Expulsion de l’ex-maire d’Alep: les HUG assument

MalaiseAprès avoir employé la manière forte envers un patient, l’Hôpital s’explique. Selon lui, ce gréviste de la faim n’avait pas besoin de soins et mettait en danger les Urgences.

Le directeur général adjoint affirme que l’ancien maire d’Alep n’avait pas besoin de soins et a été expulsé à raison des HUG.

Le directeur général adjoint affirme que l’ancien maire d’Alep n’avait pas besoin de soins et a été expulsé à raison des HUG. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Un hôpital peut-il user de la force envers un patient? En grève de la faim, l’ancien maire d’Alep-Est a eu un malaise, lundi, sur la place des Nations. Conduit en ambulance aux urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il en a été expulsé une heure et vingt minutes plus tard par quatre agents de sécurité. Une vidéo le montre devant l’entrée des HUG, vigoureusement plaqué au sol. Selon l’Hôpital, il aurait attaqué deux agents, ce qu’il nie. Des deux côtés, plainte a été déposée. Le directeur général adjoint des HUG, Alain Kolly, s’explique.


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Quand un hôpital fait-il usage de la force envers les patients?
Des règles d’engagement s’appliquent quand des individus créent de l’agitation. Nous ne recourons pas à des sociétés de sécurité mais à nos propres agents assermentés, pour garder la main sur la formation et le mode d’intervention. L’objectif est d’intervenir en évitant de mettre en danger la personne, les patients et nos collaborateurs.

Qui appelle la sécurité?
Un médecin ou un soignant. Nous leur laissons la main pour tenter de désamorcer un conflit. L’autorité du médecin suffit le plus souvent à calmer le jeu. Si ce n’est pas le cas, la sécurité intervient. Les agents sont formés pour éviter l’escalade verbale. Cela fonctionne très bien. Les situations comme celle de lundi sont extrêmement rares.

Qui décide de l’expulsion?
Les agents accompagnent le médecin qui demande à la personne de se calmer. Lundi, ce monsieur a fait mine de sortir avant de revenir très agité. Les agents ont tenté de lui parler puis l’ont fait sortir.

Un comportement altéré peut aussi être la manifestation d’un problème médical.
Nous nous occupons d’urgences vitales. Les Urgences ne sont pas le genre d’endroit où l’on peut tolérer ce type de comportement.

Mais l’Hôpital n’est ni une banque ni une bibliothèque. Ne doit-il pas soigner toute personne, même agitée?
Nous accueillons des patients tous les jours. Mais cette personne mettait en danger le fonctionnement du service.

Affaibli par une grève de la faim, comment ce monsieur a-t-il mis en danger le service?
Je ne peux répondre à cette question. Si le médecin appelle la sécurité car il ne peut plus assurer le fonctionnement du service à cause d’un patient, il faut sortir ce patient. Son état de santé ne présentait pas d’urgence vitale. On lui a dit que s’il se calmait, il pourrait revenir.

Ne pouvait-on pas le calmer avec des moyens de contention?
Recourir à des moyens de contention physique ou procéder à une injection de force, sans bilan médical, nous exposerait à des risques encore plus grands. Ce serait disproportionné.

«Sans bilan médical», comment affirmer qu’il n’avait pas besoin de soins?
C’est l’évaluation du médecin. Ce monsieur a en outre frappé nos agents, qui ont appelé la police et déposé plainte ( ndlr: l’intéressé le nie et a déposé plainte également).

Il n’y a donc pas de dérapage?
À mes yeux non, mais comme la personne a déposé une plainte et nous aussi, la justice le dira.

Le fait que ce monsieur criait en arabe et n’arrivait pas à se faire comprendre a-t-il pu jouer un rôle?
Non. Nous nous occupons de toutes sortes de personnes et avons la chance, à Genève, d’être confrontés à une grande diversité.

