«Il fallait intégrer les villes à la Genève internationale»

DiplomatiePour conserver sa place à l’international, la Ville de Genève va intégrer la diplomatie des réseaux d’élus locaux, un lobby qui pèse de plus en plus.

"Si le monde était gouverné par les villes, il irait mieux". Image: Enrico Gastadello

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La Ville et le Canton, avec le soutien de la Confédération, sont en train de créer au bout du lac un bureau international des villes, le Geneva Cities Hub. En prenant des airs de marieuse, Genève veut ainsi faciliter les contacts entre son pôle onusien et les réseaux de villes auxquels elle appartient. La Genève internationale en a besoin. Le lobby des villes, aussi. Le thème n’est pas électoraliste. Et c’est depuis longtemps une conviction du conseiller administratif Sami Kanaan, candidat à sa réélection: Genève a tout intérêt à jouer la carte de la diplomatie des villes. Entretien avec le porteur de projet.

Comment est née cette idée?
Comme élu municipal, les réseaux de villes m’intéressent depuis longtemps. La population mondiale est désormais majoritairement urbaine et ça va encore augmenter. Par ailleurs, les États nationaux commencent à montrer leurs limites. Ils sont à la fois trop loin du terrain et trop petits pour répondre à des problématiques globales.

Genève a quelle place dans les réseaux de villes?
Au niveau local, j’ai été un de ceux qui ont créé l’association des villes genevoises, qui réunit Carouge, Meyrin, Lancy, Vernier et Onex car nous avions besoin de pouvoir échanger sur des questions purement urbaines. Je suis aussi le vice-président de l’Union des villes suisses. Au niveau international, Genève est membre d’une quinzaine de réseaux de villes bien installés, généralistes comme «Cités et Gouvernements locaux unis» (CGLU) ou spécialisés comme «Majors for peace».

Sur plusieurs dossiers internationaux, les villes ont joué un rôle de premier plan. Pourquoi, à votre avis?
Quand je suis devenu maire en juin 2018, j’avais cité un célèbre blogueur américain qui a eu cette phrase: «Si le monde était gouverné par les villes, le monde irait mieux». C’était au moment où des maires américains, y compris républicains, s’étaient opposés à Trump sur l’enjeu climatique ou la migration. Quelle que soit leur couleur politique, les élus locaux sont plus pragmatiques et plus concrets parce qu’ils sont ancrés dans des réalités de terrain.

Vous avez poussé ce projet pendant votre année de maire. Avec quel objectif?
Quand on est maire de Genève, on est davantage en contact avec les agences de l’ONU, les ONG etc. J’avais aussi repris contact avec la principale coordination des réseaux de villes, la CGLU. J’ai réalisé que de plus en plus souvent les réseaux de villes et le monde onusien entraient en interaction. Et que cela échappait à Genève. Le premier acteur onusien qui a compris l’enjeu, et c’est logique, c’est ONU Habitat. Il avait son siège à Nairobi, un bureau à New York mais pas à Genève. J’ai contacté Berne pour l’alerter du fait qu’il était urgent d’intégrer cette dimension de la diplomatie des villes à la Genève internationale. Grâce à cette coopération entre la Confédération, la Ville avec le soutien du canton, ONU habitat a rouvert un bureau à Genève en fin d’année dernière. Plutôt que de chercher à implanter ici un réseau existant ailleurs, on a donc eu comme objectif de créer une interface, une structure légère jouant les rôles de facilitateur entre les villes et tous les acteurs de la gouvernance mondiale. La Suisse joue souvent ce rôle car elle bénéficie de cette image de neutralité et de compétence. Nous y sommes bien rôdé, c’est apprécié à l’étranger. Et puis c’était le moment. Durant mon année de maire, le HCR a organisé une journée des villes, la Commission économique pour l’Europe de l’ONU, un forum des maires etc.

Sur quelles thématiques, ce bureau des villes pourrait-il jouer un rôle?
Sur la gestion de crises urbaines, par exemple, notamment provoquées par un flux soudain de réfugiés ou une catastrophe climatique. Les élus locaux touchés ont besoin d’expertise et de ressources évidemment. Un protocole est d’ailleurs en discussion entre le monde humanitaire et les réseaux de villes pour parer à ces situations de crise. D’autant plus que dans certains pays, il n’y a plus d’État ou un État déficient.

Concrètement, que fera ce bureau des villes à Genève?
Il va d’abord organiser des rencontres entre les réseaux de ville et les agences de l’ONU. Et donner l’habitude aux élus locaux de venir à Genève pour travailler sur des thèmes comme les droits humains, la santé, le commerce. Car c’est ici que cela se passe. Cela sert l’intérêt des réseaux de villes et de la Genève internationale. Je vais me rendre au prochain congrès de la CGLU en Afrique du Sud, qui a lieu tous les trois ans. Genève va aussi intégrer le conseil mondial de la CGLU. Et le bureau des villes à Genève aura un partenariat privilégié avec elle.

Ces réseaux de ville font voyager les élus locaux...
Pour ceux qui trouvent que les élus locaux voyagent trop, je peux vous dire qu’on refuse quatre invitations sur cinq.

Quel sera le budget?
Modeste: 500 000 francs avec une part importante venant de la Confédération. Et la Ville a inscrit un amendement au budget 2020 de 75 000 francs.

Créé: 08.11.2019, 07h26

En bref

- Genève est le premier centre de gouvernance mondiale devant New York, avec plus de 3000 réunions et conférences internationales.
- En 2050, les Nations Unies tablent sur une population urbaine qui représentera 68% de la population mondiale.
- Cities climate Leadership Group (C40) a joué un rôle décisif pour l’application de la COP 21 sur le climat.
-Dans le débat sur l’initiative «contre les juges étrangers», l’Union des villes suisses, qui regroupe 132 collectivités locales, a fait valoir son opposition.
O.B.

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