Les expatriés souffrent avant d’aimer Genève

La ville la plus internationale de SuisseAprès des débuts parfois difficiles, les internationaux s’attachent à Genève et aimeraient mieux la connaître.

Oded et Nir Ofek, patron de Glocals, un site qui s'occupe de la mise en relation entre Genevois et résidents étrangers.

Oded et Nir Ofek, patron de Glocals, un site qui s'occupe de la mise en relation entre Genevois et résidents étrangers. Image: Pierre Abensur/Tribune de Genève

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Comment les expatriés se sentent-ils à Genève? Qu’apprécient-ils, qu’aiment-ils moins? Des acteurs du canton le plus international du pays (lire ci-contre) livrent leurs sentiments: si le coup de foudre n’est pas forcément immédiat, l’attachement semble mûrir dans la durée.

«Les débuts furent difficiles.» Nir Ofek ne le cache pas: s’il assure désormais que sa vie est ici et qu’il aime la Suisse, le fondateur du site Glocals – leader des réseaux sociaux pour expatriés – ne l’aurait pas parié à son arrivée il y a seize ans. «J’ai cru atterrir sur une autre planète.» Après avoir vécu à Tel-Aviv «où l’on fait la fête tout le temps et où la culture est plus informelle», l’Israélien se heurte, à 28 ans, à une certaine froideur helvétique. Le contact avec l’administration est âpre, se faire des amis semble impossible. Comme lui, bien des expatriés sont déconcertés en arrivant. Mais selon Alessandra Vellucci, directrice de l’information à l’ONU de Genève, elle-même venue d’Italie il y a vingt-neuf ans: «C’est toujours la même ritournelle, les collègues se plaignent au début, mais ne veulent plus partir ensuite!»

«Les gens qui viennent ici aiment rester», confirme Cornelia Moussa, directrice des ressources humaines à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, dont 300 des 1200 employés sont des expatriés vivant dans le canton. «De toutes les villes internationales, Genève est la plus confortable et arrive en haut des classements. Il faut avoir vécu ailleurs pour s’en rendre compte!» La sécurité, le système de santé, les écoles et les transports publics sont perçus comme des atouts indéniables.

Le cauchemar immobilier

«Nous bénéficions d’une qualité de vie exceptionnelle! Les expatriés s’en rendent compte car ils peuvent comparer. Et ils nous le disent. La nature, le lac, les parcs font partie du hit-parade», ajoute Olivier Coutau, délégué à la Genève internationale.

Pourtant, les débuts ne sont pas toujours idylliques. «Trouver un logement fut un cauchemar», résume Lijo*, project manager aux Nations Unies. Arrivé en mars, cet Indien de 39 ans fut, comme d’autres, très étonné que «si peu de monde parle anglais dans les magasins, l’administration et les régies. Dans l’une d’elles, une dame m’a même raccroché au nez! J’ai visité 30 appartements en vain avant d’en trouver un par le service interne de l’ONU.» Cornelia Moussa le confirme: «La rareté des logements et des crèches est le plus gros problème. Les procédures administratives sont parfois très complexes si on ne parle pas français.»

Bureaucratie d’un côté, ennui de l’autre. «Comparé à Amsterdam ou Berlin, Genève manque d’énergie. On aimerait davantage de vie dans les rues», témoigne Oded Ofek, frère et associé de Nir. A cela s’ajoute la difficulté de nouer des liens avec les Genevois. «Pour les internationaux, rencontrer des vrais Suisses n’est pas facile», ajoute Cornelia Moussa. «La culture suisse est très forte, estime Oded Ofek. Quand on vous invite à 18 h 30, ce n’est pas 19 h! J’ai envie de maîtriser ces codes pour me sentir vraiment chez moi.» Nir: «Au début, quand je proposais à un collègue de boire un verre, il sortait son agenda pour fixer un rendez-vous. Quand j’abordais des jeunes gens dans la rue, ils ne me répondaient pas…»

De fait, Genève locale et internationale évoluent souvent en cercles séparés. «On peut vivre vingt ans ici en ne parlant qu’anglais. A mon sens, c’est une erreur. Il faut vraiment faire l’effort d’apprendre le français», estime Nir Ofek.

Rapprocher deux mondes

Pour rapprocher les deux mondes, Genève ne reste pas les bras croisés. «Le Centre d’accueil Genève internationale (CAGI) s’emploie à fournir un accueil personnalisé aux 1500 personnes qui arrivent chaque année», indique le directeur Pierre de Cocatrix. Outre les conseils pratiques, le CAGI propose une série d’excursions pour découvrir le canton. De la présentation du système politique suisse à la visite d’un vignoble genevois en passant par une sortie en ski au col de la Givrine, l’offre est variée et renouvelée chaque année. De plus, une soirée d’intégration ouverte aux locaux et aux internationaux est organisée tous les mois. «Cela nous plairait que davantage de Genevois participent», glisse Pierre de Cocatrix. De son côté, l’ONU veille également à se rapprocher de la population par des journées portes ouvertes, des soirées cinéma, les entraînements à la Course de l’Escalade. «Il existe une volonté de la communauté internationale de mieux se lier à Genève», assure Alessandra Vellucci.

*Prénom d’emprunt (TDG)

Créé: 26.07.2016, 16h57

En chiffres

A Genève, 41% de la population est étrangère (201'983 des 490'578 habitants); 174 Etats disposent d’une mission permanente, 34 organisations internationales ont signé avec la Confédération un accord relatif à leur présence en Suisse et quelque 250 ONG ont un statut consultatif auprès de l’ONU.

Selon l’Etat, ces trois acteurs emploient près de 30'000 personnes. De plus, les 931 multinationales (754 étrangères, 177 suisses) représentent 76'177 emplois. Le secteur international compte donc plus de 100'000 emplois. S.D.

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