L’enquête indépendante sur les abus à l’école a été rendue au Conseil d’État

Affaire Tariq RamadanD’anciennes élèves de Tariq Ramadan, professeur dans les années 80 à 2000 à Genève, ont témoigné devant deux experts.

L’analyse porte notamment sur la situation au Collège de Saussure, où Tariq Ramadan a enseigné dans les années 90 et 2000 et où un autre professeur a été dénoncé l’an passé.

L’analyse porte notamment sur la situation au Collège de Saussure, où Tariq Ramadan a enseigné dans les années 90 et 2000 et où un autre professeur a été dénoncé l’an passé. Image: Patrick Gilliéron Lopreno

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Le rapport d’analyse sur les abus à l’école genevoise a été rendu le 31 octobre au Conseil d’État, a appris la «Tribune de Genève». Trente années ont été explorées en sept mois de recherche. Ouverte dans la douleur par le gouvernement à la suite de l’affaire Tariq Ramadan et de celle d’un enseignant en poste au Collège de Saussure (lire ci-après), l’enquête menée par deux experts indépendants devrait bientôt être présentée publiquement.

«Le rapport a effectivement été remis par les experts dans les délais prévus, confirme la porte-parole du Département présidentiel, Florence Noël. Le Conseil d’État en prendra prochainement connaissance et se déterminera sur la suite à donner et sur les modalités de sa publication.»

Pas des procureurs

La mission donnée aux deux anciens juges, la Genevoise Quynh Steiner Schmid et le Fribourgeois Michel Lachat? «Établir si des allégations à l’intégrité sexuelle d’élèves impliquant Tariq Ramadan ou d’autres collaboratrices ou collaborateurs ont été portées à la connaissance du Département de l’instruction publique (DIP)», selon un document que nous avons consulté. Objectif: «Analyser la manière dont le DIP a traité ces allégations.» Pas question donc d’établir des faits ni de se substituer à un procureur.

À notre connaissance, des dizaines de personnes ont été convoquées ou se sont présentées d’elles-mêmes. À l’image de quatre anciennes élèves de Tariq Ramadan, en poste entre 1984 et 2004 au Cycle des Coudriers puis au Collège de Saussure. Elles ont témoigné de son comportement inapproprié, voire interdit, alors qu’elles étaient encore adolescentes. Mais surtout du rôle de l’école dans leur situation. Leur identité a été vérifiée par les experts, mais leur nom ne figure pas dans le rapport. En revanche, leur anonymat n’est pas garanti dans la mesure où leur récit peut les rendre identifiables.

Parole institutionnalisée

De cette manière, elles ont institutionnalisé leur parole, jusque-là portée par les médias. Il y a un an, elles avaient décidé de briser des années de silence en dénonçant publiquement les abus du Genevois. Des accusations qu’il a toujours contestées.

Un témoin a également confirmé devant les enquêteurs ses propos tenus dans la presse. Au Collège de Saussure, il avait découvert que Tariq Ramadan avait entretenu des relations sexuelles avec deux camarades, puis il avait dénoncé ces actes interdits à une doyenne, laquelle avait alerté le directeur de l’établissement. Ce dernier avait reconnu l’an passé dans la «Tribune de Genève» ne pas avoir ouvert de procédure mais avoir confronté Tariq Ramadan aux accusations. Le professeur de français et de philosophie avait tout contesté à l’époque. Une vingtaine d’années après les faits, le directeur à la retraite s’est lui aussi exprimé dans le cadre de l’analyse.

D’autres fonctionnaires ont été entendus, ainsi que l’ancienne conseillère d’État chargée de l’Instruction publique Martine Brunschwig Graf. Convoquée durant les premières semaines de l’enquête, elle n’a pas caché son malaise dans notre enquête publiée en juin. L’ancienne magistrate a eu le sentiment que «le mandat n’était pas clair» et que l’expertise des anciens juges dans le domaine traité était «très limitée». La méthode de travail a suscité un certain scepticisme: les modalités d’accès aux experts sont restées floues et peu rassurantes, au point de décourager certains de parler.

Inquiets du déroulement de la procédure et du peu de précautions prises pour les victimes ou témoins, des députés ont demandé en juin au Conseil d’État d’opérer un recadrage. Malgré tout, selon nos informations, le rapport intermédiaire rendu en juillet par les experts a été jugé peu satisfaisant par le gouvernement. Finalement, les anciens juges ont communiqué le 17 septembre un numéro de téléphone spécial, une adresse e-mail ainsi que des garanties de confidentialité. C’est à partir de là que des personnes clés ont franchi le pas, comme quatre anciennes élèves de Tariq Ramadan.

L’un des deux enquêteurs, Michel Lachat, que nous avons contacté, ne fait aucun commentaire. (TDG)

Créé: 06.11.2018, 07h22

Un an de rebondissements

20 octobre 2017
Dans le sillage de l’affaire Weinstein, une Française dépose plainte pour viol contre Tariq Ramadan en France. Quelques jours plus tard, une autre fait de même.

4 novembre 2017
Dans le but de les soutenir, quatre anciennes élèves du professeur genevois, en poste au Cycle et au Collège entre 1984 et 2004, affirment dans notre enquête qu’il avait abusé de sa position pour les séduire et les amener à entretenir des relations sexuelles avec lui.

8 novembre 2017
Me Bonnant, l’un des premiers défenseurs de Tariq Ramadan, annonce qu’une plainte contre X sera déposée pour diffamation, visant «à débusquer les quatre accusatrices». Aucune plainte n’a été déposée à ce jour. Son client conteste avoir eu des rapports sexuels avec des élèves.

10 novembre 2017
Ces propos scandalisent. Des personnalités genevoises lancent un comité citoyen de soutien à «celles qui ont osé briser l’omerta».

9 décembre 2017
À Genève, la parole se libère. Une ancienne collégienne dénonce le comportement d’un professeur en poste. Anne Emery-Torracinta, cheffe du Département de l’instruction publique (DIP), annonce la création d’un lieu d’écoute pour les élèves victimes d’abus. Mais une députée, Anne Marie von Arx-Vernon veut une large enquête.

11 janvier 2018
Une ligne téléphonique est mise en place. La mesure laisse sceptique: comment parler quand on est sous emprise?

11 mars 2018
Des féministes genevoises dénoncent une «omerta institutionnelle» et réclament l’ouverture d’une enquête administrative pour faire la lumière sur les abus à l’école.

15 mars 2018
Faisant volte-face, Anne Emery-Torracinta annonce vouloir ordonner une enquête.

21 mars 2018
Le Conseil d’État ouvre une analyse indépendante sur la gestion, au sein du DIP, de situations impliquant des collaborateurs et portant sur l’intégrité sexuelle des élèves. S.R.

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