Dans la capitale de la santé et des droits de l’homme, les HUG expulsent l’ancien maire d’Alep en grève de la faim… Cela ternit-il l’image des HUG, qui accueillent par ailleurs des dictateurs?
Nous ne faisons pas de différence entre les patients.


Tout dépend du besoin d’être soigné

Un hôpital peut-il expulser un patient agité et perturbateur? Tout dépend de son besoin en soins, estime Samia Hurst, professeure d’éthique médicale à l’Université de Genève: «Il est important qu’un patient ayant besoin de soins puisse en recevoir, mais également que la sécurité du personnel puisse être assurée et que l’usage de la force reste proportionné.» Ainsi, «l’expulsion ne peut être motivée par une agitation ou des violences. La sécurité peut être assurée dans l’hôpital. La seule raison légitime pour le faire sortir est qu’il n’ait pas besoin de soins.» Elle rejoint ainsi l’analyse du CHUV.

Un homme de 55 ans en grève de la faim ayant eu un malaise en pleine canicule n’a-t-il pas besoin d’un examen somatique? «Cela dépend de la durée, de la sévérité de la grève et de ses réserves.» Mais son agitation ne relève-t-elle pas d’un problème psychiatrique qui doit être soigné? «C’est toute la question. Si le comportement résulte d’une maladie, alors il faut le soigner. Mais si la personne est en pleine possession de ses moyens et se montre violente, ce n’est pas un problème médical. Les professionnels ont dû estimer que l’agitation de ce monsieur n’était pas pathologique.»

Enfin, peut-on calmer un patient physiquement ou avec un médicament, afin d’y voir plus clair ensuite? «Uniquement s’il s’agit d’un symptôme, et même là certains jugeront que la sédation est pire que la contention physique, car elle peut ôter la capacité de penser et de se révolter.» S.D

Créé: 05.07.2019, 07h03

27e jour de grève

Brita Hagi Hassan en était jeudi à son 27e jour de sa grève de la faim. Expulsé des HUG lundi, relâché par la police mardi, il a pu consulter un docteur mercredi au centre hospitalier de Givors, près de Lyon, où il réside avec sa femme et ses huit enfants. «Le médecin a constaté une asthénie majeure, un état de fatigue et d’anxiété extrêmes. Brita souffre aussi d’une forte diarrhée», note Wajd Zimmerman, une activiste suisse d’origine syrienne. «Nous espérons qu’il va accepter de s’alimenter.» Elle relève que la cause «n’est pas abandonnée: une cinquantaine de personnes sont en grève de la faim dans le monde pour réclamer la fin des bombardements meurtriers sur les civils d’Idlib (ndlr: dernier bastion tenu par des rebelles et des groupes terroristes).» A.A.

Au CHUV, c’est différent

Comment réagit-on au CHUV face à un patient agité qui perturbe les Urgences? «La prise en charge privilégie la désescalade, l’identification de facteurs médicaux éventuels qui peuvent expliquer l’agitation et la possibilité d’administrer un médicament au patient», indique le service de communication.
Un médecin ou une infirmière peut appeler un agent de sécurité qui tentera d’«apaiser la situation par la parole, des gestes non agressifs, voire une contention physique légère».
«Si ces éléments ne suffisent pas, des mesures de contrainte peuvent être prescrites par un médecin aîné, selon une directive institutionnelle qui encadre strictement les conditions (contention physique et sédation associées avec une durée minimale et une surveillance adaptée).»
Un patient peut être dirigé vers la sortie «s’il ne nécessite pas ou plus de prise en charge médicale et si son comportement perturbe le fonctionnement de l’hôpital
ou présente un risque pour les patients et/ou les soignants. Il s’agit d’une décision de la compétence exclusive d’un médecin.»
Ces cas très rares (1 à 2 par an) ne concernent que des personnes «n’ayant pas ou plus besoin
de prise en charge médicale. Dans la pratique, s’il y a une explication médicale au comportement perturbateur, il n’est pas envisageable d’expulser un malade qui a réellement besoin de soins.» S.D.

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