On a essayé la nouvelle application pour cyclistes

DéplacementsLe nouvel outil Geovelo propose des trajets dans l’agglomération du Grand Genève.

L’application propose des variantes pour parvenir à bon port.

L’application propose des variantes pour parvenir à bon port. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Un nouveau gouvernail informatique s’offre aux braves qui tentent de survivre dans la jungle cyclable genevoise. Geovelo est le nom de cette application pour smartphones, étrennée le 25 juin par les autorités de l’ensemble du Grand Genève. La «Tribune de Genève» l’a testée et a demandé des opinions avisées à son sujet.

Remplaçant l’auguste «Carte vélo» sur papier, qui ne sera pas réimprimée, cette option virtuelle et gratuite a l’avantage de s’égayer loin au-delà de la frontière cantonale pour couvrir le Genevois français et les routes vaudoises. Entreprise privée, Geovelo a aussi cartographié seize villes françaises. Pour les collectivités publiques, l’application «répond à des attentes concrètes», comme l’a estimé, lors du lancement, Antonio Hodgers, président du Conseil d’État. Son collègue chargé des Transports, Serge Dal Busco, s’est félicité du calendrier alors que le Léman Express sera déployé le 15 décembre prochain. «À Genève, plus de 80% des habitants et près de 86% des emplois se retrouveront alors à moins de 1,5 km d’une gare, a rappelé le conseiller d’État. Geovelo facilitera les trajets au départ et à destination des gares.»

La rapidité ou le confort

L’outil se fait fort de proposer des itinéraires en fonction du type de vélo (traditionnel ou électrique), de la déclivité, des aménagements cyclables ou de leur absence. Il offre des alternatives: on peut choisir le trajet «rapide», celui qui est «sécurisé» (peut-être moins direct mais sans doute plus confortable) et, enfin, celui qui est «recommandé». L’utilisateur peut visualiser le parcours à l’avance mais aussi obtenir un guidage vocal en chemin, comme avec un système GPS. Geovelo localise de plus les vélos en libre-service (en l’occurrence, les sites de Genèveroule, le réseau privé Velospot étant pour l’heure boudé). Moyennant une inscription, l’outil est interactif: on peut y signaler des bévues, des points noirs, des astuces. Il doit enfin collecter des données susceptibles d’aider les autorités à améliorer les aménagements.

Nous avons testé la nouveauté en lui demandant de nous emmener de la rédaction de la «Tribune de Genève», sise à la rue des Rois, à la nouvelle plage des Eaux-Vives. L’application ne connaît pas cette adresse. On s’est donc replié sur Baby-Plage, que Geovelo place correctement sur son fond de carte. Mais, bizarrement, les itinéraires proposés nous font arriver à l’autre bout du quai Gustave-Ador, près du Jardin anglais.

Elle conseille un sens interdit

Deux possibilités s’offrent au cycliste occasionnel que je suis. J’opte pour le trajet «recommandé», coïncidant avec celui qualifié de «rapide». Me faisant quitter la rédaction par la rue de la Synagogue, la voix automatique féminine et mon écran me commandent une curieuse incursion en sens interdit dans la rue du Diorama sur une cinquantaine de mètres puis m’ordonnent un demi-tour, en sens licite cette fois, pour reprendre mon chemin sur la rue de la Synagogue. Le trajet se poursuit sans encombre par le Quartier des banques puis au début des Rues-Basses. La voix suave me prévient des moindres changements de direction et m’intime parfois de continuer sans voir qu’un feu rouge m’interdit de le faire. On doit souvent redémarrer manuellement la navigation. Sans support pour accrocher le téléphone au guidon, il est inconfortable de pédaler tout en manipulant son écran: on le déconseille.

Sachant que les Rues-Basses sont interdites aux vélos au-delà de la Fusterie, j’ai pour parade usuelle d’emprunter la rue de la Rôtisserie en contre-haut. Geovelo me propose un meilleur truc: franchir la place de la Fusterie (une manœuvre licite qui nécessite toutefois d’ajuster sa vitesse aux cohues piétonnes), rejoindre le quai du Général-Guisan et le remonter. Mais ça se gâte: l’application me propulse ensuite dans les flux motorisés qui longent sur quatre pistes l’hôtel Métropole. L’expérience est très franchement désagréable. Ce d’autant plus quand on sait que ce trajet périlleux jouxte de très près un parcours cyclable parallèle, ouvert sur les cheminements extérieurs du Jardin anglais. La situation sur place devrait toutefois évoluer: les travaux en cours sur la place du Port visent notamment à flanquer les traversées piétonnes d’itinéraires cyclables.

Risquer l’amende

L’itinéraire sécurisé sera-t-il plus confortable? Oui, mais il me fera deux fois risquer l’amende. Ce trajet diverge du précédent à partir de la Fusterie. Au lieu d’obliquer sur cette place, il poursuit tout droit dans les Rues-Basses, empruntant les rues du Marché et de la Croix-d’Or, au mépris du panneau d’interdiction qui trône au début de la première, visant spécifiquement les vélos.

Via la rue Céard et un petit zigzag sur le quai du Général-Guisan, je suis intimé de rallier le Jardin anglais par le passage piétonnier situé sous l’accroche du pont du Mont-Blanc, sur la Rive gauche. Geovelo ne me prévient pas davantage que je serais alors tenu de marcher en poussant mon vélo. Ce que, d’ailleurs, aucun de mes congénères cyclistes ne fait…


Bientôt «l’appli numéro un»?

«L’utilisation participative et le travail des administrations genevoise et française devraient à terme lui permettre de devenir l’appli N° 1 pour notre région.» C’est la prévision de Pro Vélo au sujet de l’application Geovelo, comme l’association l’a écrit dans son propre journal. Auteur de l’article et membre du comité de la section genevoise, Julien Renggli se dit pourtant nostalgique des plans traditionnels en papier. Il relève les atouts et défauts du nouvel outil. «Au chapitre des faiblesses, son fond de carte ne montre pas la topographie, alors que d’autres applications, comme Bike Citizens, offrent la possibilité de choisir un itinéraire plus ou moins plat», commente-t-il. Geovelo ignore certains passages. Un exemple? «La passerelle qui franchit la Seymaz près du Collège Claparède. En revanche, elle m’a proposé des parcours éloignés des grands axes que je n’aurais pas trouvés dans des quartiers que je connais mal.»

L’application peut ainsi aider les cyclistes néophytes à redécouvrir la ville. Quant aux plus expérimentés, ils peuvent être incités à découvrir de nouveaux cheminements dans des secteurs qui leur sont peu familiers. Mais n’est-il pas gênant que cet outil appuyé par les autorités lance les cyclistes sur un tronçon qui leur est interdit dans les Rues-Basses? «Cette zone pose problème depuis longtemps, relève Louis-Philippe Tessier, autre membre du comité. Ce passage n’est certes pas licite, mais c’est celui que la majorité des cyclistes emprunte dans les faits.»

Cet adepte de la petite reine se satisfait pour sa part amplement des services de Google Maps. Il redoute par ailleurs que Geovelo, en proposant de recenser les points noirs du réseau cyclable genevois, vienne concurrencer la plate-forme Bikeable, qui effectue ce labeur à l’échelle des villes suisses. Au risque de disperser l’information.

M.M

Créé: 01.08.2019, 08h20

Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (Image: O.C./GEOVELO)

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