E-sport: un peu plus près du rêve olympique

Vie numériqueUn forum visant à rapprocher les acteurs du jeu vidéo et ceux du sport traditionnel se tient ce samedi au Musée olympique, à Lausanne. L’occasion de dresser un état des lieux de la discipline.

Septembre 2017: le Servette e-sport en pleine action à la Geneva Gaming Convention.

Septembre 2017: le Servette e-sport en pleine action à la Geneva Gaming Convention. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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C’est un petit pas. Un simple symbole peut-être. Mais l’organisation d’un forum consacré à l’e-sport – la pratique sportive du jeu vidéo – par le Comité international olympique (CIO) et l’Association globale des fédérations sportives internationales (GAISF), ce samedi au Musée olympique de Lausanne, montre une nouvelle fois que la discipline ne cesse de gagner en reconnaissance.

Redécouvrez notre dossier grand format: Servette, la fièvre du e-sport

Éditeurs de jeux, joueurs professionnels, fédérations nationales et internationales sont invités, le temps d’une journée, à présenter et à échanger sur le développement actuel et les problématiques d’un monde que les instances traditionnelles du sport cherchent à mieux appréhender. «De tout temps, les pratiques sportives ont évolué, et il est de notre devoir, vis-à-vis des jeunes générations notamment, de considérer la nouveauté, insiste Patrick Baumann, président de la GAISF. L’idée de cet événement est de créer un pont entre eux et nous, tout simplement.»

Comme un athlète

Si les représentants du sport traditionnel précisent que cette journée n’a pas pour but de définir une feuille de route devant mener l’e-sport aux Jeux olympiques, elle s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance entamée en novembre 2017. Le CIO avait alors qualifié la pratique d’«activité sportive», arguant que le degré de préparation et d’entraînement des joueurs pouvait être comparé à celui d’un athlète.

«Voilà où nous en sommes, commente Nicolas Pidancet, ancien président de la Geneva Gaming Convention. Les signaux sont positifs, mais le chemin est encore long. L’e-sport ne sera officiellement pas un sport olympique à Tokyo en 2020. Une occasion manquée sachant que le jeu vidéo fait partie intégrante de la culture japonaise. Il ne devrait pas l’être non plus à Paris en 2024. Le délai me semble très court par rapport au rythme des institutions sportives. Sans oublier qu’il nous manque encore aujourd’hui une structure internationale solide pour pouvoir prétendre à un tel statut.»

S’il existe bien aujourd’hui des organisations chargées de représenter la discipline – dont la Fédération internationale de l’e-sport, basée en Corée du Sud – Nicolas Pidancet les juge trop petites et surtout coupées des éditeurs de jeux vidéo, qui détiennent les droits ainsi que la manne financière, et font donc la pluie et le beau temps dans ce petit monde. À ce titre, la présence des grands studios de jeux au forum de Lausanne réjouit le spécialiste. «L’e-sport aux JO ne se fera pas sans eux et ils devront faire face à des choix. Libérer leurs droits en échange de la visibilité qu’offre une telle compétition. Ou alors monétiser leurs licences auprès des organisateurs. Il n’existe aucun modèle défini pour le moment.»

«Écosystème mouvant»

Quoi qu’il en soit, la réactivité des instances traditionnelles dans les négociations sera un facteur clé de la réussite d’un tel projet. L’e-sport évolue vite et les jeux à la mode en 2018 ne seront probablement pas ceux de 2024. Comment s’adapter? Comment passer d’un partenariat avec un éditeur à un autre?

«L’écosystème de l’e-sport est mouvant, reconnaît Patrick Baumann. Et si la création d’une fédération a toujours constitué un chemin classique vers la reconnaissance d’une discipline, j’ai quelques doutes sur la reproduction du modèle dans le jeu vidéo.» Une autre piste serait alors pour les fédérations traditionnelles de développer leur propre division e-sport. La Fédération internationale de basketball (FIBA) encadrerait les tournois de basket connecté, la FIFA ceux de football… «Le système pourrait faciliter les négociations et aurait l’avantage de garantir des jeux vidéo a priori compatibles avec l’esprit du sport, l’esprit olympique, puisqu’ils sont l’émanation de disciplines préexistantes», souligne Patrick Baumann.

