L’épidémie de coronavirus met l’aéroport au tapis

TransportsEasyjet cloue quasi tous ses avions au sol à Genève. Le trafic chute. Au sol aussi.

Le hall des arrivées de Cointrin reflète la diminution du nombre de passagers.

Le hall des arrivées de Cointrin reflète la diminution du nombre de passagers. Image: LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’épidémie de coronavirus a terrassé la mobilité dans le canton. Sur les routes, les rails et surtout dans les airs, le trafic a dégringolé. Dans l’aviation, les chiffres sont vertigineux: ce lundi, 276 mouvements sur 336 ont été annulés à l’aéroport de Genève. Seuls 27 vols à l’arrivée, 26 vols de ligne et 3 cargos au départ ont été maintenus, pour une douzaine de compagnies. Et cela ne va pas aller en s’améliorant: dès aujourd’hui, Easyjet, l’une des compagnies les plus actives à Cointrin, cloue la quasi-totalité de sa flotte au sol.

En effet, seuls 10% des vols de la compagnie orange sont désormais préservés. Ceux en provenance, à destination ou internes au Royaume-Uni. En cause? Les mesures de confinement, les restrictions de déplacements et les changements de recommandations de voyage sur le réseau de la compagnie. Conséquence: quasi toute la flotte Easyjet Suisse est immobilisée, notamment à Genève. Or, cette compagnie assure quelque 45% des vols à Cointrin.

Épidémie d’annulations

Ce n’est pas tout. Swiss, deuxième compagnie en termes de part de marché à Genève, réduit aussi sa voilure au «strict minimum». Ainsi, 65 vols ont été annulés à Cointrin ce lundi. «Du 23 mars au 19 avril, nous prévoyons de poursuivre uniquement nos vols de Genève à Londres, Athènes, Lisbonne et Porto, précise Meike Fuhlrott, porte-parole. Les vols long-courriers seront suspendus jusqu’à nouvel ordre.» Comme elle le mentionnait dans «Le Temps», la compagnie n’exclut pas une suspension temporaire complète des opérations «si la situation doit encore se détériorer et si des interdictions de vol supplémentaires sont imposées».

Forcément, ces décisions réduisent encore davantage le trafic. À Genève, les vols diminuent ainsi de 80% et le trafic passagers de 90% par rapport à la même période en 2019. C’est pire que l’épisode du volcan islandais, qui avait entraîné quelques jours de paralysie en avril 2010 en raison de la fermeture de l’espace aérien. «Aujourd’hui, l’ampleur est inédite avec une durée imprévisible, confirme Ignace Jeannerat, de la communication de Genève Aéroport. Un nombre important de nos activités ont été ralenties, voire interrompues.»

Fermeture exclue

Alors pourquoi ne pas boucler simplement Cointrin, comme le demandait un syndicat vendredi encore? «À ce jour, Genève Aéroport assure encore des vols indispensables de rapatriement et de fret, raison pour laquelle il n’est pas prévu de fermer sauf si l’autorité compétente (ndlr: le Conseil fédéral) nous impose de le faire», poursuit Ignace Jeannerat. En diminution, le fret bénéficie toutefois de la hausse des achats sur internet liée aux restrictions actuelles. «Le fret demeure un élément essentiel dans la situation actuelle pour l’économie régionale, puisqu’il sert à acheminer du matériel médical, le courrier, l’importation et l’exportation d’équipements…» Obligation légale, les vols sanitaires perdurent.

Mais Cointrin a dû s’adapter. Vu la baisse du trafic, les opérations pourraient se comprimer sur une partie restreinte de la plateforme. Le personnel, lui, a été fortement réduit à l’enregistrement, à la sûreté et au contrôle des passeports. Commerces et restaurants sont fermés. Une partie des employés travaille depuis la maison. Ceux qui ne peuvent pas le faire mais se trouvent à domicile sont mis au chômage partiel. Pour compléter ce que l’assurance chômage ne paiera pas, l’aéroport s’engage à verser 100% de chaque salaire dans la durée.

Les sociétés actives à Cointrin (dans la sûreté, le nettoyage, le handling) ont aussi dû s’ajuster. Chez ISS, Securitas ou Dnata, une grande partie des effectifs a été placé au chômage partiel. «Nous n’avons en revanche licencié personne, assure Alexandre Koenig, membre de la direction de Dnata. Nous souhaitons pouvoir garder l’entier de notre personnel pour assurer nos prestations lorsque le trafic reprendra.» Quand? Certaines compagnies auraient annulé des vols jusqu’en juin.

Autour du tarmac, les riverains ressentent l’accalmie. «Le bruit a clairement diminué, raconte Yvan Rochat, conseiller administratif à Vernier et président de l’Association transfrontalière des communes riveraines de l’aéroport. Cela me fait penser à la période où le trafic aérien était perturbé par l’éruption du volcan islandais. Et cela montre que diminuer les vols, c’est possible.»

