Les étourneaux ont repris leurs acrobaties aériennes

Plein airLes nuées visibles actuellement atteignent jusqu’à 100'000 individus. L’animation sonore et le transit collectif sont spectaculaires.

Les étourneaux forment dans le ciel genevois des nuées impressionnantes.
Vidéo: Pierre Albouiy

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Ils sont de retour et les appels viennent de partout pour signaler la reprise de leur meeting aérien entre la ville et la campagne. Même qu’ils paraissent encore plus nombreux que l’année dernière à pareille époque. L’ornithologie populaire lance la rumeur: en nombre et en énergie déployée, les étourneaux ressemblent de plus en plus à une espèce proliférante et, pour tout dire, invasive.

Ils sont bien là, dans le ciel, variant leurs acrobaties matinales, avant de les répéter le soir. Des nuées impressionnantes, plusieurs dizaines de milliers de spécimens volant de concert, sans se frotter les ailes, sans se taper les flancs. C’est grégaire, le sansonnet, mais doté d’une intelligence collective supérieure.

L’hiver chez nous

On assiste même depuis quelque temps à une sédentarisation de petits groupes qui choisissent de passer l’hiver chez nous, entre les cantons de Vaud et du Valais notamment, les champs de ce côté-là étant plus riches en «rab» de nourriture hivernale que les nôtres sur le territoire genevois.

On doit bien sûr à Patrick Jacot, le directeur du Centre ornithologique de Genthod, l’observation de ces comportements nouveaux. Il ajoute que l’instinct migratoire n’a pas disparu pour autant. «D’ici à fin octobre, leur présence massive dans le ciel aura disparu, souligne-t-il. Ils se regrouperont pour partir vers le sud, jusqu’à 500 000 individus réunis, dont le passage en formation compacte peut obscurcir les villes en plein jour comme on l’a déjà observé au-dessus de Rome par exemple.»

Goût du voyage

En moins d’une semaine, ils seront en Espagne ou en Sicile, certains poussant, par goût du voyage, jusque dans les pays du Maghreb. Leurs escales laissent des traces. Les services de mairie comme on dit en France sont aux abois, les voiries locales s’apprêtent à devoir nettoyer cette «grégarité» salissante et disciplinée jusque dans la déjection.

À Genève, au centre-ville, la fiente massive marque déjà les arbres colonisés pour la nuit. Les feuillus ont la préférence. Le platane et le peuplier, en version adulte, lui servent d’auberge de jeunesse. Le dortoir commun se décline sur les branches maîtresses, du haut en bas, les feuilles changent de couleur à vue, passent du vert au blanc avant la nuit.

En mode accéléré

C’est que l’étourneau arrive du vignoble. Il s’est nourri avec les derniers raisins qui macéraient. Son transit est comme le nôtre: accéléré. Au cimetière des Rois, les morts célèbres en savent quelque chose. Il neige chaque soir sur leur tombe depuis plusieurs jours. «Attention aux glissades dans les allées», précise le connaisseur Patrick Jacot. Au ras de la chaussée, la fiente forme en effet un petit film qui fait patinoire dès que la pluie s’en mêle. Cette chimie phono-absorbante n’est pas pour demain.

Rois de l’imitation

Mais le volume sonore, lui, est largement perceptible à l’oreille. Tapage nocturne, toujours chez les morts, qui n’appelleront pas la police. Chorale encore plus assourdissante sur la place des Alpes, derrière le monument Brunswick et aux abords de la gare routière. Notre oiseau a pris des cours de chant et sait monter dans les aigus.

Très en voix, les mâles sont de surcroît doués pour l’imitation. Dans leur répertoire, ils intègrent volontiers les bruits de la rue, les klaxons des voitures et les sonnettes des vélos, les deux faisant de plus en plus la paire acoustique à Genève. Notre plagiaire a bien raison d’aller passer l’hiver ailleurs. On serait presque tenté de le rejoindre.


Les meilleurs spots urbains pour observer les étourneaux

À la tombée du jour, sur les coups de 18h30, rarement plus tôt, ils sont de retour au centre-ville. Un bon endroit pour accueillir nos pendulaires ailés consiste à se positionner, la tête en l’air, sur le pont des Bergues, à la hauteur du cheminement menant à l’Île Rousseau. Ils surgissent au-dessus de Bel-Air, revenant, par vagues successives, de leur journée en campagne.

Le plus haut platane, planté juste à côté de la statue de l’écrivain qui donne son nom à l’adresse choisie, est rapidement colonisé par les étourneaux pressés d’aller se coucher. L’arbre dispose d’un éclairage artificiel – des projecteurs entourent le tronc – ce qui permet de mieux observer l’animation de cette volière géante à ciel ouvert.

Pendant une bonne heure, c’est un véritables arbre à palabres qui gagne en intensité à mesure que l’obscurité s’installe. Les étourneaux sont chez eux, ce platane est le leur et plus du tout celui des pigeons, délogés sans ménagement. Le sansonnet crée le surnombre et fait le vide autour de lui.

Pour rejoindre la place des Alpes – deuxième spot recommandé du secteur – on conseillera de franchir le square du même nom. Cette cour intérieure délimitée par des immeubles à angle droit sert de caisse de résonance ou de studio d’enregistrement, selon le matériel de captation embarqué. Six arbres au moins sont réquisitionnés. Des milliers de squatteurs. Ils chantent. Partition commune, comparable en puissance sonore à celle d’un chœur d’armée. Il faut élever la voix pour se faire comprendre de son voisin de banc public.

En se postant enfin dans le périmètre du monument Brunswick, on peut assister à l’arrivée des retardataires. Des formations plus réduites, volant d’un arbre à l’autre, à la recherche d’une branche disponible. Le couvre-feu tombe plus tard dans la soirée. Il y a des animateurs dans les dortoirs.

Et le matin? À partir de 6h30, on note une reprise d’activité. L’envol général se cale sur la lumière du jour. Des témoins marchant dans le périmètre de la gare ont vu cette semaine, entre 7h30 et 7h45, une nuée interminable remonter la rue de Lyon. Plus tard dans la journée, il vaut la peine de les rejoindre dans le Mandement, en se postant par exemple sur les hauteurs de Chouilly. Meeting aérien permanent sur le vignoble. Gratuit et silencieux. Un souffle, et c’est tout. Au soleil couchant, juste sublime. (TDG)

Créé: 11.10.2018, 14h21

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