«L’équipe du Petit Palace a porté assistance aux victimes»

Cinq femmes tabasséesLe directeur et un agent de sécurité du club témoignent de la violente agression qui a impliqué plusieurs clients après la fermeture du lieu.

Une femme a été jetée dans les escaliers et battue. Quatre autres, qui précédaient la victime mais ne la connaissaient pas, ont alors remonté les marches pour lui prêter secours. Elles ont toutes été tabassées par un groupe de jeunes hommes.

Une femme a été jetée dans les escaliers et battue. Quatre autres, qui précédaient la victime mais ne la connaissaient pas, ont alors remonté les marches pour lui prêter secours. Elles ont toutes été tabassées par un groupe de jeunes hommes. Image: Pierre Albouy

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«Cette soirée était calme, sans un seul problème. Rien ne laissait présager de la suite…» Les traits tirés, le directeur* du Petit Palace accepte de parler de la violente agression impliquant des clients, survenues mercredi au petit matin après la fermeture du club. «On ne s’est pas défilé. L’équipe a porté assistance aux victimes en attendant les secours.» La grande confusion du début se clarifie peu à peu.

Cette nuit-là, le directeur croise sur la piste de danse une ancienne collaboratrice, la vingtaine, souriante. «Elle était contente de passer la soirée ici avec des collègues actuelles.» Quatre amies qui venaient se distraire après une journée de travail. Aucune embrouille n’a perturbé l’ambiance à l’intérieur. «Généralement, si on observe une tension entre deux clients, on intervient afin d’apaiser la situation et à leur sortie, on reste attentifs pour s’assurer que tout va bien. Là, rien de tout ça. Personne ne s’attendait à ce qui est arrivé.»

Stoppés par trois hommes

À 5 h, heure de la fermeture, une vingtaine de clients se dispersent à l’extérieur, dont un groupe de jeunes hommes. Quelques mètres en contrebas, en direction de la place des Trois-Perdrix, l’un d’eux agresse une femme qui sortait elle aussi de la discothèque. On ne connaît pas l’élément déclencheur. Elle est jetée dans les escaliers et battue. Les quatre amies, qui précédaient la victime mais ne la connaissaient pas, remontent alors les marches pour lui prêter secours. Arrivent les acolytes du premier agresseur, qui se joignent à lui pour les frapper à coups de pied, de poing et avec une béquille. Les cinq femmes sont blessées, dont deux grièvement.

La boîte de nuit vient tout juste de fermer lorsqu’un client revient en arrière et cogne à la porte d’entrée: «Des filles se font taper!» Sans en savoir davantage, le directeur et un agent de sécurité* se dirigent d’abord vers le balcon de la Bibliothèque de la Cité qui surplombe la place. Aussitôt, le directeur appelle la police et les secours. «J’ai vu une femme couchée dans la rue Frank-Martin, une autre à terre devant la bibliothèque. Les agresseurs commençaient à se faire refouler par trois jeunes hommes, les premiers à pouvoir les stopper. Je pense qu’ils ont donné l’impulsion à d’autres hommes pour les faire fuir.» Les auteurs repartent à bord de deux véhicules, avant l’arrivée de la police.

Sur la place, le directeur découvre une scène surréaliste: «Il y avait plus d’une vingtaine de personnes dans un état second. Elles étaient soit dans la panique ou l’énervement, soit déboussolées ou effondrées. Une fille se tenait la tête entre les mains, assise à côté de sa copine à terre.» Au milieu de «tout ça», lui et son collaborateur, par ailleurs samaritain, tentent de prendre en mains la situation. «Calmer certains, en rassurer d’autres, dire aux gens de laisser de l’air aux victimes.» Le directeur entend ces paroles de colère: «Pourquoi vous n’êtes pas venus plus tôt?» Aujourd’hui, il répond: «Depuis le premier moment où nous avons été alertés, nous avons été disponibles pour tout le monde, pour les victimes, les secours, la police.»

Du courage payé au prix fort

L’agent de sécurité témoigne: «Quand j’ai vu la première femme au sol, mon ancienne collègue, elle n’avait aucune réaction. Ses copines l’entouraient. Je l’ai mise en position latérale de sécurité en attendant les secours.» C’est elle qui se trouvait mercredi soir dans un état critique. Il insiste sur un point: «Surtout, écrivez qu’elle a été pleine de courage. En fait, toutes ces nanas ont payé leur courage au prix fort.»

En évoquant les faits, le directeur revoit des images de la scène. La colère et l’émotion le submergent. «Il y a des choses qu’on ne peut pas accepter. Ces mecs se sont acharnés sur des femmes à terre. Ils ont shooté dans leur tête!» En trente ans de carrière dans le monde de la nuit, le quinquagénaire n’avait jamais vu pareil déchaînement de violence touchant des femmes.

Certains auteurs seraient recherchés en France voisine, selon «20 minutes». L’enquête est menée par la brigade criminelle. Tout renseignement utile peut lui être transmis à ce numéro: 022 427 72 40.

* Identités préservées (TDG)

Créé: 10.08.2018, 21h40

Police pas assez présente?

La violente agression près du Petit Palace s’inscrit dans le contexte d’incidents récurrents dans un secteur où se trouvent d’autres clubs, signalent des habitants. Beaucoup souhaitent voir davantage de policiers patrouiller à pied aux heures sensibles. La police municipale de Genève, chargée de la prévention et non du maintien de l’ordre public, ne couvre pas le territoire au-delà de minuit, du dimanche au mercredi, et au-delà de 3 h, du jeudi au samedi. Quant à la police cantonale, son service communication déclare que «la police de proximité
a notamment pour tâche
de détecter les endroits sensibles et de relayer ce constat à l’ensemble du personnel afin qu’une surveillance accrue soit mise en place. La zone autour du Petit Palace, au même titre que la majorité des discothèques du canton, est au bénéfice de passages préventifs.» Et depuis ce printemps, la police cantonale a «intensifié la fréquence des patrouilles autour des parcs et des établissements publics». S.R.

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