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ChroniquesL'encre bleue

Partie 3 de la série

Apprendre à se vendre

27 septembre 2018

Mais que va-t-elle encore inventer avec des titres pareils, cette Julie?

Apprendre à se vendre: c’est la base du métier, quand on est dans la presse! Dans le tourisme aussi…

C’est un bon Genevois qui m’a fait cette remarque sensée. Il se demande bien pourquoi nous autres du bout du lac avons tant de mal à mettre en avant nos atouts, à l’heure où l’on cherche à promouvoir toujours plus l’image du canton à l’étranger.

L’Horloge fleurie, par exemple!

Des têtes bien-pensantes dans la République estiment que cet emblème n’est plus un argument touristique suffisant. Qu’il faut en trouver d’autres, pour renouveler l’intérêt des visiteurs et varier les plaisirs.

Or il faudrait déjà mieux valoriser cette attraction phare, celle qui «allie à la perfection les savoir-faire horloger et horticole», comme le vante le site de la Ville de Genève. Car on a beau dire, c’est fou le nombre de gens qui la prennent en photo par tous les temps.

Et que voit-on généralement sur le cliché de voyage qui se partage et se balade un peu partout sur les réseaux sociaux? Une personne posant devant une horloge fleurie, avec ses milliers de plantes joliment arrangées, ses aiguilles qui trottent infatigablement, le gazon soigné tout alentour, quelques arbres, peut-être. Et puis c’est tout.

Rien ne montre que la scène se passe à Genève. Pas le moindre drapeau qui se glisserait en haut de l’image, histoire d’indiquer à quelle ville la rattacher. Pas de lettres en fleurs près du cadran magique pour écrire le nom de la ville.

Le cliché pourrait donc être pris à Lausanne. Voire à Zurich! Mais non, c’est bel et bien à Genève que cette horloge s’épanouit depuis 1955, date de sa création. Nous le savons, bien sûr. Pas forcément ceux qui verront l’image au loin. Dommage.

Et pour le Jet d’eau, on fait comment pour indiquer Genève? Bonne question!

Deux poids deux mesures

25 septembre 2018

J’ai attendu que la votation sur la petite reine soit derrière nous pour évoquer ce coup de gueule d’une contribuable «middle class» de la République et Canton de Genève.

J’ai attendu, le temps de vérifier que les Genevois portent bel et bien le vélo dans leur cœur. Et c’est le cas: le résultat des urnes de dimanche a tout d’une déclaration d’amour! Ou de raison…

Si je n’avais pas reporté un tantinet ce billet, on aurait aussi pu croire que j’œuvrais à dessein contre les cyclistes. Or j’en suis une. Parfois.

Mais il est vrai que le comportement de certains de mes congénères à deux roues agace. Pour ne pas dire plus. Sous prétexte qu’ils ne polluent pas, qu’ils ne prennent pas trop de place dans le trafic, qu’ils se soucient de leur santé en pédalant, bref, qu’ils ont tout juste, on devrait tout leur pardonner. Non!

Qui n’a pas un jour pesté contre ce pédaleur intrépide qui vous roule quasi sur les pieds sur un trottoir ou qui déboîte dans la circulation comme s’il était seul au monde?

Marie, puisqu’il faut bien nommer celle qui voit rouge, n’en peut plus du laxisme des autorités face aux incivilités des cyclistes. Cette automobiliste crie au scandale car elle s’estime lésée par les amendes, fréquemment doublées d’ordonnances pénales, qu’elle reçoit.

Sa faute? Elle roule trop vite. Ce qui n’est pas bien, elle en convient. Mais franchement, que dire de ces cyclistes «qui se permettent de chevaucher anonymement et en zigzag, en fendant l’air furtivement, les voies motorisées (même les voies de tram), les passages pour piétons, les trottoirs, les jardins et les parcs publics sans être l’objet de la moindre remise à l’ordre»? Entendez par là de la moindre amende.

Bon, encore faut-il pouvoir les rattraper! En attendant, Marie demande aux fonctionnaires de faire régner plus équitablement la sécurité routière à Genève. Voilà qui est dit!

Place à l'automne

22 septembre 2018

L’équinoxe a lieu dimanche, au petit matin. C’est ainsi et l’on n’y peut rien: l’automne est arrivé.

À cette période de l’année, les feuilles mortes se ramassent à la pelle. Les emmerdes aussi. Suivez mon regard.

Normal me direz-vous, c’est le temps de la rentrée politique. Du chaud bouillant, assez spectaculaire ma foi, avec ce qu’il faut d’empoignades, de coups bas et de règlements de comptes. Qu’ils se battent donc entre eux.

Car pour vous et moi, ce changement de saison marque aussi la fin d’une certaine insouciance. Tout ce qui a été reporté au cours de l’année doit être fini, terminé, poutzé lors de cette dernière ligne droite avant Noël.

