Eric Stauffer tombe de l’affiche à Onex

ReportageLe seul magistrat MCG d’un Exécutif communal a été évincé par une alliance gauche-droite. Récit dominical.

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En route pour Uni Mail, «affronter la horde de hyènes déchaînées de journalistes». Eric Stauffer se marre. Dédramatiser la défaite, en rire, pour mieux rebondir. Dans la berline qui l’emmène devant la presse, l’Onésien avale un chewing-gum. Il aura besoin de salive. «Faut juste arrêter de déconner, ce n’est pas une défaite, le jeu des alliances a bien marché à Onex, voilà tout.» Le front anti-Mouvement citoyens genevois composé des socialistes, Verts et PLR a parfaitement fonctionné. Genève comptera au 1er juin zéro commune à magistrat MCG.

Le père fondateur du parti populiste croyait pourtant à «un petit miracle». Sa courte nuit l’indique. Lui, le bon vivant, est «tombé du lit à 6 heures du matin» ce dimanche. Il nous reçoit chez lui, affable, à l’heure du café. «Je vais être sorti du Conseil administratif, mais à quatre contre un, je suis tranquille. Mon bilan est excellent.»

Le discours est rodé. Visite de son attique et de l’immense terrasse. L’humour l’accompagne, fidèle allié du politicien autant adulé que détesté. Ainsi, il montre «le fameux jacuzzi» qui a regagné sa place, signe d’une aisance retrouvée; refait l’histoire de ses déboires financiers à son retour de l’île Maurice, dans les détails, avant de montrer avec fierté des étagères réalisées par ses soins.

Une «collégialité» à pleines dents

Son épouse et son fils l’accompagnent au bureau de vote. «Hai votato? E importante!» lance le magistrat à son voisin italien. «Ici, je suis le Stauffer d’Onex, pas celui qu’on connaît des médias.» Les personnes croisées sur le chemin le lui rendent bien. «Ces alliances entre partis sont antidémocratiques, souligne une habitante, on n’a plus le choix après.» L’élu boit du petit-lait.

A cent mètres du local de vote, un flamboyant stand PS-Verts-PLR flanqué de ses trois champions accueille les électeurs avec croissant et café. En face, une table de camping usée et trois militants MCG distribuent des chocolats. Collégial, Eric Stauffer salue à la ronde. Puis, toujours «collégial», saisit un croissant et le fourre de sa barre chocolatée.

Un saut dans l’isoloir accompagné de son fils et voilà le candidat qui présente son bulletin à l’urne. «Vous avez donné votre identité?» lâche la contrôleuse un brin procédurière aux yeux du magistrat, qui rit jaune.

Direction la mairie, sa mairie jusqu’au 31 mai. A l’entrée du bureau, un fanion «Gone to the beach» accroché à la plaque «Eric Stauffer, conseiller administratif». A notre demande, le magistrat s’installe dans son siège sous les flashs du photographe. Au mur, une décoration qui en dit long. Un dessin de presse le représente accompagné de son avocat d’alors, Mauro Poggia, lors de son procès contre les Services industriels, où il plaidait «la nécessaire vérité», lui, le prévenu de violation du secret de fonction, «pour avoir dénoncé le gaspillage de l’argent public».

Autre placard, autre fierté: un article sur le marché dominical qu’il a créé à Onex. «Personne n’y croyait.» Deux manchettes complètent le tableau: celle relative à la Stauffer Tower, projet immobilier censé rapporter des rentrées fiscales à la Commune, et celle où «Stauffer s’en prend à l’UDC» écrit en lettres capitales, reliquat de ses rapports ambigus avec l’actuel allié du MCG qui forme la Nouvelle Force.

En juin, Eric Stauffer fêtera les dix ans de la création du Mouvement blochérien genevois, l'ancêtre du MCG. La section cantonale du tribun zurichois est exsangue au sortir de cette campagne électorale. «Je les ai anéantis à Onex.» Pas que. «Ce parti compte des personnes très valables, mais certains dinosaures lui sont toxiques.» Le refus de sa candidature à la députation UDC en 2005 est prégnant. «Ils ont fait une erreur, j’ai été blessé.» De cette blessure naît le Mouvement citoyens genevois, qui atteint le quorum deux mois après sa création, avant de poursuivre une irrésistible ascension jusqu’à ce printemps.

Le téléphone sonne. Bref échange avec un militant kosovar. «Si je l’écoute, il a retourné la communauté, soit 300 voix supplémentaires!» Fort «d’un bon bilan et d’une bonne entente au sein du collège», le magistrat doit pourtant gagner «1600 voix supplémentaires» entre les deux tours. Seul. «J’étais minorisé au Conseil administratif, alors on réglait nos comptes au Municipal», voilà pour l’explication du front qui vise son éviction. Son adversaire politique, la socialiste Carole-Anne Kast, aura beau se réjouir, à l’issue des résultats, de la prochaine fin «des coups dans le dos et des fuites permanentes», Eric Stauffer n’en démord pas: l’ambiance a été bonne durant cette législature. «Kast est une enfant gâtée. Ça n’a pas marché avec l’un, elle essaie avec l’autre.»

Toujours dans son fauteuil de magistrat, il confesse que l’exercice a été sa «plus belle expérience politique. Cela a une saveur particulière de diriger une commune où l’on a grandi.»

«Et si j’arrivais numéro 1?»

Retour à la maison. «En dix ans de politique, j’ai appris une chose: il ne faut rien en attendre personnellement, sinon on est forcément déçu à la moindre déconvenue.» Le «guerrier» se retire dans ses appartements.

«Et si j’arrivais numéro 1?» rêve à voix haute Eric Stauffer, au sortir de la sieste dominicale. Son fils le réveille d’une salve de cartouches en mousse tirée dans les cotes. L’heure approche. Le contrôleur du parti présent lors du dépouillement à Uni Mail se révèle incapable d’amener la moindre tendance, malgré plusieurs rappels à l’ordre. Eric Stauffer blague, mais le corps se crispe. Il va devoir affronter les résultats devant sa tablette. Seul.

La chancelière Anja Wyden lui annonce par écran interposé son éviction. «Et voilà», encaisse l’Onésien. Un cycle s’achève. «Ça va dégager mes agendas pour le business.» (TDG)

Créé: 10.05.2015, 21h18

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