«Il faut bloquer la frontière»

Elections fédéralesLe président du MCG, Roger Golay, explique que faire si des réfugiés arrivent en masse.

Roger Golay, président du MCG et candidat à sa réélection au Conseil national: «Il serait souhaitable de passer de 37?000 permis à 25?000 et puis faire un premier bilan.»

Roger Golay, président du MCG et candidat à sa réélection au Conseil national: «Il serait souhaitable de passer de 37?000 permis à 25?000 et puis faire un premier bilan.» Image: Steeve Iuncker-Gomez

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A l’approche des élections fédérales du 18 octobre, la Tribune de Genève reçoit les chefs des principaux partis politiques genevois. Aujourd’hui, Roger Golay, président du MCG et candidat à sa réélection au Conseil national.

Quel enjeu prioritaire pour Genève la députation à Berne doit-elle défendre ces prochaines années?
Les investissements pour le maintien de la Genève internationale sont un enjeu important, en raison notamment des retombées économiques pour notre canton. Malheureusement, en Suisse centrale, on ne comprend pas toujours pourquoi il faut payer autant. Genève est souvent oublié et pas uniquement sur ce sujet. La longueur de notre frontière avec l’étranger, l’importance du nombre de frontaliers, les difficultés de circulation sont peu prises en compte. Le 18 octobre, il faut élire à Berne une équipe unie qui défende nos particularités.

Vous êtes très ouverts sur la Genève internationale, mais le MCG veut aussi fermer les frontières. Logique?
Oui. D’ailleurs, le MCG a fêté ses 10 ans samedi. Pour l’occasion, nous avions réservé un bateau de la CGN. Là, j’ai constaté qu’il y avait parmi nos membres de nombreuses personnes d’origines diverses et très bien intégrées. Nous accueillons donc tous les résidents genevois, mais cela n’empêche pas que nous voulions une immigration contrôlée et de bonnes conditions d’hébergement pour ceux que nous recevons. Pas question enfin de surcharger les finances publiques et le budget social, en ouvrant toutes grandes les frontières, quand tant de jeunes d’ici restent sur le carreau.

Faut-il déployer l’armée aux frontières pour contrôler l’arrivée des demandeurs d’asile, comme le réclament certains?
L’armée a un rôle subsidiaire et se doit d’appuyer les autorités civiles en cas de crise. Un contrôle optimal doit se faire, car sur plusieurs centaines de milliers d’immigrés arrivés en Europe, certains sont de faux réfugiés et d’autres peuvent représenter un risque sécuritaire. Il est clair que l’accord de Schengen a échoué.

La Suisse doit-elle participer au programme de répartition des requérants d’asile mis sur pied par l’Union européenne?
Non, parce que ce sera toujours aux pays riches d’en faire plus que les autres. Même à l’intérieur de la Suisse, la répartition n’est pas correcte: elle ne tient pas compte de la taille du canton mais uniquement du nombre d’habitants, ce qui pose d’énormes problèmes. A Genève, il est évident que nous n’avons pas la capacité d’accueillir dignement autant de monde.

Le MCG veut que l’aide aux réfugiés soit faite «sur place». Mais en 2013, votre parti voulait baisser le budget de la solidarité internationale. Vous jouez un double jeu?
Le problème à l’époque, c’est que la Fédération genevoise de coopération soutenait des campagnes politiques et que les dépenses des associations affiliées n’étaient pas assez contrôlées. Actuellement, ce n’est pas le financement de projets à long terme qui doit être favorisé, mais l’action d’urgence.

Le MCG soutiendrait donc une hausse des dépenses au titre de la solidarité internationale?
Non. Une partie de l’aide actuelle doit être transformée en aide d’urgence à l’intention des pays proches du conflit syrien, comme le Liban ou la Turquie. Il faut soulager la misère des gens qui se trouvent dans ces camps de réfugiés…

Hypothèse: demain 2500 requérants d’asile arrivent à la frontière vers Saint-Gall. Que faire?
Bloquer la frontière. Nous ne devons pas produire d’appel d’air, comme l’a fait l’Allemagne, mais agir comme l’Australie qui a refusé les bateaux de réfugiés venant d’Indonésie et de Malaisie. Il ne faut pas dépasser nos capacités d’accueil. 22 000 personnes sont déjà là, c’est trop. Il faut un meilleur fonctionnement des accords de Dublin qui prévoient la création de centres d’enregistrement aux frontières européennes.

