L’exode des Rroms de l’Inde a 1000 ans

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L’hiver 2018-2019 marquera l’histoire des Rroms – appelés tour à tour Gitans, Sinti, Romanichels, Tsiganes ou Zigeuner, Bohémiens, Manouches… On avait cru ce peuple sans territoire venu de nulle part, et on lui a attribué des dizaines d’origines: Égypte, Sumer, Bohème, Caucase ou même Atlantide… On l’a aussi imaginé errant depuis la nuit des temps, sans histoire, sans racines, sans but ni lendemain.

La nation sans territoire des Rroms se formera peu à peu, d’Asie-Mineure au Nouveau Monde

Ces clichés tombent peu à peu, depuis la découverte récente du Kit?b al-Yam?n?, une chronique rédigée par le secrétaire du sultan Mahmoud de Ghazni (dans l’actuel Afghanistan) et relatant l’expédition de l’automne 1018 de ce dernier dans le cœur de l’Inde du nord: c’est le 20 décembre que le Ghaznévide arrive devant l’immense portail de l’ancienne capitale impériale – Kannauj. Le lendemain commence le pillage et en février 1019 un long cortège d’artistes et d’artisans du cru, 53 000 personnes en tout, est conduit à Ghazni pour servir les ambitions de faste du sultan, lequel songeait grâce à leurs talents élever sa ville de Ghazni au rang de plus belle ville au monde. Ces captifs – surtout musiciens et danseurs sacrés ou bayadères, mais aussi artisans hors pair, architectes et parfumeurs, formeront le noyau de ce qui deviendra le peuple rrom.

La nation sans territoire des Rroms se formera peu à peu, d’Asie-Mineure au Nouveau Monde. Leur langue, la rromani ?hib, dérive du sanscrit et elle reste vivante partout dans le monde, tandis que leur tribunal coutumier, la Kris, fondé sur le principe de la médiation, reste d’actualité. Cette nation sans territoire a su préserver une identité propre durant mille ans – souvent méconnue derrière l’écran séculaire des clichés et calomnies.

Une délégation conduite par le linguiste rrom Dr Marcel Courthiade s’est rendue en Inde, du 28 novembre au 5 décembre 2018, pour commémorer cet événement. Reçue à bras ouverts par la ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj, la trentaine d’intellectuels rroms venus du monde entier a animé une série de conférences à New Delhi, Lakhnau et enfin à Kannauj, leur ville berceau. Tous sont repartis avec la promesse d’être reconnus comme la première diaspora indienne, donc un statut spécial facilitant les contacts avec l’Inde: commerce et bourses d’études pour les jeunes, notamment dans les nouvelles technologies – où l’Inde est pionnière.

Pas question cependant de redevenir indiens car ceci conduirait à la disparition de ce peuple européen qu’ils sont devenus au fil des siècles. Rappelons qu’il n’y a pas de Rroms en Inde mais seulement des Indiens. C’est l’arrachement à cette Inde, puis l’exil et ses mille contacts, qui ont créé ce peuple que nous connaissons, un peuple pétri par le voyage et le temps, brassé par les tourmentes historiques. L’officialisation des racines ancestrales permet dorénavant non seulement l’intégration dans l’histoire mondiale au lieu de subir le cliché de vagabonds écornifleurs et inquiétants, mais aussi d’envisager le soutien et la protection par cette Mother India contre les vieux démons européens de l’exclusion, bien vivants derrière les sourires de façade.

Te oven baxtale!

(TDG)

Créé: 19.12.2018, 19h01


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