«Il faudrait de multiples coups de chance pour découvrir une vie extraterrestre»

SciencesSommes-nous seuls dans l’Univers? Un cycle de conférences tente de répondre. Entretien avec le professeur André Maeder, ancien directeur de l'Observatoire astronomique de Genève.

Le scientifique André Maeder a conservé une passion intacte pour l'astronomie.

Le scientifique André Maeder a conservé une passion intacte pour l'astronomie. Image: LAURENT GUIRAUD

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«La découverte en 1995 de la première exoplanète (ndlr: planète située hors du Système solaire) a boosté l’intérêt pour la recherche de la vie extraterrestre», estime André Maeder. Professeur honoraire à l’Université de Genève et ancien directeur de l’Observatoire astronomique, il expliquera ce soir les conditions nécessaires au développement de cette vie, dans le cadre d’un cycle de conférences organisé par le Collège de Saussure. À 76 ans, la passion de ce scientifique demeure intacte. Entretien en gardant les pieds sur terre.

On reparle beaucoup de Mars en ce moment. Une planète qui pourrait abriter de la vie?

Mars a pu offrir des conditions favorables à la vie durant au moins un milliard d’années, avant qu’elle ne perde son atmosphère. Nous avons donc encore beaucoup à apprendre d’elle. En revanche, on estime qu’il y a environ 200 milliards d’étoiles, avec chacune entre cinq et dix planètes. Il est dès lors plus que probable que la vie existe ailleurs.

Probable, mais pas certain?

Au risque de décevoir le public, on n’a encore aucune preuve d’une vie extraterrestre. Mais la probabilité motive les missions spatiales, sur Mars notamment. De son côté, la recherche autour des exoplanètes a élargi le champ des interrogations.

La présence d’eau – on pense qu’il y en a eu sur Mars – ne suffit-elle pas à imaginer de la vie?

L’eau, abondante dans l’Univers, est un merveilleux solvant qui permet la mobilité des particules. Mais en effet, sa présence ne veut pas dire qu’il y a de la vie.

Quelles sont les conditions requises?

Elles sont multiples. Sur le plan astronomique, il faut notamment que l’étoile vive assez longtemps, que la planète ne soit ni trop loin d’elle ni trop près, et ni trop grosse ni trop petite. On peut également relever l’influence des astéroïdes. Au niveau géologique, outre l’eau, il faut un certain volcanisme et une tectonique des plaques pour trouver des terres émergées. Les cheminées volcaniques peuvent aussi constituer un site d’apparition de vie.

Mais quel type de vie pourrait-on découvrir?

On aborde ici les conditions biologiques à l’apparition de la vie. On serait déjà très content de trouver des bactéries ailleurs que sur la Terre! Mais pour que celles-ci deviennent des cellules à noyau, il a fallu environ deux milliards d’années. Il faudrait donc de multiples coups de chance pour trouver de la vie ailleurs, surtout sous la forme d’une civilisation. Or, on ne sait pas grand-chose sur la durée d’une civilisation. Et c’est pourtant la question majeure.

Pourquoi?

Prenez par exemple la civilisation égyptienne. Elle a duré environ deux mille ans. La nôtre, dite technique, existe depuis un peu plus de deux cents ans. Sera-t-elle durable? On n’en sait rien. Or, la probabilité de trouver de la vie civilisée ailleurs change complètement si on imagine qu’une civilisation peut durer deux mille ans ou dix millions d’années.

Alors il ne faut pas trop rêver?

Au contraire, car la recherche avance de façon remarquable. En vingt-deux ans, on a ainsi découvert environ 3800 exoplanètes, Et certaines sont situées dans des zones habitables.

Quand vous êtes devenu chercheur, aucune exoplanète n’avait encore été découverte. Aujourd’hui vous regardez le ciel autrement?

Je le regarde avec plus de profondeur, oui, mais toujours avec le même émerveillement. (TDG)

Créé: 16.01.2018, 18h39

Cycle de conférences au Collège de Saussure

Plusieurs conférences sur le thème de la vie extraterrestre ont lieu ces prochains mercredis à l'aula du Collège de Saussure (Petit-Lancy). Elles sont organisées par Culture & Rencontre, en association avec l’Université de Genève (UNIGE). L’une – «Et si la vie venait d’ailleurs?» – a déjà eu lieu le mercredi 10 janvier. La suite du programme:

«La vie dans l’espace: à quelles conditions?»
Par André Maeder, professeur honoraire à l'UNIGE et ancien directeur de l’Observatoire astronomique.
Mercredi 17 janvier, à 20 h.

«Qu’est-ce que la vie? Les enjeux philosophiques»
Par Marcel Weber, professeur au Département de philosophie de l’UNIGE.
Mercredi 24 janvier, à 20 h.

«Les exoplanètes: nouveaux mondes habitables?»
Par David Ehrenreich, professeur au Département d’astronomie de l’UNIGE.
Mercredi 31 janvier, à 20 h.

«La quête d’une vie extraterrestre intelligente, une utopie?»
Par le docteur Pierre Bratschi,
Département d’astronomie de l’UNIGE.
Mercredi 7 février, à 20 h.

Entrée libre dans la mesure des places disponibles.

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