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Dans l’épicerie Le Nid, le client est chez lui

Deux heures par mois, les membres de l’épicerie coopérative genevoise Le Nid travaillent dans le magasin dont ils sont propriétaires.

Des allers-retours dans la chambre froide pour sortir des bacs de légumes, un coup de serpillière sur le sol et des billets comptés sur un comptoir en bois. Le Nid ouvre dans moins d’une demi-heure et les coopérateurs s’affairent. Cent quatre-vingts personnes ont rejoint l’épicerie depuis son lancement, il y a un peu plus d’un mois.

Celle-ci se niche au premier étage d’un vieil immeuble de la Jonction. Mais les coopérateurs devraient déménager à la fin de 2018 dans un espace plus grand du même quartier. Dans une première salle, des pains issus de l’agriculture biologique, des légumes et des fruits de saison, ainsi que des produits laitiers. Dans une seconde pièce, une suite de silos de flocons: avoine, épeautre, seigle… «Il y a trop de sortes de flocons», s’amuse Johann Zoller, l’un des fondateurs du Nid. «On ajuste encore notre offre en fonction de ce qui se vend.» Mais jusqu’ici, pas de gaspillage: «Les invendus, nous les donnons à l’association caritative Partage ou aux coopérateurs, à prix libre.» Plus loin dans la salle, des herbes et épices, des bières artisanales ou encore des cosmétiques «éthiques»: dentifrice solide, couches-culottes ou préservatifs à l’unité. Et les prix? Ceux des producteurs, avec une marge de 20%.

Encore quelques post-it pour indiquer le prix des légumes et l’épicerie est prête. Pas de trace d’emballages ou de sacs plastiques: au Nid, on achète des sacs en toile à ramener à chaque fois. Une musique brésilienne résonne sur des enceintes le temps de quelques chansons. Aucun doute, l’ambiance est différente de celle d’un grand supermarché. «C’est important que ce soit également un lieu de rencontre», précise Johann Zoller. «Les gens sont aussi indulgents quand ils passent à la caisse parce qu’ils savent que ce sera leur tour bientôt.»

Ce sont les premières heures de travail au Nid pour Ève. Cette coopératrice qui travaille «toute la journée derrière un ordinateur» voit Le Nid comme «une bouffée d’air»: «C’est faire autre chose. Et pour moi, c’est une démarche loin du métro-boulot-dodo. C’est la possibilité d’une autre consommation, d’un nouveau mode de vie.» Pour Sandrine, infirmière, c’est aussi une découverte: «Gérer la caisse, les stocks, je ne fais jamais ça dans mon métier. Ça change. Et puis on apprend tous ensemble.»

Les coopérateurs du Nid doivent y travailler deux heures par mois. Parmi eux, Catherine Baumann, ergothérapeute. Elle s’est inscrite avec son mari et ils effectuent leur «shift» ensemble. «On profite aussi de faire une activité ensemble. Les deux heures filent, on ne voit pas le temps passer.» Pour devenir copropriétaires du lieu et pouvoir y faire leurs courses, les coopérateurs doivent acquérir des parts sociales: cinq, soit 200 francs, pour une souscription standard et trois, soit 120 francs, pour les étudiants.

«J’aimerais bien qu’il y ait des pommes!» s’exclame Eve. Huong, assistante administrative et d’accueil au Nid, lui montre donc, avec une tablette posée sur le comptoir, comment suggérer les marchandises qu’elle aimerait pouvoir acheter dans l’épicerie.

Y a-t-il des produits qu’on ne trouvera jamais au Nid? L’épicerie privilégie les producteurs locaux et bio, mais tous ne le sont pas forcément: «Nos marchandises répondent aux demandes des coopérateurs. Si certains ne veulent absolument pas voir un produit ici, ils peuvent le bloquer pendant un an lors d’une assemblée générale. Ensuite, la possibilité de le mettre en rayon sera rediscutée.»

Les heures passent, les coopérateurs discutent et posent des questions à Huong et à Johann. «C’est bio, ça? C’est local»? «J’ai entendu dire qu’il y aurait des tomates, c’est vrai?» À la fin d’un «shift horaire», les coopérateurs passent devant le comptoir. Il est temps de faire les courses! Cet après-midi de vacances au Nid, il y a plus de travailleurs que de clients. Mais peu importe, puisque tous les clients sont des travailleurs et que tous les travailleurs sont des clients!

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