Erwin Sperisen réclame la démission du premier procureur Yves Bertossa

Troisième procèsMes Giorgio Campa et Florian Baier plaident l'acquittement. Pour eux, la justice genevoise a été roulée dans la farine

Je n’ai jamais tué quelqu’un ni donné l’ordre de le faire», a dit Erwin Sperisen, ex-directeur de la police nationale guatémaltèque, au terme de son troisième procès, jeudi.

Je n’ai jamais tué quelqu’un ni donné l’ordre de le faire», a dit Erwin Sperisen, ex-directeur de la police nationale guatémaltèque, au terme de son troisième procès, jeudi. Image: Patrick Tondeux

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«Je n’ai jamais tué quelqu’un ni donné l’ordre de le faire», a dit Erwin Sperisen, ex-directeur de la police nationale guatémaltèque, au terme de son troisième procès, jeudi. Celui qu’on surnomme «le Viking» en raison de sa stature et de sa barbe rousse a également réclamé la démission du premier procureur Yves Bertossa.

«Le procureur a failli à son devoir de rechercher et de garantir la vérité, a-t-il déclaré. Il s’est basé sur des documents qu’on lui a envoyés. Il ne s’est pas rendu sur place. Il a simplement cherché à se faire de la publicité à travers cette affaire pour ses copains et l’association fondée par son père.»

Erwin Sperisen fait ici allusion à l’ONG Trial, qui s’est montrée très active dans ce dossier. Le prévenu s’est en outre offusqué du fait que le magistrat donne des leçons sur la manière de diriger la politique et la police au Guatemala «depuis son petit bureau genevois».

«Musée des horreurs»

Auparavant, les deux défenseurs d’Erwin Sperisen ont plaidé l’acquittement de leur client. Ils réclament, en cas de relaxe, quelque 2,3 millions à l’État en honoraires d’avocats et tort moral.

Après avoir été condamné deux fois à la prison à vie à Genève pour dix assassinats de prisonniers, l’affaire du binational guatémaltèque et suisse a pris un nouveau tournant l’été dernier, depuis un arrêt du Tribunal fédéral (TF) qui a cassé le verdict cantonal et renvoyé l’affaire à Genève pour une nouvelle décision.

Si le TF confirme que les détenus en question ont bel et bien été exécutés et ne sont pas morts dans le cadre d’une confrontation armée avec les forces de l’ordre, il estime en revanche que le dossier ne contient pas de preuves décisives impliquant Erwin Sperisen dans ces homicides. Contradictions et lacunes dans les témoignages, incohérences dans la chronologie, absence de confrontation avec les témoins à charge… Bref, selon la Haute Cour, le prévenu n’aurait pas bénéficié d’un procès équitable au terme duquel sa culpabilité aurait été prouvée.

Ses défenseurs n’ont, bien entendu, pas manqué de rappeler tous ces éléments. Me Florian Baier a qualifié cette procédure de «musée des horreurs en matière de violations de la CEDH», la Convention européenne des droits de l’homme. Il a souligné qu’au terme de l’enquête, on ne sait toujours pas qui a «appuyé sur la gâchette» et tué les sept détenus récalcitrants de la prison de Pavón en 2006. Comment dès lors pourrait-on condamner son client?

Pour Me Giorgio Campa, le TF a non seulement retoqué Genève sur la forme en relevant toutes les violations du droit, mais aussi sur le fond de l’affaire. «Il a examiné le dossier de long en large pour en arriver à la conclusion que la constatation des faits était arbitraire et que l’arrêt était insoutenable dans sa motivation comme dans son résultat.» Aux yeux du pénaliste, «la présence d’Erwin Sperisen sur les lieux du crime est balayée par le TF. Et ce qui reste comme indices non arbitraires est insuffisant pour fonder une culpabilité.» Toujours selon lui, après cet arrêt, il ne restait plus à la Chambre pénale d’appel et de révision qu’une seule issue pour pouvoir condamner une nouvelle fois l’ex-chef de la police guatémaltèque. C’était l’apport de preuves nouvelles et décisives permettant de l’impliquer dans les homicides de prisonniers. Or cela n’a pas été le cas.

«Les bobards des enquêteurs»

L’avocat soutient que la Cour n’a pas d’autre option que d’acquitter son client. Pour le condamner, «il faudait atteindre un niveau de certitude au-delà de tout doute raisonnable». On en est très loin. Il rappelle que les derniers témoins, enquêteurs de la Cicig (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala) entendus mardi, se sont littéralement délités devant les juges. Les relevés téléphoniques écrits dont l’un d’eux avait fait état en 2014 devant le Tribunal criminel n’existent finalement pas. Pour le reste, il ne se souvient de rien…

«À l’époque, ce témoin avait raconté des bobards et Sperisen a été condamné sur cette base!» se scandalise Me Campa. «La justice genevoise a été trompée par des enquêteurs qui sont venus dire n’importe quoi!» Il réclame l’acquittement d’un homme «qui a passé cinq ans en prison, à l’isolement vingt-deux heures par jour. Celui qui n’a pas traversé cette épreuve ne peut pas la concevoir.»

Le verdict sera rendu le vendredi 27 avril.

Créé: 19.04.2018, 18h29

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