L’Exécutif dessaisit Luc Barthassat d’un dossier

Bus à LandecyL’élu est écarté par ses collègues d’un projet de desserte qui empiéterait sur un de ses terrains.

Pour Luc Barthassat, la solution avec un rebroussement ne contente «que les habitants de l’entrée du village».

Pour Luc Barthassat, la solution avec un rebroussement ne contente «que les habitants de l’entrée du village». Image: Patrick Gilliéron Lopreno

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«Vu que j’ai des intérêts personnels économiques sur une des variantes envisagées, je ne vais pas m’impliquer sur ce dossier.» Tels étaient les propos du ministre des Transports, Luc Barthassat, rapportés dans nos colonnes en juin, sur le projet de desservir par bus le hameau de Landecy. Le conseiller d’Etat a pourtant pris part, le 20 janvier et le 3 février, aux travaux de la Commission parlementaire des transports sur ce sujet. Il n’aura plus l’occasion de le faire: le Conseil d’Etat vient de transmettre le dossier à son suppléant, Antonio Hodgers.

En juin, 159 des quelque 300 habitants de Landecy ont déposé une pétition pour que ce hameau de la commune de Bardonnex soit relié au réseau de transports publics. Contrairement à ce que prévoit la loi, la majeure partie de ce village ne dispose pas d’un arrêt de bus à moins de 500 mètres. Les pétitionnaires proposent que la ligne 44 reliant Carouge à La Croix-de-Rozon soit prolongée jusqu’à l’entrée de Landecy où il faudrait aménager une boucle de rebroussement. Sur une parcelle appartenant à… Luc Barthassat!

«Motif de récusation évident»

«C’est un motif de récusation évident, note François Longchamp, président du Conseil d’Etat. Il nous arrive à tous de nous récuser pour les sujets les plus divers: c’est juste le constat d’un conflit d’intérêts.» La décision, qui tombe alors que le travail parlementaire touche à sa fin, a été le fait de «l’ensemble du collège», dixit François Longchamp.

Le principal intéressé offre une autre version: «Je me suis récusé depuis juillet sur ce dossier, repris à ce moment-là par Mauro Poggia, affirme Luc Barthassat. Nous avons revu récemment les suppléances au sein du Conseil d’Etat, c’est désormais Antonio Hodgers qui le traitera. J’ai certes assisté à la séance de la Commission des transports où la pétition a été abordée – j’y assiste systématiquement – mais je n’ai pas pris position. Je laisse aux TPG le soin d’étudier des solutions.»

Un magistrat bavard

Lors de la discussion en Commission des transports, Luc Barthassat s’est montré loquace. Annonçant d’emblée sa situation personnelle de propriétaire, il a déclaré «avoir entendu que certaines personnes ont signé la pétition sans vraiment le vouloir, ce qui pose problème», et que «jamais personne ne parle de bus à Landecy, hormis les quelques pétitionnaires», selon le procès-verbal. Pour lui, la solution avec un rebroussement ne contente «que les habitants de l’entrée du village». Il a en outre signalé qu’un sien voisin serait prêt à accueillir la boucle sur son terrain.

L’élu a aussi plaidé à trois reprises pour une solution alternative à celle de la pétition: une navette entre Perly et La Croix-de-Rozon. Celle-ci ne nécessite pas de rebroussement et peu d’investissements. Son coût d’exploitation irait de 350 000 à 400 000 francs par an, selon les indications des TPG à la commission. La prolongation de la ligne 44, elle, engendrerait des investissements (la Commune est prête à contribuer) mais aucun surcoût d’exploitation. Par contre, elle dégraderait la desserte de la douane de La Croix-de-Rozon, arrêt fournissant près de la moitié des passagers.

«Il aurait dû se retirer»

«J’ai trouvé Luc Barthassat transparent, estime le MCG Pascal Spuhler, président de la Commission. Il l’a fait sans malice. Mais pour éviter toute suspicion, il aurait dû se retirer.» Thomas Wenger (PS), qui rédige le rapport sur cet objet, est d’un autre avis: «Des membres de la Commission ont été étonnés de certains de ses propos, ce d’autant qu’il avait un intérêt direct sur cet objet et que jamais il n’a mentionné qu’il se récusait.» «Il a montré son peu d’enthousiasme face à une solution impliquant un empiétement sur son terrain, ce qui peut se comprendre, témoigne l’un des habitants pétitionnaires, Olivier Emery. Nous ne voulons pas de polémique personnelle, mais il paraît juste et sain que M. Barthassat ne gère plus ce dossier.»

Sans autre commentaire, le département d’Antonio Hodgers indique qu’il «instruira le dossier de manière impartiale». (TDG)

Créé: 02.03.2015, 21h58

Infographie: O. Chiacchiari.

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