Tarmac à l’agonie

Sur place, l’agonie du tarmac frappe. Le train vers Cointrin donne le ton: en remontant ses onze voitures, on croise trois passagers. La gare aéroportuaire aligne ses enseignes presque toutes closes. «Depuis 1986 que je travaille ici, je n’ai jamais vu ça», assure Daniel, employé des CFF.

Aux départs, la protection civile filtre la seule porte disponible, suffisante pour le maigre flux de passagers, stressés et peu loquaces. Impossible d’entrer sans billet. Peu de vie transparaît par les vitres. Aux arrivées, Louise confirme la vacuité du site. «J’arrive de Dublin, on était dix dans l’avion», rapporte celle qui a interrompu en catastrophe ses études en Irlande. Robert sort du terminal où il travaille. «Les passagers ont hâte de rentrer, les employés s’ennuient», relate-t-il.

Même déprime chez les taxis. «Si on fait une course par jour, c’est beaucoup», indique Hassan. L’autoroute voisine se fait presque oublier. Personne dans le train du retour. Un train fantôme.


La mobilité terrestre chute en piqué

Sur le bitume comme sur le rail, c’est aussi un ralentissement spectaculaire que vit Genève en temps de semi-confinement. Les chiffres confirment ce qui se voit à l’œil nu. L’Administration fédérale des douanes a évalué samedi le repli du trafic privé aux frontières à 77%. Sur le pourtour du canton, 19 douanes ont été barrées mardi dernier, puis sept autres samedis. Soral a d’abord vu fermer son débouché sur Viry, puis celui sur Crache. «C’est le paradis, on marche dans la rue, les anciens retrouvent le temps où le trafic transfrontalier n’existait pas, commente le maire Raoul Florez. Cette crise nous offre le test de fermeture réclamé depuis longtemps. Il montre la nécessité d’un évitement: la fermeture d’une seule douane provoque un report massif sur l’autre. Paradoxalement, le retour du trafic voudra dire que la vie a pris le dessus.»

Selon l’État, seules deux des huit douanes encore ouvertes ont connu de gros bouchons lundi matin (de 1 à 2 km signalés à Veyrier et Perly, avec des retenues plus digestes à Ferney et Anières). L’index TomTom, basé sur les données GPS, affirme que la congestion de lundi matin atteignait un petit tiers de la moyenne de l’an dernier. La Fondation des parkings constate une occupation deux fois plus faible que la normale dans ses ouvrages. Ceux-ci servent notamment aux habitants, d’où le fait que la désertion ne soit pas plus marquée. Dans les P+R des pendulaires, le remplissage est à 25% du taux usuel.

À bord des transports publics, désormais déconseillés, la distance sociale abonde. Les TPG parlent d’un recul d’environ 75% de leur fréquentation et ont réduit leur offre d’un gros 40% en appliquant en semaine un horaire du samedi renforcé. Prochaine étape possible, mais pas décidée: l’horaire dominical sur la semaine entière. Les CFF ont annoncé la semaine dernière un recul de 80% de leur fréquentation. D’ici au 2 avril, ils diviseront progressivement leurs cadences par deux, comme c’est le cas sur le Léman Express, qui ne rallie plus Annemasse. M.M.

Créé: 24.03.2020, 06h58

Aussi du bonus

Accidents Moins de trafic, c’est en principe moins de collisions. La règle semble se vérifier selon un coup de sonde de la police genevoise, qui a recensé 70 accidents durant la semaine dernière, contre le double (près de 150) durant la précédente.

Pollution Selon le Département genevois du territoire, il est encore trop tôt pour déceler une tendance claire à une amélioration de la qualité de l’air, notamment quant à sa teneur en particules fines. Dimanche a toutefois fourni un sérieux indice: la station de mesures Necker (Saint-Gervais) a connu sa deuxième meilleure journée depuis sa création en 2014 pour les teneurs en dioxyde d’azote, un polluant très lié au trafic motorisé.
M.M.

Articles en relation

La police genevoise va fermer la plupart de ses postes

Sécurité Seuls resteront ouverts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 le poste des Pâquis et celui de l'aéroport. Plus...

Genève Aéroport limite plus sévèrement l’accès à sa plateforme

Coronavirus De nouvelles mesures sont mises en place, avec l’appui de la police, pour faire face à la situation exceptionnelle liée à l’épidémie de Covid-19. Plus...

«L'aéroport a immédiatement mis en place des mesures de protection»

Interview Alors qu'un syndicat appelle à sa fermeture, Genève aéroport assure avoir appliqué à la lettre les règles sanitaires. Aujourd'hui, la moitié des vols sont supprimés. Plus...

La fermeture totale de l'aéroport de Genève demandée

Covid-19 Selon le SSP, les travailleurs oeuvrant à Cointrin ne sont pas suffisamment protégés du Coronavirus. Un préavis de grève pourrait être voté. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

C'est le week-end: restez chez vous!
Plus...