«L’Etat versera 4,8 milliards à la caisse des fonctionnaires»

Interview François Longchamp commente les dossiers chauds de la rentrée.

Le président du Conseil d'Etat ne cache pas que le budget 2018 ne sera pas à l'équilibre. Et pas à cause de la Caisse de pension de l'Etat de Genève.

Le président du Conseil d'Etat ne cache pas que le budget 2018 ne sera pas à l'équilibre. Et pas à cause de la Caisse de pension de l'Etat de Genève. Image: Steeve Iunker-Gomez

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La rentrée politique approche. Après le point presse de mercredi, le Conseil d’Etat s’est mis au vert pour terminer son projet de budget. Septembre s’annonce dynamique. Des projets doivent être déposés, et pas des moindres. Ils concernent les salaires de la fonction publique et la caisse de retraite des fonctionnaires. Le point avec le président du gouvernement, François Longchamp, qui aborde la dernière ligne droite de la législature.

– François Longchamp, comment se présente le budget du Canton?

– Aussi difficile que d’habitude. Voire plus: nous sommes en année électorale… Les derniers arbitrages doivent encore être rendus, mais nous n’aurons pas un budget à l’équilibre, au vu des difficultés conjoncturelles. Nous allons toutefois nous attacher à démontrer notre maîtrise des charges, et cela dans un canton très particulier par rapport aux autres, puisque l’essentiel des dépenses dynamiques lui incombe: le vieillissement, la santé, l’aide sociale, les réfugiés. Ailleurs, les communes participent massivement à cet effort.

– Vous prévoyez un déficit? Pourtant, les projections conjoncturelles sont bonnes!

– A moyen terme, les voyants sont au vert. L’investissement et la création d’emplois sont au plus haut. Nous tenons la progression de nos dépenses à un niveau raisonnable pour la dixième année consécutive, malgré la progression structurelle de nos charges. Mais l’amélioration ne se fera sentir qu’en 2019.

– Vous avez annoncé vouloir remettre à l’équilibre la caisse des fonctionnaires. Quel impact sur le budget?

– Il se fera sentir à partir de 2019. Notre projet, qui s’inspire de celui mené par le Canton de Berne, est prêt. Les partenaires sociaux nous ayant demandé du temps pour l’étudier, nous attendrons la fin du mois de septembre pour le présenter. Mais il recoupera les mesures déjà annoncées. En résumé, l’Etat versera 4,8 milliards de francs à la caisse des fonctionnaires (CPEG) pour faire remonter immédiatement son taux de couverture à 80%. La caisse passera en primauté de cotisations, un système plus juste pour les jeunes actifs et qui prévaut presque partout en Suisse. Cette somme sera versée sous diverses formes: cash, transferts de patrimoine et un prêt simultané. Nous payons aujourd’hui le prix de décisions prises il y a trente ou quarante ans, mais aussi celui d’un système fédéral qui protège les rentiers de tout sacrifice, quelles que soient les circonstances, au détriment des actifs. Notre caisse n’est pas la seule à rencontrer des difficultés. De nombreuses institutions privées et publiques souffrent aujourd’hui en Suisse.

– Donc, la dette augmentera. Assez pour déclencher le frein à l’endettement?

– Vous verrez lors de notre présentation. Mais la dette genevoise a baissé d’un milliard de francs en deux ans. Ce qui offre une marge de manœuvre.

– La gauche a d’autres propositions: un projet de loi et deux initiatives…

– Je ne sais pas si le projet de loi Jean Batou, qui vise à recapitaliser partiellement la caisse, est toujours d’actualité. Mais il revient à arroser le sable. Quant aux initiatives visant à transférer des actifs du PAV à la caisse pour y construire des logements, pourquoi pas? Mais c’est une option qui ne produirait des revenus que d’ici à plusieurs décennies. Je ne pense pas que l’Autorité de surveillance la jugerait suffisante. Il faut donc maintenant régler la situation de la CPEG. On ne peut pas rater cette opération, au risque de se voir imposer des prestations de très bas niveau avec des conséquences catastrophiques sur le fonctionnement de l’Etat, mais aussi sur des milliers de collaborateurs loyaux.

– Le projet de refonte des salaires des fonctionnaires va-t-il enfin être déposé?

– Oui, cet automne, après consultation des associations du personnel.

– Un accord avec les syndicats semble-t-il possible?

– Cela dépend avec qui, exactement comme dans le dossier de la CPEG. Certains de nos partenaires ont une approche pragmatique, d’autres politicienne. C’est un dossier délicat, qu’on arrivera à boucler, y compris devant la population. Les référendums ne m’ont jamais fait peur.

– Nous arrivons en fin de législature du Conseil d’Etat. Franchement, où sont ses réalisations?

– Nous avons consolidé les bases de notre prospérité future. Un des points forts restera la rénovation des immeubles de la Genève internationale, la première depuis leur construction, avec le vote des crédits versés par la Ville, le Canton et la Confédération. Ce dossier a été porté par tous les partis (sauf l’UDC qui s’y est opposée au plan suisse) et il est crucial. Nous avons une nouvelle Loi sur la police. Et puis, nous avons inauguré le nouveau CMU, pour notre université qui compte parmi les meilleures du monde, un nouvel hôpital, une école de commerce, et construit des logements comme rarement. Et nous aurons bientôt achevé le plus grand chantier de notre histoire, le CEVA, tout en réduisant la dette. Autre point essentiel: Genève est redevenue une ville sûre. Ce n’est pas rien.


«Je garderai la nostalgie pour plus tard»

– C’est votre dernière rentrée, puisque vous quitterez le Conseil d’Etat au printemps. Déjà un peu de nostalgie?

– La nostalgie, je la garderai pour plus tard. Mais j’ai adoré siéger au Conseil d’Etat, pour y conduire des réformes importantes. Et il est vrai que participer, dans cette fonction, à son dernier 1er Août ou présenter son dernier budget, cela ne me laisse pas indifférent. Mais j’avais annoncé, dès 2014, que ce serait ma dernière législature et je ne reviendrai pas sur ma position. Quelles que soient les évolutions genevoises…

– La présidence «à la genevoise» semble avoir peu convaincu. Les partis paraissent lui préférer le modèle vaudois. Votre avis?

– En 2011, avec le Conseil d’Etat, j’avais dit à la Constituante que j’étais défavorable au modèle proposé. Mon rôle est toutefois d’appliquer la Constitution. Cela dit, Vaud n’est pas Genève. Les communes y ont plus de responsabilités, le Canton moins. Vaud reçoit de l’argent de Berne, Genève lui en donne. Et il n’y a pas de Lausanne internationale. La Genève internationale, c’est plus de 25 000 emplois, 33 organisations internationales, 255 missions diplomatiques, 5,5 milliards de francs de budget: la Constitution impose au président d’en assurer la pérennité. Par ailleurs, je vous mets au défi de trouver un seul président du Conseil d’Etat du passé qui vous dise qu’il est humainement possible d’assumer une telle présidence et un autre département complet pendant cinq ans. Il reviendra bien sûr au prochain gouvernement d’en juger.

– Votre collègue Pierre Maudet pourrait être élu au Conseil fédéral. Ce serait une bonne affaire pour Genève?

– Pour Genève et pour la Suisse. Le Conseil d’Etat est fier de voir Genève proposer un candidat de cette envergure au gouvernement fédéral. Il a une vista, une vision et une capacité à passer de la parole aux actes. Nous sommes à ses côtés. E.BY, M.BN (TDG)

Créé: 23.08.2017, 20h53

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