Des étudiants redonnent vie à trois kilomètres d’archives

PatrimoineL’Université veut rendre accessibles les 15 millions de pages des archives de la Société des Nations. Et inclure le citoyen dans leur déchiffrage.

Toute une mémoire de l’entre-deux-guerres reste à préserver. 
Bibliothèque de l’office des nations unies à Genève

Toute une mémoire de l’entre-deux-guerres reste à préserver. Bibliothèque de l’office des nations unies à Genève Image: DR

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Vingt-sept ans d’archives étalées sur 15 millions de pages… Des correspondances, des PV de débats entre Etats membres, des rapports confidentiels sur des questions liées à l’armement: les archives de la Société des Nations (SDN) – l’ancêtre des Nations Unies – constituent un patrimoine unique, inscrit au Registre de la Mémoire du monde de l’Unesco.

Cette mémoire de l’entre-deux-guerres, qui se raconte sur trois kilomètres de documents, est abritée au Palais des Nations. Mais ce trésor dépérit dans des cartons. Alors pour lui offrir une vie éternelle sur Internet et le rendre accessible au grand public d’un clic de souris, les Nations Unies, l’Université de Genève (UNIGE) et l’une des plus importantes universités chinoises, celle de Tsinghua, ont lancé un projet qui mêle intelligence humaine et artificielle.

«Dans le cadre d’un cours spécifique, nous entretenons des collaborations avec les organisations internationales pour les soutenir dans des projets de développement durable, explique François Grey, professeur au Centre interfacultaire de recherche et d’enseignement des sciences informatiques de l’Université de Genève. Nous avons par exemple travaillé avec l’Unicef dans le cadre d’un programme de détection de la pollution des eaux ou avec le CERN sur des capteurs détectant la formation des nuages.»

138 volontaires pour traduire

La collaboration avec les Nations Unies a débuté avec leur volonté de digitaliser et valoriser les archives de la SDN. «Ce sont des documents couvrant la période de 1919 à 1946, qui traitent des sujets divers allant de la politique à la résolution de conflits, de la santé à la question des réfugiés, de la coopération économique et financière, détaille Blandine Blukacz-Louisfert, responsable de la section Mémoire institutionnelle des Nations Unies. Nous avons déjà numérisé 750 000 pages mais elles ne sont pas indexées et donc difficilement consultables.» Pour les classer, il faut déterminer le lieu, la date, la langue. «Or, les programmes de déchiffrage des caractères n’y parviennent pas de manière satisfaisante car certains documents sont manuscrits ou altérés», relève François Grey.

L’humain, en revanche, y parvient mieux. Les étudiants de l’UNIGE ont donc eu l’idée de déposer ces pages sur une plate-forme collaborative gratuite (crowdsourcing), Zooniverse. «Elle est basée sur l’intérêt scientifique, continue le professeur. Des citoyens s’inscrivent et contribuent à faire avancer la science, en classant et en analysant des données dans divers domaines, de l’astronomie à l’histoire.»

En quelques mois, 138 contributeurs ont déjà classé 1000 documents de la SDN. La tâche semble un peu ingrate, comment dès lors trouver des volontaires? «Effectivement, certains ont trouvé l’exercice un peu ennuyeux! sourit François Grey. Mais pour d’autres, c’est une aubaine. Ils découvrent des documents inédits et, qui sait, ils pourraient faire des trouvailles.»

Sources encore pertinentes

En quoi ces archives sont-elles si précieuses? «Elles contiennent des informations historiques toujours pertinentes! relève Colin Wells, ancien responsable de la gestion des archives et mentor du projet. Les tractations de diplomatie internationale, notamment, contiennent des leçons dont on peut s’inspirer encore aujourd’hui pour tenter de maintenir la paix.» Elles donnent aussi un éclairage particulier sur l’histoire de Genève, ajoute Blandine Blukacz-Louisfer.

Ce projet veut encourager aussi les férus de programmation à optimiser les logiciels de reconnaissance de caractères. Et permettre, à terme, à l’intelligence artificielle d’effectuer le déchiffrage aussi bien que l’humain.

Enfin, dernier volet de cette collaboration sino-genevoise: des étudiants de Tsinghua ont fabriqué une imprimante 3D qui coûte moins de 60 fr. «Il y a notamment une grande partie d’archives épidémiologiques qui appartiennent à des pays qui ont peu de moyens, rapporte François Grey. Cette invention leur permettrait de les numériser, diffuser et sauvegarder.»


Quelques documents sous la loupe

La Bibliothèque de l’Office des Nations Unies à Genève héberge les archives de la SDN. Elle a composé des notices pour quelques-uns des documents numérisés. En voici trois exemples:

L’original de la Convention relative à l’esclavage de 1926: Cet accord passé entre les Etats membres de la Société des Nations obligeait les signataires à mettre fin à l’esclavage et au travail forcé dans leurs territoires. Le texte exigeait que les signataires interrompent le trafic d’esclaves et qu’ils promulguent des lois antiesclavagistes au niveau national et des mécanismes d’application. Mais un article de l’accord autorisait à exclure certains de ses territoires… La Grande-Bretagne, notamment, a invoqué cette exception pour la Birmanie et l’Inde britannique.

Un passeport Nansen: Emis par l’Office international Nansen – autorisé par la Société des Nations durant l’automne 1930 – pour les réfugiés, c’était un document international remplaçant le passeport. Il permettait aux apatrides ou aux personnes privées de leur passeport national d’entrer et de circuler dans les autres pays. L’office fournissait une assistance matérielle, juridique et financière à près d’un million de réfugiés, notamment aux Arméniens en Syrie et au Liban. Après la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne en 1933, l’office s’est impliqué pour venir en aide aux juifs et aux autres peuples persécutés cherchant à quitter l’Allemagne. Il a reçu le Prix Nobel de la paix en 1938.

La Convention pour la prévention et la répression du terrorisme: Adoptée par 24 Etats membres de la Société des Nations en 1937, elle exige que les Etats signataires promulguent des lois définissant ces actions comme des infractions passibles d’extradition, si un de leurs ressortissants commettait un acte de terrorisme dans un pays étranger. Mais cette convention n’est jamais entrée en vigueur, en partie à cause des différends entre les Etats membres sur l’extradition, qui en ont empêché la ratification. A.T.

(TDG)

Créé: 26.10.2017, 22h36

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