Des étudiants sommés de laisser leur logis aux migrants

PolémiqueLe Département des finances ne souhaite pas reconduire le bail de l'association Xénope à la route de Malagnou.

En route vers le Département des finances, les manifestants ont été bloqués par un cordon de police à la place du Bourg de Four.

En route vers le Département des finances, les manifestants ont été bloqués par un cordon de police à la place du Bourg de Four. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une soixantaine de personnes ont manifesté ce matin à la place du Bourg-de-four contre le non-renouvellement du contrat de bail d'une quinzaine d'étudiants. Ils font partie de l'association Xénope et logent au 154 route de Malagnou. Affublés de masques représentant Serge Dal Busco, ils ont dénoncé l'intention du conseiller d'Etat de transformer le bâtiment en foyer pour requérants d'asile.

Les étudiants déplorent un fausse promesse. «En juin, on nous a pourtant assuré que notre contrat de bail, qui se termine le 31 décembre, serait renouvelé, avance une étudiante qui souhaite garder l'anonymat. En septembre le discours a changé, et on nous a fait poireauter jusqu'à la semaine dernière avant la confirmation. Loger des requérants, c'est important, on ne s'y oppose pas. Mais l'Etat nous met en concurrence avec eux et instrumentalise la situation d'une population précaire.»

Le porte-parole du Département des finances, qui chapeaute l'Office des bâtiments, s'explique. «Compte-tenu du grand intérêt manifesté récemment par l’Hospice général pour la location de ce bâtiment, et de la nécessité au plan cantonal de trouver des solutions pour l’hébergement de migrants, il s’est avéré impossible d’envisager un renouvellement du bail pour Xénope, affirme Roland Godel. Il n’est certainement pas question ici d’opposer des migrants aux étudiants, mais d’arbitrer entre diverses priorités.» Il réfute un quelconque engagement à renouveler le bail. «Il ne s’est agi lors d’une rencontre en juin que de discussions portant sur des hypothèses futures. Ces discussions n’ont pas valeur de bail oral, ou de promesse.»

«On est en plein semestre universitaire, on ne peut pas partir maintenant, ajoute l'étudiante. On porte un projet d'habitat collectif, on ne veut pas forcément se retrouver dans des chambres universitaires à 600 francs par mois (ndlr: le loyer de Xénope oscille actuellement autour des 300 francs selon les charges). De toute façon il n'y a pas de place et pour l'instant nous n'avons pas reçu de propositions de relogement. Mais nous sommes ouverts à la discussion.» Roland Godel rétorque que, «conscient de la difficulté que peut présenter, pour des étudiants, l’obligation de déménager au milieu de leur année académique, ils pourront rester dans les locaux jusqu’à fin juin 2017. Ce qui laisse aux étudiants la possibilité de se consacrer à leurs études et à la préparation de leurs examens tout en ayant le temps de trouver une solution de relogement.» Xénope réclame aussi un droit de superficie pour 99 ans à 1 franc symbolique, afin de créer une coopérative d'habitation.

L'Hospice général tient à préciser que: «c'est l'Etat qui nous a proposé cette maison et nous l'avons visitée à sa demande», indique son directeur général Christophe Girod, sans plus de commentaire.

Présents à la manifestation, des personnalités politiques et des représentants du syndicat étudiant (CUAE) sont venus apporter leur soutien aux étudiants. Pablo Cruchon, secrétaire de Solidarités, rappelle que «ce sont des étudiants à budget très faible qui n'occupent pas indûment un lieu, ils ont un contrat de bail. Mais le Conseil d'Etat ne joue pas un jeu très clair, on pourrait penser qu'ils sont en train d'essayer de casser un lieu de militance». C'est ce que le communiqué de presse de Xénope laisse également entendre: «Ce revirement ne peut s'expliquer que par l'attitude revancharde et chicaneuse de l'Etat, qui n'a toujours pas digéré notre mobilisation victorieuse en 2013 contre l'évacuation » des lieux. Caroline Marti, députée socialiste, regrette que «les solutions de logement étudiant aient du mal à perdurer. Pour eux, il n'existe que des solutions alternatives ou associatives...»

A lire: En 2013, les occupants avaient obtenu un sursis après avoir manifesté en portant des masques à l'effigie de François Longchamp, alors ministre du logement. (TDG)

Créé: 20.10.2016, 12h15

Le squat plus ou moins toléré du 154 route de Malagnou, où était installé l’ancien institut de zoologie, a une longue histoire. (Image: DR/Google)

Articles en relation

Où loger plus de migrants à Genève

Décodage Cent trente et un requérants d’asile mineurs ont déménagé dans un nouveau foyer. Quid des adultes? Plus...

Squat de Chêne-Bougeries: les étudiants obtiennent un sursis

Manifestation Les occupants du 154, route de Malagnou, pourront rester trois mois de plus. Le temps pour l'Etat d'examiner si la création d'un contrat de prêt à usage est possible. Plus...

Un nouveau squat s’installe à Chêne-Bougeries

OCCUPATION Un groupe d’étudiants occupe depuis lundi matin un ancien bâtiment de l’Université, rue de Malagnou 154 pour protester contre le manque de logements pour jeunes en formation. Le collectif est soutenu par l’association d’étudiants CUAE qui rencontre le rectorat ce mardi après-midi. Plus...

«Ça change tout d’avoir de nouveau un chez-soi»

Logement Les premiers locataires du hameau de studios mobiles livrent leurs impressions un mois après leur emménagement. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Suisse: les poussins mâles ne seront plus broyés mais gazés
Plus...