Eric Stauffer, cet agitateur qui se rêve sénateur

Conseil des Etats (4/5)Le fondateur du MCG pense que la Chambre des cantons aurait bien besoin d’un aiguillon.

En dix ans, Eric Stauffer a réussi à imposer 
le MCG et son discours antifrontaliers dans le paysage politique genevois.

En dix ans, Eric Stauffer a réussi à imposer le MCG et son discours antifrontaliers dans le paysage politique genevois. Image: Laurent Guiraud

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L’infatigable fondateur du Mouvement citoyens genevois (MCG) est à nouveau en course. Colistier de l’UDC Yves Nidegger, Eric Stauffer brigue, ce 8 novembre, un des deux sièges genevois de conseiller aux Etats.

Député, ex-conseiller administratif d’Onex, président de la Commission des finances du Grand Conseil, membre, notamment, de la Commission de l’économie, Eric Stauffer prend position sur plusieurs grands dossiers nationaux. Il promet aussi de ne pas se calmer s’il est élu.

Vous avez soutenu l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse». Comment l’appliquer sans que cela nuise à l’économie?

L’initiative le dit clairement: des quotas sont établis en tenant compte des intérêts de l’économie. Au lieu de crier au loup et de perdre un temps précieux – ce qui, d’après moi, est volontaire pour parvenir à l’échéance du délai d’application – les émissaires suisses devraient aller négocier avec l’Union européenne un avenant aux accords bilatéraux. Il faut faire valoir que la différence de niveau économique entre la Suisse et les pays européens est telle que cela crée des problèmes. A cause de la concurrence de ces travailleurs venus de l’Union européenne, les gens d’ici de plus de 50 ans ou ceux qui n’ont pas de formation ne trouvent plus d’emploi.

Et ces quotas devraient correspondre à combien de permis pour Genève?

C’est une question de négociation. Le Conseil d’Etat aurait déjà dû commencer à discuter avec la Confédération au lieu de bramer. Genève est un canton contributeur à la péréquation intercantonale. Si Berne veut que cela continue, il faut en donner les moyens à Genève. Je vous rappelle par ailleurs qu’il existait des contingents pour la Suisse au début de l’application de la libre circulation. Cela ne dérangeait personne. De même, lorsque le Conseil fédéral a actionné la clause d’urgence pour limiter l’immigration, personne ne l’a accusé de xénophobie.

Vous vous démarquez de l’UDC et de l’Entente sur l’âge de la retraite. Pourquoi ne voulez-vous pas qu’on y touche?

Parce que le MCG a un volet social simplement plus marqué que celui de certains partis de droite. A écouter le PLR, un bon citoyen vote PLR, travaille et paie un minimum de taxes jusqu’à 67 ans et meurt rapidement ensuite car il devient un coût. Le MCG a une autre vision de la société. Nous pensons qu’il est important de pouvoir profiter pleinement du troisième âge, alors qu’il nous reste quelques années de pleine forme à partager avec ses enfants et ses petits-enfants.

Si on ne touche pas à l’âge, où trouver le financement qui va manquer à l’AVS?

Le Conseil fédéral doit trouver des économies ailleurs, et ne pas puiser dans le porte-monnaie des citoyens déjà fortement mis à contribution. Cela peut provenir de plusieurs domaines. En tous les cas, je me refuse à devoir expliquer à quelqu’un qui a travaillé toute sa vie qu’il devra encore continuer quelques années avant de toucher sa retraite. Ce serait d’autant plus absurde qu’il est très difficile, voire impossible, avec la pression de l’Europe, de revenir sur le marché du travail après 50 ans. Mais la Confédération s’en moque car cela ferait porter aux cantons les coûts de la prise en charge sociale de ces gens le temps qu’ils atteignent l’âge de la retraite. De plus, augmenter l’âge du départ à la retraite bloque l’engagement des jeunes!

La traversée du lac est-elle pour vous la solution qui va désengorger Genève?

Non. Ce qu’il faut, c’est une multitude d’actions. C’est pourquoi on ne doit pas jouer un projet contre un autre. Tout est bon à prendre, y compris des voies réservées à la mobilité douce. La Confédération doit comprendre que Genève étouffe. Si cela continue, il y aura un impact sur l’économie et Genève ne pourra plus contribuer à la péréquation intercantonale.

La Suisse doit-elle réellement sortir du nucléaire en 2050?

Il faut en sortir le plus rapidement possible, mais sans se tirer une balle dans le pied. Aujourd’hui, je refuse d’investir le moindre centime dans de nouvelles installations fonctionnant à l’énergie fossile ou nucléaire. Si on n’est pas capable de se passer du nucléaire en 2050, on est vraiment des manches. Mais il faut commencer à y travailler dès maintenant. Fermer une centrale, ce n’est pas juste appuyer sur un bouton. Il faut une énergie renouvelable de remplacement accessible à tous et économiquement viable.

