L’épilation au laser du «bikini» vire au cauchemar: médecins condamnés

JusticeLa patiente, brûlée aux 1er et 2e degrés, a déposé plainte. Les praticiens, qui vont faire appel, écopent de jours-amende avec sursis.

En septembre 2016, une séance d’épilation a viré au cauchemar pour une patiente, qui a saisi la justice. (Photo d'illustration)

En septembre 2016, une séance d’épilation a viré au cauchemar pour une patiente, qui a saisi la justice. (Photo d'illustration) Image: EXTREME-PHOTOGRAPHER

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Sur le banc des accusés, un couple qui présente bien, comme l’on dit. Lui a 57 ans, elle 41. Tous deux sont médecins généralistes et homéopathes. Et ils se sont spécialisés dans l’épilation au laser. «Le cabinet médical de mes mandants a pignon sur rue à Genève», assure leur avocat, Me Philippe Eigenheer, lors de sa plaidoirie.

Pourtant, en automne 2016, c’est le drame. Une séance d’épilation du «bikini» vire au cauchemar pour une patiente, qui dépose une plainte. Le procès s’est tenu en juin dernier et le Tribunal de police (TP) vient de rendre son verdict. Reconnus coupables de lésions corporelles par négligence, les praticiens écopent chacun de 60 jours-amende (à 70 fr. le jour) assortis d’un sursis de 3 ans. Ils devront aussi verser à la plaignante 1000 fr. pour tort moral ainsi que près de 13 400 fr. d’indemnités pour frais divers.

Brûlures insupportables

Que s’est-il passé le 14 septembre 2016? Sarah* se rend à l’institut pour une deuxième séance d’épilation au laser du «bikini». La première, le 21 juillet, s’est parfaitement déroulée. Mais cette fois-ci, juste après le traitement dispensé par une assistante nouvellement formée, la plaignante ressent de vives douleurs à l’entrejambe. Il s’agit de brûlures aux 1er et 2e degrés, voire au 3e degré selon un dermatologue qui l’a auscultée par la suite.

Elle en a souffert durant des mois et en porte encore les stigmates, sous la forme «d’une cicatrice de la taille d’une pièce de 5 centimes», déclare-t-elle à la juge du TP. Et il lui a fallu beaucoup de temps pour être à nouveau à l’aise dans son intimité, avec son partenaire.

À l’institut, Sarah a réclamé des soins. Les médecins lui ont appliqué du froid (le meilleur remède dans ces cas-là, selon eux) et donné des pastilles homéopathiques, mais ne disposaient pas d’antidouleurs. «Quand il a vu que mon état s’aggravait, le docteur s’est finalement précipité au-dehors pour aller dans une pharmacie», poursuit-elle. Mais il était 19 h et l’officine était déjà fermée. «Finalement, c’est moi qui ai demandé un cachet d’antidouleur à des passants, dans la rue.»

Ils rejettent la faute sur la patiente

Durant leur procès, les deux médecins n’ont pourtant pas cessé de minimiser les douleurs de la plaignante, n’hésitant pas à rejeter la faute sur elle. «Cela fait près de vingt ans que je pratique dans le domaine du laser, j’ai ouvert mon premier institut à Annecy, précise le praticien. J’étais même pionnier à l’époque», ajoute-t-il fièrement.

Visiblement heureux de faire part de son savoir, il n’a de cesse d’expliquer son métier et le fonctionnement des appareils dans des termes si techniques que cela a fini par irriter la juge. «Excusez-moi, je suis passionné», confie-t-il, sans pour autant s’arrêter.

Mais une mauvaise utilisation du laser peut-elle être mise en cause, cherche à comprendre la juge? Impossible, selon le praticien. «C’est une machine conçue pour brûler, mais le laser que nous utilisons est précis. Notre job, c’est d’éviter les lésions. Nous ne sommes pas des bouchers! Mais je n’ai jamais vu un patient manifester de la sorte!»

Pour les médecins, Sarah frisait l’hystérie. Peut-être à cause de l’insupportable douleur, s’enquiert la juge? «La douleur est un facteur très subjectif, chacun réagit différemment», glisse la doctoresse. Non, pour eux, et malgré leurs recommandations qui figurent dans un protocole que les patients doivent signer, la plaignante s’est exposée au soleil entre la première et la deuxième séance, durant l’été, et c’est ce qui explique les brûlures à l’issue du traitement au laser. Une «accusation», soit dit en passant, que Sarah a toujours réfutée.

Règles de prudence violées

La juge n’a pas suivi les médecins. L’arrêt du Tribunal de police stipule que «la faute des prévenus est non négligeable» et que leurs déclarations «sont peu crédibles». Elle précise que les praticiens «n’ont pas suffisamment instruit, formé et surveillé» l’esthéticienne qui maniait le laser ce jour-là, et de ce fait, ils «ont violé les règles de la prudence de manière fautive». Elle ajoute enfin, notamment, que les deux prévenus «ont rejeté la faute sur la plaignante» et qu’ils «n’ont fait preuve d’aucune empathie» à son égard, ne s’étant jamais excusé auprès d’elle.

«Ma cliente est satisfaite par ce jugement très étayé qui retient une pleine responsabilité des deux médecins, relève Me Nicolas Capt, avocat de Sarah. Elle se réjouit également du fait que le jugement fasse mention de l’attitude choquante des mis en cause, ma cliente ayant été, au-delà de la lésion subie, très affectée par la manière dont elle a été traitée.»

De son côté, Me Eigenheer annonce que ses clients feront appel.

* Prénom d’emprunt

Créé: 23.08.2019, 07h00

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