Des experts torpillent les projets routiers de Genève-Sud

MobilitéSur le point d’être votées par le Grand Conseil, les liaisons L1 et L2 sont jugées incompatibles avec le droit fédéral.

Le nant de la Bistoquette est un site de reproduction de batraciens.

Le nant de la Bistoquette est un site de reproduction de batraciens. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Ça sent le roussi pour les liaisons routières de Genève-Sud. Alors que le Grand Conseil vient d’entamer son débat sur le crédit de 123 millions de francs permettant de réaliser ces deux dessertes – baptisées L1 et L2 – un document vient à la dernière minute jouer les trouble-fêtes. Il s’agit d’un préavis de la Commission fédérale de la nature et du paysage. Et il est doublement négatif.

Vendredi, les députés ont consacré la fin de leur séance à ce projet routier qui, malgré les menaces de référendum de la gauche et d’associations diverses, a réuni en commission une majorité toutefois fragilisée par des dissonances au sein du MCG. Un coup de théâtre a marqué ce bref débat. La droite et le conseiller d’État chargé des Infrastructures, Serge Dal Busco (PDC), ont demandé de reprendre l’étude du projet en commission, en raison de l’irruption de la nouvelle expertise. Mais la gauche, prête à combattre le projet, a vu là une manœuvre dilatoire et a refusé, comme le MCG. Le parlement devra donc reparler du sujet lors de sa prochaine séance, le 9 avril.

Une voie impériale

L’État avait requis il y a plus d’un an l’avis des experts fédéraux. Ils ont fini par rendre leur copie le 18 mars. Avec une surprise à la clé. Si on s’attendait à ce que la traversée d’un site classé au titre de la protection des crapauds puisse interpeller des experts de la nature, ceux-ci se montrent le plus lapidaires sur une question qui a à peine été effleurée lors de la préparation du dossier. Il s’agit de la sauvegarde des itinéraires historiques du pays.

Destinées à canaliser vers l’autoroute les flux motorisés qui se diffusent dans les petits chemins des communes du sud du canton, les artères L1 et L2 doivent se connecter entre elles au moyen d’un axe existant, la route d’Annecy. Or celle-ci figure dans l’inventaire des voies historiques de Suisse (IVS), qui lui accorde une «importance nationale». On se trouve sur une ancienne voie impériale romaine, reliant Milan à Strasbourg via Aoste, Annecy, Orbe et Pontarlier. Le descriptif de l’inventaire estime que la «partie la plus intéressante du tracé» est justement celle qui sera affectée par son raccordement aux deux nouvelles artères. Il s’agit d’un tronçon qui, pour en atténuer la déclivité, a été rectifié en 1867 au moyen d’un remblai ponctué de peupliers et que Ferdinand Hodler a par la suite immortalisé.

En outre, les experts craignent que la route elle-même ne soit ultérieurement appelée à être modifiée en raison de la forte hausse du trafic (un quasi-triplement) qu’on y prévoit. «Par ces multiples modifications, la voie historique d’importance nationale sera complètement détruite», conclut la commission fédérale. Son verdict est clair: le projet «n’est pas compatible» avec la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage ni avec l’ordonnance fédérale qui régit l’IVS.

Un tracé à revoir

Les experts n’ont pas d’autre grief envers la liaison L2. En revanche, la L1 est la cible de reproches supplémentaires car elle traverse le «site de reproduction de batraciens N° GE49 Bistoquette et Paradis» (sic), classé sur le plan fédéral dès 2007. L’option d’une route semi-enterrée ne satisfait pas la commission. Elle souligne que les trente mois de chantier couperont totalement «la liaison écologique entre le nord et le sud» du périmètre protégé et que cette connexion ne sera ensuite que rétablie à 70%.

Les experts recommandent d’étudier un autre itinéraire évitant le site classé par le sud et, si cela est impossible, de jauger une autre variante pour franchir le périmètre. Leur préférence va à un tracé dépourvu d’émergence intermédiaire qui, lors des études, a été évalué à 56 millions de francs, contre 34 millions pour le profil choisi. Le choix de ces experts va ainsi dans le même sens que la revendication de la Commune de Plan-les-Ouates, où se situe la liaison L1 et qui exige un tracé totalement enterré.

Créé: 28.03.2019, 06h54

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