Si vous êtes élu, quelle serait votre priorité?

Un de mes objectifs serait de renégocier la péréquation intercantonale. C’est de la pseudosolidarité qui permet à des cantons aidés de proposer une fiscalité très attractive, en concurrence notamment avec Genève. Plus généralement, je serais l’aiguillon du Conseil des Etats. Ce n’est pas avec le duo de gauche ou l’esseulé de l’Entente que le débat sera animé. Ce sont des candidats soporifiques.

Eliriez-vous au Conseil fédéral le candidat choisi par l’UDC pour remplacer Eveline Widmer-Schlumpf, quel qu’il soit?

Oui. Il ne doit pas y avoir d’ingérence dans la politique des partis. J’agirais de même avec un candidat PLR, PDC ou socialiste. Le choix est de la responsabilité des partis.

(TDG)

Créé: 04.11.2015, 19h08

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Blessé, l’animal politique refuse de rendre les armes

Aujourd’hui dans la course pour un siège au très respectable Conseil des Etats, Eric Stauffer ne change pas pour autant de style. Facilement provocateur, il distribue allégrement les petites phrases qui dénigrent ses adversaires politiques et continue à faire la leçon à tout le monde. «Il n’évoque pas, Monsieur le commissaire, il balance», aurait écrit Michel Audiard.

Rien d’étonnant à cela. Cette manière de faire de la politique, c’est sa marque de fabrique depuis 2005, l’année où il a fondé le Mouvement citoyens genevois (MCG) avec Georges Letellier. Un parti qu’il a fait grandir, de coup d’éclat en coup de sang, jusqu’à en faire la deuxième force politique du Grand Conseil en 2013 grâce à ses dix-neuf députés. Dans l’interview ci-dessus, ce polémiste indécrottable affirme que même un siège de sénateur ne le changera pas. «Je serai l’aiguillon du Conseil des Etats», martèle-t-il, comme si la Suisse entière n’attendait que lui.

Mais revenons au niveau cantonal. En homme qui agit comme s’il avait une revanche à prendre sur la vie, Eric Stauffer ne pouvait se contenter des triomphes de son parti dans des législatifs. En 2005, 2009 et 2013, il tentera d’être élu au Conseil d’Etat. En vain. Pire, il y a deux ans, c’est son colistier Mauro Poggia qui accédera à l’Exécutif cantonal. Normal. Le style d’Eric Stauffer, qui a tant fait progresser le MCG, devient un handicap dans une élection au système majoritaire, où il faut savoir rassembler et convaincre au-delà de sa base électorale naturelle.

Il est vrai que, blessés par ses attaques répétées, les partis traditionnels ne sont pas disposés à lui faire de cadeau. Quitte à diminuer leurs chances de faire élire leurs candidats. Ce n’est pour l’heure qu’avec l’UDC que se sont nouées de véritables alliances, malgré toutes les tentatives de séduire l’Entente.

Le besoin de reconnaissance est un des carburants qui propulsent le rouleau compresseur Eric Stauffer. Sur ce point, davantage encore que ses échecs au Conseil d’Etat, c’est sans doute le non-renouvellement de son mandat au Conseil administratif d’Onex – lors des élections municipales de ce printemps – qui lui a fait le plus mal. Il serait un peu exagéré de dire que son accession à un Exécutif, quatre ans plus tôt, l’avait assagi. Mais l’homme n’avait jamais semblé aussi à l’aise que dans son costume de magistrat municipal.

Comme si cette gifle ne suffisait pas, elle avait été précédée, le 22 janvier, d’un camouflet, infligé cette fois par ses pairs du Grand Conseil. Une majorité d’élus décidait ce jour-là de lui barrer la route de la présidence du parlement en refusant de l’élire à la vice-présidence, une fonction qui permet d’accéder l’année suivante au statut de premier citoyen du canton.

Après ces deux coups durs en 2015, Eric Stauffer allait-il se relever? La question était d’autant plus pertinente que lui-même annonçait le 17 mai au Matin Dimanche qu’il arrêterait la politique en 2018 ou 2019. Pour ce qui est de se relever, il ne fait aucun doute que l’agitateur patenté de la politique locale est bien debout. En revanche, concernant la fin de sa carrière, il n’est pas exclu qu’il ait dit vrai. Ne serait-ce que pour aller chercher dans un autre domaine la consécration que le monde politique lui refusera sans doute toujours.
Eric Budry

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