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Des enfants migrants enfermés: en Suisse aussi

Des enfants sont emprisonnés alors qu’ils n’ont commis aucun délit. Ce qui nous semble humainement insupportable aux États-Unis ne l’est pas davantage sous nos latitudes. Au moment où vous lisez ces lignes, plusieurs cantons suisses enferment des mineurs au seul motif qu’ils sont migrants, dans la perspective d’un renvoi. Vous imaginez-vous, à l’âge où vous appreniez à lire, être retenu en détention? Et votre adolescent qui pianote sur son smartphone, dans quel état reviendrait-il d’un enfermement qui peut aller jusqu’à douze mois?

"Le statut migratoire ne saurait constituer une infraction et ne saurait justifier que l’on détienne des enfants à ce titre"

Jean Zermatten, Ancien président du Comité de l’ONU des droits de ­l’enfant

Une différence majeure entre notre pays et les États-Unis est que ceux-ci ont refusé de ratifier la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Chez nous, elle est en vigueur depuis plus de vingt ans et nous aimons à nous considérer comme haut lieu des droits humains. Un titre pour l’instant usurpé.

Au cœur des droits de l’enfant est la reconnaissance de la vulnérabilité et du besoin de protection particuliers des enfants, quels que soient leur nationalité ou leur parcours. Un enfant est d’abord un enfant. Et la convention précise dès son premier article que tout être humain âgé de moins de dix-huit ans doit être considéré comme tel. Les États doivent donc agir dans leur intérêt supérieur.

La réalité helvétique piétine honteusement cette convention. D’abord car des familles avec de jeunes enfants de moins de 15 ans sont privées de liberté et détenues dans des prisons administratives, bien que la loi suisse l’interdise. Ensuite parce que cette loi autorise l’enfermement d’enfants entre 15 et 18 ans, avec pour seul motif leur statut migratoire. Les instances onusiennes condamnent de manière unanime cette pratique, qui porte atteinte au développement des enfants. L’anxiété, la dépression sévère et même l’automutilation peuvent apparaître chez ces mineurs, avec des conséquences sur le long terme.

Jean Zermatten, ancien président du Comité de l’ONU des droits de ­l’enfant, nous rappelle à nos valeurs: «Les enfants qui se trouvent dans le contexte de la migration, qu’ils soient accompagnés, séparés ou non accompagnés, ne devraient pas être placés en détention. Le statut migratoire ne saurait constituer une infraction et ne saurait justifier que l’on détienne des enfants à ce titre.»

La détention administrative d’enfants doit cesser dans les meilleurs délais, et ceci quels que soient leur âge et le statut de leurs parents. Pour protéger tous les mineurs, un changement de loi est indispensable, tout comme un contrôle de la pratique des différents cantons.

Si l’on peut se rassurer de savoir que Genève a renoncé à recourir à la détention administrative de mineurs, l’aménagement de cellules familiales sur le territoire du canton reste possible pour les besoins d’autres cantons, dans le cadre d’un concordat. Est-ce là notre Genève, notre Suisse? Pour renouer avec notre tradition humanitaire, protégeons enfin tous les enfants dans notre pays et mettons fin à la détention administrative de mineurs.

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