Faut-il forcer la parité? Albane Schlechten face à Michèle Roullet

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Le bureau du Conseil municipal de la Ville de Genève comprendra obligatoirement dès l’an prochain autant de femmes que d’hommes. Telle est la volonté d’une majorité du Délibératif exprimée ce mercredi. Un vote qui divise forcément et qui renvoie à un combat plus important encore, la parfaite parité au sein de l’assemblée des 80 élus. Comment l’obtenir? Est-ce un objectif pour les prochaines élections municipales du printemps 2020? Deux élues croisent leurs points de vue: Albane Schlechten, cheffe de groupe socialiste au Conseil municipal et Michèle Roullet, conseillère municipale libérale-radicale.

Mixité au perchoir, un enjeu réaliste

Albane Schlechten, cheffe de groupe socialiste au Conseil municipal

À une large majorité, le Conseil municipal de la Ville de Genève a décidé le 6 juin de modifier son règlement et d’instaurer une mixité obligatoire au sein de l’organe qui le représente: sa présidence.

J’invite les autres collectivités publiques à modifier également leur instance représentative.

Cette mixité est indispensable si l’on veut se donner les moyens de représenter les 51,2% de femmes constituant la population suisse. Ce processus créé forcément des tensions et suscite des résistances; le changement est source d’angoisse, on peut le comprendre. Par contre, je réfute les arguments qui ont été émis par divers opposant.e.s à ce texte durant nos débats. En premier lieu, prenons la crainte de ne plus choisir des représentant.e.s en fonction de leurs compétences mais de leur sexe. À longueur d’année nous désignons, nommons, votons pour des personnes afin qu’elles siègent au sein de commissions diverses et variées. Différents critères dictent alors nos choix; l’appartenance partisane, le mérite, la place à donner à un.e collègue. Au fil de ces discussions, il est question de majorité, de tournus, d’accords mais jamais de compétences. Par contre, parlez d’égalité et là le mot apparaît comme par magie. La même magie à laquelle semblent croire celles et ceux qui pensent que l’égalité s’installera ou pire qu’elle est déjà installée et que tout va bien. Pourtant, les proportions parlent d’elles-mêmes: 30% en moyenne de représentation des femmes dans les Délibératifs genevois, 32% au Grand Conseil (légère progression au regard de la dernière législature) et si l’on monte à Berne, même constat avec un total de 29% pour le parlement (somme des deux Chambres). Comment peut-on passer d’une potentialité de plus de 50% d’individus à un résultat au final de 29% de représentation de cette population?

Peut-on décemment penser que l’égalité s’installe d’elle-même, alors que cela fait plus de vingt ans que nous avons voté la Loi sur l’égalité et plus de quarante ans que les femmes ont le droit de vote?

Cette modification réglementaire est nourrie de réalisme, mais elle présente aussi l’opportunité de jouer sur les projections et les images. Par effet de mimétisme, plus il y aura de femmes à des postes dits de pouvoir, plus les jeunes filles incluront dans leurs projections de carrière la possibilité d’occuper ces postes. J’utiliserai ici le terme un peu barbare de féminisation de l’institution. Par effet boule de neige, à force d’exemples et de modèles, les femmes vont d’une part plus s’engager en politique et, d’autre part, occuper des postes à responsabilités (réelles et symboliques). Enfin, soyons un peu pragmatiques. Ce que nous avons voté le 6 juin, c’est a minima d’avoir une femme présente dans un trio présidentiel, a maxima d’en avoir deux. Je n’oserais même pas prétendre que nous sommes progressistes, mais plutôt que nous venons de combler un certain retard. Il me semble qu’en 2018, chacune et chacun peut vivre avec cet article, du moins jusqu’à ce que ces mesures ne soient enfin plus nécessaires.

J’invite les autres collectivités publiques à modifier également leur instance représentative.

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Quand le sexe enterre la politique

Michèle Roullet, conseillère municipale libérale-radicale

Le Conseil municipal en Ville de Genève vient de voter le projet de délibération (PRD-160) « Égalité au Conseil municipal, pour une présidence obligatoirement mixte », qui instaure, au sein d’un parlement, une ségrégation fondée sur le genre. Aucun organe législatif en Suisse n’a, dans son règlement, une quelconque disposition pour imposer une mixité des genres. Quant à l’initiative populaire : « Pour une représentation équitable des femmes dans les autorités fédérales », votée le 12 mars 2000, elle a été balayée par 82 % de la population suisse.

Le Parti socialiste affectionne de réguler toujours davantage nos vies, d’imposer de nouvelles contraintes

Mais, pour certains, imposer la mixité permettrait « d’amorcer des changements sociétaux concrets », et d’être « progressiste » ! Pourtant, le système de quotas féminins, imposé dans certains pays, n’a jamais pu démontrer qu’il favorisait l’élection de femmes ou améliorait même la condition féminine. Dès lors, en France, les socialistes ont inventé, pour les élections départementales, un “mariage forcé” homme/femme, un binôme, pour garantir la parité des sexes, spoliant le citoyen de sa liberté de vote.

Mais, où va donc s’arrêter cette velléité de sélectionner des candidats à une charge politique avec des critères qui n’ont plus rien à voir avec la politique ? Va-t-on légiférer sur la représentativité des candidats en introduisant des quotas pour l’âge, le domicile (Rive Gauche/Rive Droite), les indépendants et salariés, l’orientation sexuelle… Si chacun ne représente que sa communauté, c’est la mort de la politique et la naissance du communautarisme.

Assurément, ce plénum genevois n’a pas fini avec ses débats houleux. À un conseiller municipal qui s’interrogeait sur l’application de ce règlement face à des individus qui ne veulent être identifiés ni au genre masculin ni au genre féminin, les auteurs ont répondu qu’il faut avancer « par petits pas » (sic !), et « que, pour l’instant, c’est une mixité binaire qui est réclamée par ce projet de délibération, ce qui n’exclut pas qu’à l’avenir, une mixité avec un sens plus large soit défendue au sein du Conseil municipal » (p. 4, in, Rapport PRD-160).

Enfin, ce règlement pose un problème sur son champ d’application, car il ne porte pas sur le mode de désignation au sein des partis. Dans quelle mesure cette règle de ségrégation peut-elle être imposée à d’autres partis ? Imaginons que le président et le vice-président aient été élus, et qu’il reste à élire, obligatoirement, pour la deuxième présidence, une femme, l’UDC, sans élue, serait, de facto, écarter de cette élection. Enfin, pourquoi ce nouveau règlement alors qu’il y a actuellement 41,4 % de femmes élues au Municipal en Ville de Genève, et que le bureau et la présidence sont composés de 6 femmes et un homme ? C’est dire s’il est inutile !

Il est vrai que le parti socialiste affectionne de réguler toujours davantage nos vies, d’imposer de nouvelles contraintes (comme la parité qu’il ne respecte pas lui-même), et que cette surenchère de lois et de règles nous pourrit la vie !

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Créé: 15.06.2018, 11h38

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