Voilà, les hypothèses de travail existent, les questions sont posées. Et les rencontres comme celle de samedi à Lausanne participeront à dessiner petit à petit l’avenir de l’e-sport. Sans oublier l’expérience sur le terrain. Les Jeux asiatiques de Hangzhou, en 2022, offriront une première médaille officielle à la discipline. Quid des JO? «Pourquoi pas Los Angeles 2028? se risque Nicolas Pidancet. La ville abrite de nombreux sièges de développeurs de jeux. Ça serait un joli clin d’œil.»


«Servette fait partie des meilleures équipes de Suisse»

Objectif plus que rempli. En l’espace d’un an, le Servette e-sport – créé en mai 2017 – a su s’imposer comme une des meilleures équipes du pays. Avec d’excellents résultats sur la scène nationale pour «Hearthstone» – un jeu de cartes en ligne – et «Overwatch» – un jeu de tir à la première personne – mais aussi des succès retentissants sur la scène internationale pour les joueurs de «Rocket League» – un jeu de foot avec des voitures. «Au terme d’une série de play-off suivie par plus de 60 000 personnes en ligne, l’équipe «Rocket League» a intégré la RLCS, l’équivalent de la Ligue des champions de la discipline, insiste Nicolas Pidancet, ancien président de la Geneva Gaming Convention. En si peu de temps, c’est hallucinant. Je pense que le Servette FC (SFC) accorde une grande importance aux vertus marketing de l’e-sport, mais au vu des résultats, le sportif n’est pas à négliger.»

Pour en arriver là, la constitution des équipes du Servette e-sport a quelque peu évolué durant la première année d’existence du club. Pour «Rocket League», il existe aujourd’hui deux équipes: une constituée de joueurs locaux et une d’internationaux. «Dans ce cas, nous avons su saisir une opportunité exceptionnelle, explique Sébastien Frachet, responsable du projet e-sport pour le SFC. En effet, un de nos joueurs évoluait avec des internationaux en dehors de notre structure. Son équipe était libre et nous avons proposé à ses coéquipiers de rejoindre nos couleurs.»

Si ces renforts ont nécessité un effort financier supplémentaire et ponctuel, les administrateurs n’ont pas prévu d’augmenter leur budget de fonctionnement annuel (25 000 fr. sur sept mois en 2017). L’idée de base reste, quant à elle, la même: aider au développement des joueurs suisses ou de la région dans le cadre de compétitions nationales et travailler à la reconnaissance de l’e-sport auprès du public et des autorités locales. Dans cet esprit, l’équipe de «Hearthstone» est passée d’un à quatre gamers. Le SFC a aussi organisé sa première Gaming Night, en mars, qui s’est tenue directement dans le Stade de Genève et a réuni plus de 500 aficionados. Autre nouveauté, le club lance cet été un «camp gaming» d’une semaine. Un pas supplémentaire en direction d’une académie qui accueillerait les joueurs amateurs toute l’année, au même titre que n’importe quel club de sport.

Créé: 20.07.2018, 21h33

Un camp d’été dédié à l’e-sport

Pour ce premier camp d’été dédié à l’e-sport à Genève – du 6 au 10 août – le Servette FC s’est montré ambitieux. Non seulement les six inscrits pourront développer leurs compétences en tant que gamers, mais ils pourront aussi suivre un cours de programmation, ou encore apprendre à construire leur chaîne en ligne pour diffuser leurs parties.

La semaine proposée par le Servette e-sport se déroulera sur le rythme d’une demi-journée de jeu vidéo par jour couplée à un autre atelier. Deux sorties de sport en plein air sont aussi inscrites au programme, ainsi qu’un cours de sensibilisation aux dangers des excès du jeu.
Les participants pourront rencontrer et échanger avec les capitaines des différentes équipes du projet Servette et ainsi découvrir le monde de l’e-sport à un niveau plus professionnel.

Pour le Servette, les objectifs sont clairs: faire un premier test en vue de l’ouverture d’une académie active toute l’année, et proposer aux gamers de la région une opportunité de se rencontrer et de partager, le temps d’une semaine d’été.

Pour plus de renseignements: cliquez ICI

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