voix, une tribune additionnelle qu’on offre aux marques. Avec cet outil, on ne veut plus parler seulement aux visiteurs de Palexpo, mais au monde entier.

Le format du SIHH a aussi changé: il passe sur quatre jours, avec des horaires élargis. Est-ce que cela a donné lieu à beaucoup de discussions à l’interne?
L’idée était de mieux rythmer un événement qui commençait très fort, mais s’essoufflait à la fin. Il fallait condenser et anticiper. On ouvre officiellement le lundi, mais le dimanche, en fin de journée, on a des previews destinés aux clients privés des marques. Un peu comme le fait le Salon de l’auto… On ouvre ensuite du lundi au jeudi soir. Avec une nocturne jusqu’à 22 h pour le jeudi. Il était compliqué pour le public de se libérer, le vendredi après-midi, pour venir au SIHH. Avec cette nocturne, l’horaire est mieux adapté: les gens peuvent venir après le travail.

2020 coïncidera avec la fin de vos amortissements pour les infrastructures du SIHH. Comment imaginez-vous la suite – qui correspondra justement aux 30 ans du salon en 2021?
On y réfléchit déjà, on est en train d’inventer le salon du futur. Mais on ne fait pas nos dessins dans notre coin… On a complètement associé les maisons à cette réflexion. De quoi avez-vous besoin? Quel format? Qui voulez-vous voir? Comment voulez-vous vous adresser à vos différentes audiences? Quelle est la bonne formule? Comment cela se traduit-il en termes d’organisation et de logistique? On doit répondre à ces questions. Nous avons commencé ce travail depuis plusieurs mois déjà. C’est là que l’on se rend compte de la diversité des attentes, des avis, des envies… Les univers sont si différents entre des maisons comme Cartier, Laurent Ferrier, Montblanc ou Lange Söhne. Mais il y a aussi des points communs fondateurs pour l’avenir – comme cette volonté ferme de se retrouver tous ensemble à un certain moment de l’année.


«On vit un changement structurel du business»

Présente depuis 2002 à Palexpo, la marque de haute joaillerie Van Cleef Arpels a choisi de se retirer du salon, elle sera remplacée par Bovet… Pour quelle raison?
Cette position, la marque l’avait exprimée depuis longtemps. Van Cleef Arpels a un réseau de distribution en retail, c’est-à-dire qu’elle n’a que des boutiques en propre et n’est pas distribuée ailleurs que chez elle. Cela faisait de moins en moins de sens de rester au SIHH. Ce sont les mêmes arguments avancés par Audemars Piguet et Richard Mille pour expliquer leur départ en 2020: être sur un salon où l’un des objectifs majeurs est d’accueillir des détaillants et de leur vendre des montres, ça n’avait plus d’intérêt pour eux! Heureusement, ce n’est pas la position de toutes les marques. Aujourd’hui, le wholesale est encore important pour beaucoup de marques, comme Cartier, qui vend une montre sur deux grâce à ce réseau-là. Ce n’est pas anodin, mais ce n’est plus suffisant! On vit là un changement structurel du business et nous devons accompagner ce mouvement.

Vous attendiez-vous à cette décision d’AP et de Richard Mille de quitter Palexpo?
Que des marques s’en aillent, ce n’est jamais une bonne nouvelle! Mais ils en parlaient depuis quelque temps déjà… Ils ne quittent pas le salon parce qu’ils sont mécontents, mais pour des raisons stratégiques. C’est important de le dire! C’est un changement de stratégie qui les a contraints de s’en aller. Mais l’histoire du salon est ponctuée régulièrement d’allers-retours. Des marques comme Bovet et Girard-Perregaux sont parties et elles sont à nouveau avec nous. Il ne faut jamais dire jamais…

Beaucoup de marques sont sur le pas de la porte pour prendre leur place…
Il y en a quelques-unes, oui! Cela veut dire que notre salon reste attractif. Le SIHH a peut-être un peu plus anticipé que les autres l’évolution structurelle du business, les nouveaux modes de consommation ou la digitalisation. Je ne dis pas qu’on a la formule magique, mais on s’en sort bien. On sait que l’édifice est fragile, on reste à l’écoute de nos maisons, on essaie de répondre à leurs besoins. Notre métier n’est pas d’organiser des salons, mais de promouvoir la haute horlogerie dans le monde. On connaît bien nos marques, on parle avec elles régulièrement… On organise des événements comme Watches & Wonders à Miami, on travaille le sujet de la formation. On nourrit une vraie proximité avec elles, et quand elles disent quelque chose, elles sont entendues… (TDG)

Créé: 15.01.2019, 14h52

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