L’État veut reprendre la main sur Genève Tourisme

ÉconomieAprès les déboires qu’a connus la fondation privée, le magistrat Pierre Maudet reprend le contrôle et veut repenser le tourisme.

Pierre Maudet, à la tête du Département de la sécurité et de l’économie veut mener une réflexion de fond sur le tourisme

Pierre Maudet, à la tête du Département de la sécurité et de l’économie veut mener une réflexion de fond sur le tourisme Image: Lucien Fortunati

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En décembre, deux têtes tombent à Genève Tourisme. Le déficit cumulé des éditions 2016 et 2017 des Fêtes de Genève atteint plus de 9 millions. Et l’on apprend que la version 2018 sera fortement allégée, voire inexistante. Le tout alors que les habitants de la Ville se prononceront le 4 mars, principalement sur la durée de l’événement. Dans ce contexte mouvementé, Pierre Maudet, conseiller d’État chargé de la Sécurité et l’Économie, est décidé à reprendre la main. Le magistrat de tutelle dévoile ses plans.

M. Maudet, comment en est-on arrivé à une telle gabegie?

Pour rappel, j’ai demandé un audit il y a un an. Ce rapport a mis du temps à sortir mais lorsqu’il est tombé, en octobre, il a confirmé et même accentué nos pressentiments. Sans que l’on ne puisse attribuer cela à une personne ou à une cause en particulier. Il s’agit plutôt d’une accumulation de manques et de maladresses. De plus, les organisateurs traditionnels faisaient face à une pression exercée par la Ville pour moderniser des fêtes «sentant la naphtaline», selon l’expression du conseiller administratif Guillaume Barazzone. L’amateurisme dans les procédures, conjugué paradoxalement à un désintéressement pour cette manifestation, a mené à un beau fiasco.

Quelle est la part de responsabilité de l’État?

Nous nous sommes posé la question. En réalité, la modification de la Loi sur le tourisme (entrée en vigueur en juin 2012) a instauré un conseil de fondation au sein duquel les instances politiques sont minoritaires (un représentant de l’État, un de la Ville et un de l’Association des communes genevoises). De plus, le contrôle exercé par les autorités arrive a posteriori. La logique était celle de la distanciation entre les pouvoirs publics et cette fondation de droit privé. La loi votée a donné les clés à la branche touristique et a réduit la présence des pouvoirs publics à la portion congrue.

La faute incombe donc à Genève Tourisme?

Je ne jette la pierre à personne. Pas même à Genève Tourisme. D’autant que la période de Philippe Vignon a connu un certain nombre de succès, notamment pour le tourisme de congrès. Reste que la fondation s’est concentrée sur les Fêtes de Genève. Elle a un peu délaissé sa vocation première, qui consiste à gérer l’image de la destination Genève. Et le fait que cela a été si mal maîtrisé interroge forcément sur la capacité de Genève Tourisme à organiser de telles manifestations.

Que va-t-il advenir de la gouvernance de Genève Tourisme?

Nous devons reprendre la main et agir en amont, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte. Un projet de loi va voir le jour. Le Conseil d’État envisage de rebasculer sur une fondation de droit public. Mais je ne veux pas non plus que l’Office du tourisme soit un service de l’État.

Quid des recettes financières que perçoit Genève Tourisme, soit le produit de la taxe de séjour (environ 10 millions) et de la taxe sur le tourisme (5 millions)?

J’ai indiqué à Genève Tourisme que je renforçais la supervision financière de la fondation. Nous mettons en place des mécanismes beaucoup plus serrés, avec un suivi mensualisé. Cet argent n’est pas celui de la branche hôtelière. Une fois pour toutes, il doit être considéré comme de l’argent public. Cela justifie que l’on y regarde de plus près. Sur les 15 millions, 3 partent aux TPG pour financer la Geneva Transport Card, 2 millions servent au remboursement de la halle 6 de Palexpo. Restent 10 millions. La part dévolue aux congrès, elle, est très bien dépensée. Cet argent doit aussi faire tourner la fondation et être investi de manière ponctuelle pour l’animation de la Ville. Il ne doit pas servir à éponger le déficit d’une seule manifestation!

Dans votre volonté de remettre de l’ordre, que devient l’édition 2018?

Il ne peut pas ne rien se passer en 2018. Les feux sont incontournables. C’est l’image de Genève. Je veux des feux et Genève Tourisme va les organiser. Il s’agit de l’événement de l’été, qui fait rayonner la cité et qui justifie la venue de nombreux hôtes, y compris du Grand Genève.

Parallèlement, la votation du 4 mars approche, elle sera déterminante pour l’avenir des fêtes…

Si le prochain enjeu consiste à savoir si en 2019 on aura «merguez saucisse» sur la Rive droite ou la Rive gauche, cela ne conviendra pas! Cette votation est de fait complètement dépassée. Elle est pulvérisée par les circonstances. Savoir si les fêtes doivent durer sept ou onze jours est un non-sens dans ce nouveau contexte. Je comprends les initiants par rapport aux nuisances. Mais désormais, on doit changer de dimension. Il serait pour le moins particulier de se restreindre d’emblée, comme le proposent l’initiative et le contre-projet, alors que nous avons l’opportunité de tout repenser de A à Z.

À l’avenir, pensez-vous que Genève Tourisme doit continuer à organiser les fêtes? Les pouvoirs publics doivent-ils prendre le relais?

Il n’y a pas de tabou à dire que ce n’est peut-être plus à la fondation d’organiser les Fêtes de Genève. Cela pose la question de l’engagement de la Ville, puisque c’est sur son domaine public que se déroulent les festivités. La Municipalité a la volonté de développer des animations. On l’a vu avec les Géants ou, plus récemment, le 31 décembre. Elle pourrait poursuivre dans cette voie selon le modèle de l’appel d’offres qu’elle a lancé pour les fan zones. Ou en augmentant son budget, comme elle l’a fait pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. La Ville a de toute façon un rôle clé à jouer. L’État ne s’en désengage pas pour autant. Mon souci de ministre de l’Économie, c’est que les choses se fassent en tirant à la même corde. Le tourisme pourrait être un élément structurant de notre économie et il ne l’est pas. C’est mon ambition pour 2018: le remettre sur le devant de la scène.

Comment?

Cette réflexion, c’est au politique de la mener. Avec les disruptions que connaît ce secteur, c’est le moment de reposer les enjeux. On s’est concentré jusque-là sur les conditions-cadres avec la Loi sur la restauration, le débit de boissons, l’hébergement et le divertissement, la Loi sur les taxis et prochainement une réglementation concernant Airbnb. Désormais, il faut aller chercher en profondeur. Que veut-on valoriser dans l’ADN genevois? Comment prendre le tournant numérique? Dans ce cadre, nous organiserons ce printemps des États généraux du tourisme afin d’adapter les structures aux nouveaux enjeux et aux nouvelles façons de consommer l’offre touristique. Ce sera l’occasion de réunir tous les acteurs de la branche et même au-delà. De penser à l’impact des infrastructures telles que la desserte aérienne ou le CEVA, de réfléchir au territoire concerné – qui doit, à mon sens, être transfrontalier – et de s’interroger sur les publics cibles et sur la formation de la main-d’œuvre locale. On a tout pour bien faire, il faut juste lever le nez du guidon, sortir de l’image de «Genève, la belle endormie» et repenser nos atouts. (TDG)

Créé: 12.01.2018, 21h30

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