Le Conseil fédéral appliquera l’initiative contre l’immigration de masse l’an prochain. Il dira combien de permis seront attribués aux étrangers venant travailler en Suisse. Aujourd’hui, Genève en délivre 37 000 par an…
Il faut tenir compte des besoins de l’économie, mais accorder ces quotas en priorité dans les secteurs où la main-d’œuvre locale manque.

Ce n’est pas ainsi que le nombre de permis va baisser…
C’est pourquoi il faut réinstaurer des commissions tripartites pour limiter les permis. Aujourd’hui, trop d’entreprises continuent à ne pas chercher d’employés au chômage ou des résidents, pour des questions de sous-enchère salariale. Avec 30 000 chômeurs et demandeurs d’emploi, il faut agir. C’est une responsabilité collective des employeurs, qui doivent faire leur travail et payer convenablement les gens. Comment vivre aujourd’hui à Genève en gagnant 3500 francs? C’est un appel d’air pour les frontaliers! L’Etat aussi doit agir et former davantage de personnes dans les secteurs où la main-d’œuvre manque.

Combien de permis Genève devrait-il obtenir, selon vous?
Dans un premier temps, il serait souhaitable de passer de 37 000 à 25 000 et puis faire un premier bilan.

Christoph Blocher évoque 20 000 pour toute la Suisse… Autre question: le MCG lance une initiative pour capter la totalité de l’impôt à la source des frontaliers. Selon vous, on peut tout garder?
Oui, la mise en application de cette initiative est réalisable. Nous devons aller de l’avant même s’il faut prendre le risque d’une crise mineure avec la région transfrontalière. Je ne dis pas qu’il ne faut rien verser à la France, mais ce serait à bien plaire et pour des projets transfrontaliers avec un parfait contrôle, en tenant compte de l’état financier de notre canton. En cas de déficit, on ne participe à rien. Aujourd’hui, nous reversons 200 millions par an les yeux fermés.

Durant la prochaine législature, Genève aimerait obtenir de gros financements pour ses investissements. Possible? Ce sera très difficile. Les finances de la Confédération ne peuvent pas permettre des subventions à tout-va et Berne doit se fixer des priorités, en tenant compte d’un partage avec d’autres cantons. C’est pourquoi la gare souterraine et le CEVA pèseront lourd sur notre budget cantonal.

Comment financer nos infrastructures?
C’est un problème général en Suisse tant les infrastructures de transport sont saturées partout. Si on veut vraiment passer l’épaule, on peut envisager de vendre une partie de la réserve d’or de la BNS, seule ressource immédiatement disponible. On ne peut pas tout laisser s’effondrer, car le prix sera nettement plus cher dans le futur!

Créé: 24.09.2015, 20h42

«Broulis ou Maillard au Conseil fédéral»

Roger Golay, faut-il augmenter l’AVS à 65?ans pour les femmes?
Je suis contre. D’abord, une certaine inégalité des salaires demeure entre les hommes et les femmes. Tant que cette situation existe, il n’y a pas de raison de les pénaliser. A l’origine de l’AVS, dans les couples, les hommes étaient en moyenne plus âgés de deux ans que leurs épouses. Cela permet à ces couples de prendre leur retraite en même temps.

Faut-il revoter sur l’initiative «Contre l’immigration de masse»?
Non, ce serait abusif. Les initiants de Rasa n’ont même pas attendu de connaître les propositions du Conseil fédéral pour demander un nouveau vote. Le minimum aurait été d’attendre.

Pour pouvoir construire dans la zone agricole, faut-il assouplir la Loi sur l’aménagement du territoire?
Cette loi est une bêtise, comme l’initiative Weber. Il faut accepter le développement économique en particulier dans les cantons-villes. Mais le sol ne doit pas être gaspillé: il faut construire dense et haut, tout en respectant la mixité et les zones villas.

Etes-vous prêt à réélire Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral?
Non. Elle s’est montrée trop faible face aux pressions de la France sur l’imposition des successions et trop faible face aux pressions internationales sur l’échange d’informations bancaires. Proportionnellement, il serait plus juste d’élire un deuxième conseiller fédéral UDC. Par ailleurs, je pense qu’il faut un représentant de notre région au gouvernement. Une bonne partie de nos problèmes est liée à cette absence. Je verrais bien un Pascal Broulis (PLR) ou un Pierre-Yves Maillard (PS) siéger au Conseil fédéral.
M.BN.

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