Une ex-star de Credit Suisse est jugée pour avoir détourné 150 millions de francs

JusticePour masquer ses pertes et s’enrichir, il a joué avec les fonds d’oligarques russes et d’un premier ministre géorgien.

L’ex-gérant de fortune était basé à Genève. Ici, le nouveau bâtiment de la banque  refait à neuf

L’ex-gérant de fortune était basé à Genève. Ici, le nouveau bâtiment de la banque refait à neuf Image: OLIVIER VOGELSANG

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Une ex-star de Credit Suisse, gestionnaire de fortune réputé, est accusée aujourd’hui d’avoir détourné près de 150 millions de francs. Il sera jugé par le Tribunal correctionnel de Genève à partir de lundi. Un procès-fleuve qui risque de durer deux semaines et où les plaignants sont des oligarques et autres Russes fortunés, comme l’ex-physicien, banquier, sénateur et mécène Vitali Malkine.

Le rendez-vous des amis

La principale victime n’est autre qu’un de ses anciens amis et partenaire en affaires, l’ex-premier ministre géorgien, Bidzina Ivanishvili. Mais viendra-t-il à Genève? Le tribunal lui a envoyé un mandat de comparution. En d’autres termes, les juges estiment qu’il ne leur suffit pas, pour faire toute la lumière dans cette affaire, que cet homme soit simplement représenté par ses avocats (Mes Maurice Harari et Laurent Baeriswyl). Ils veulent l’entendre personnellement. Selon nos renseignements toutefois, l’ex-premier ministre va probablement faire faux bond.

Pour en revenir au prévenu, ce Français de 54 ans avait été recruté par Credit Suisse en 2004. Il a repris les portefeuilles des clients russes de la banque. Ses atouts? Il avait travaillé pour des entreprises françaises en Russie, notamment en tant que directeur d’Yves Rocher. Époux d’une Russe, il parle parfaitement la langue. Après avoir logiquement repris la clientèle russe de l’établissement, il l’a enrichie grâce à son carnet d’adresses bien fourni. Il en est arrivé à avoir jusqu’à deux milliards de francs sous gestion. Selon nos sources, l’homme préférait le travail de terrain avec ses clients personnels et son indépendance plutôt que l’ascension hiérarchique au sein de l’établissement.

La crise de 2008

L’acte d’accusation du premier procureur Yves Bertossa retient que les choses ont commencé à déraper en 2007. À cause de mauvais placements dans des titres qui se sont par la suite effondrés, sans compter la crise des subprime en 2008. Les portefeuilles des clients ont perdu jusqu’à 40% de leur valeur et il n’a pas osé les en informer. Selon l’acte d’accusation, le prévenu a voulu «dissimuler aux clients concernés les pertes qu’ils avaient subies suite à la crise financière de 2008». Comment? En puisant dans les comptes de l’ex-premier ministre géorgien, pour combler les pertes des autres. Il voulait garder ses précieux clients et «ainsi conserver puis augmenter la rémunération perçue de Credit Suisse dont une part dépendait des résultats obtenus par ses soins dans la gestion des portefeuilles», poursuit l’acte d’accusation. Étant précisé que sa rémunération oscillait entre 570 000 francs et 2 millions de francs par an.

Le banquier déchu admet la plupart des faits et il a déjà commencé à purger sa peine à la prison de la Brénaz. «Ce procès est l’aboutissement de deux années d’instruction et d’une longue période d’intenses souffrances, indique son avocat, Me Simon Ntah. Mon client l’abordera avec la même détermination d’assumer ses actes que celle qui l’a accompagnée tout au long de l’instruction.» L’homme est accusé d’escroquerie par métier, de faux dans les titres et de gestion déloyale aggravée.

La banque n’a découvert les actes délictueux qu’en septembre 2015, notamment parce que les actions de Raptor, un titre pharmaceutique dans lequel le banquier avait énormément investi, se sont effondrées. Durant des années, le prévenu a créé des contrats de prêt factices et a falsifié des instructions de transferts. Des faux créés de toutes pièces à l’insu de la banque et des clients.

La banque responsable?

Comment se fait-il que Credit Suisse, plaignant dans ce procès, ne se soit rendu compte de rien? Interrogé sur ce point, l’avocat de la banque, Me Vincent Jeanneret, et la cheffe du service de communication de l’établissement, Anna Sexton, ne veulent faire aucun commentaire. Mais cette question, les plaignants se la sont bien entendu posée. Conseil de deux victimes, Me Giorgio Campa parle de désorganisation totale de l’établissement. «Le prévenu a effectué des faux relevés de compte et de fortune pour cacher à mes clients non seulement des transferts indus mais aussi des investissements spéculatifs occultes qui se sont soldés par des pertes considérables, nous en avons la preuve!»

Procédures en suspens

Et, toujours selon l’avocat, lorsqu’on a demandé à l’établissement une copie des ordres de transfert, il n’a rien trouvé. «Credit Suisse n’avait même pas les pièces que sa propre réglementation interne exige!» se scandalise Me Campa. À ses yeux, la responsabilité de l’établissement est clairement en jeu. Responsabilité qui sera examinée en temps voulu, dans une procédure disjointe, menée également par le procureur Bertossa. Une troisième procédure est également en suspens. Elle vise des intermédiaires financiers basés à Genève et dans les Emirats qui auraient fait circuler les capitaux détournés sans se poser trop de questions sur les risques de blanchiment.

La première journée du procès qui s’ouvre lundi risque d’être occupée par des questions préjudicielles soulevées par les avocats. L’interrogatoire du prévenu devrait aussi commencer lundi et se poursuivre mardi. L’audition de Bidzina Ivanishvili, de Vitali Malkine ainsi que des autres plaignants est prévue pour mercredi. Celui des témoins en fin de semaine. Le réquisitoire du procureur Bertossa est agendé pour lundi 22 janvier. Suivront les plaidoiries des parties plaignantes et de la défense. Le verdict sera rendu ultérieurement. (TDG)

Créé: 12.01.2018, 18h41

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