«Il faut débattre de la place de la nicotine et du vapotage»

Journée sans tabacL'Hôpital organise ce mercredi des conférences d’information, dont l’une consacrée à la cigarette électronique.

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Photo d'illustration Image: Azzurro Matto / Enrico Gastaldello

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A l'occasion de la Journée sans tabac, ce mercredi 31 mai 2017, nous avons posé des questions à un expert, Jean-François Etter, professeur en santé publique à l’Université de Genève.

Il n’est pas prouvé que vapoter permet d’arrêter de fumer ou de fumer moins. Alors à quoi cela sert-il?

L’absence de preuves ne signifie pas la preuve de l’absence d’effets. Tant l’organisation Cochrane et le Royal College of Physicians que Public Health England, des organismes très sérieux, concluent que le vapotage aide les gens à arrêter de fumer, comme les substituts nicotiniques. Quinze études sont en cours. Il est dommage que dix ans après la mise sur le marché des premières e-cigarettes, on ne soit pas encore fixé. Les techniques évoluent sans cesse. Cette diversité est un défi pour l’évaluation scientifique.

Est-on tout de même sûr que vapoter est moins dangereux que fumer?

Oui, on peut le dire sans trop de risques. La cigarette électronique contient du propylène glycol, que l’on trouve beaucoup dans l’alimentation, les cosmétiques; de la nicotine, qui est bien sûr toxique mais pas à ces doses-là; et des arômes, sur lesquels demeure une interrogation. En comparaison, la cigarette combustible contient des milliers de substances toxiques, dont certaines sont cancérigènes. Les experts s’accordent à dire que vapoter est 95% moins dangereux que fumer. Or, au Royaume-Uni, les gens pensent que les deux sont équivalents, voire que le vapotage est plus risqué. Il y a un travail d’information à faire.

Certaines personnes commencent-elles à fumer avec la cigarette électronique?

C’est très marginal. Et l’hypothèse de la passerelle de la cigarette électronique vers la cigarette classique est très controversée.

Ne risque-t-on pas d’encourager les gens à vapoter?

Si l’on encourage des personnes n’ayant jamais fumé, ce n’est pas idéal. En revanche, il serait positif d’encourager des fumeurs à passer à la cigarette électronique. Il faut identifier l’ennemi principal, qui est la combustion, et pas le tabac ou la nicotine.

Ce n’est pas un avis partagé par tous.

En effet, le débat est très vif: certains restent opposés à la consommation de nicotine, soit parce qu’il y a une confusion sur sa dangerosité, soit pour des raisons idéologiques – on refuse l’usage récréatif de la substance. Il faut un débat dépassionné sur la place de la nicotine en Suisse. Rappelons l’énormité des enjeux: le tabagisme tue 9000 personnes en Suisse chaque année, 6 millions dans le monde. Sans parler de l’impact énorme sur les coûts de la santé. Aujourd’hui, la loi suisse interdit la vente de liquide nicotiné, même si les autorités la tolèrent. Cette interdiction n’est pas dans l’intérêt de la santé publique.

Conférences à Belle-Idée à 13 h 30 et 14 h 30.

(TDG)

Créé: 30.05.2017, 20h03

Jean-François Etter, professeur en santé publique à l’Université de Genève.

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