L’automne? «Il n’a pas vraiment commencé que j’en ai déjà marre» soupire un mien collègue…

Et pour cause: le début du grand repli sur soi a commencé. Les corps vont progressivement se cacher sous les vêtements, les couches s’ajoutant les unes aux autres. Bientôt il ne restera que le bout du nez libre de protection.

Avec les premières fraîcheurs, à la nuit tombée, on sort moins volontiers. On se calfeutre chez soi, quand on a la chance d’en avoir un. Et on attend que ça passe. Avec un peu le vague à l'âme.

Mais l’automne peut encore nous faire chaud au cœur avec son festival de couleurs rouge et or, plus vrai que nature, et sa symphonie de chants d’oiseaux. En ce moment, ces centaines d’étourneaux se donnent rendez-vous dans un arbre du cimetière des Rois pour babiller ferme, avant de partir à l’assaut du ciel en faisant des chorégraphies palpitantes. Je ne m’en lasse pas! Comme de voir les vols de cormorans, impressionnants de géométrie et de détermination quand ils fendent l’air.

Ces derniers jours ont pu nous faire croire que cet été insolent n’allait jamais se terminer. Qu’il allait jouer les prolongations. Mais non. L’automne est bien arrivé. Avec ses feuilles mortes qui se ramassent à la pelle…

Les colis indésirables

20 septembre 2018

Que faire? Après deux mois de répit, le cirque vient de recommencer. Le facteur sonne deux fois à sa porte. Elle ouvre. Oh non, encore un paquet!

Car elle n’a strictement rien commandé, donc. Ni par courrier ni par Internet. Andrée n’a pas d’ordinateur.

La première fois qu’elle a reçu un colis non désiré, en mars dernier, elle en est restée baba. C’est quoi, cette affaire? Je n’ai jamais demandé ça! Alors elle l’a refusé. Bien vu! Mais l’affaire s’est répétée.

À ce jour, cette dame âgée a déjà reçu sept paquets, livrés à sa porte ou déposés dans sa boîte aux lettres. Elle en a rapporté à la poste. Et elle a porté plainte à la police, pour que ça cesse. Pour se protéger aussi.

Car les factures sont arrivées. Elle ne les a pas payées. Il y a bien eu ce rappel d’une enseigne berlinoise. Andrée a dû se faire aider pour contester la chose. Depuis, plus de nouvelles.

«Il faut toujours résister contre ces pratiques malhonnêtes, mais à mon âge, je n’ai plus envie! Ça me tombe sur le moral…» On la comprend. Mais que faire, alors?

La police genevoise, qui connaît la combine, relève qu’Andrée a eu le bon réflexe: refuser le colis et déposer plainte. Il lui reste encore une étape à franchir pour avoir enfin la paix: fermer le compte qu’un malfrat a ouvert à son nom auprès d’une enseigne. Elle doit donc repérer l’expéditeur, contacter le service à la clientèle, expliquer son cas, et le tour devrait être joué.

Pour éviter toutes ces histoires, la police nous invite à mettre uniquement l’initiale de notre prénom sur la boîte aux lettres. Un filou a plus de peine à ouvrir un compte à des fins frauduleuses quand il ignore si P. est un homme ou une femme. Quel prénom inventer pour compléter le nom de famille et l'adresse?

Pour les plus branchés, une inscription sur le service Easy-Track de La Poste aide aussi à repérer l’arrivée d’un colis indésirable. Et à vite réagir.

L'horodateur ne pige pas

18 septembre 2018

Les horodateurs genevois ne sont pas des automates antifrontaliers, comme certains automobilistes à plaques françaises pourraient le penser.

Ces engins d’un nouveau genre sont seulement très pointilleux. Ils aiment la précision. Quand ils reçoivent des infos qui ne correspondent pas à leurs attentes, ils font un blocage, voyez-vous, et ils le font payer aux insouciants!

Je vous explique? L’autre jour, une dame furax, pour ne pas dire plus, me signale qu’elle vient enfin de comprendre pourquoi elle reçoit sans cesse des amendes concernant le stationnement de sa voiture, alors même elle nourrit généreusement l’horodateur. «C’est un vrai truc de dingue», s’agace Marine. «Du banditisme!»

Faut dire que cette automobiliste n’est pas du genre à tricher. Elle met scrupuleusement de l’argent dans les appareils, pour éviter justement de mauvaises surprises. Le seul problème, c’est qu’elle s’y prend mal en entrant le numéro de sa plaque dans l’automate.

Pour faire simple, si les habitants de Genève indiquent tout, ceux des communes françaises doivent se limiter aux chiffres et aux lettres, sans mettre devant le numéro de département. Ce que Marine a toujours fait par habitude.

Or l’automate ne reconnaît pas la plaque, dans ce cas de figure! Il pompe le fric, donne le temps de stationnement autorisé, mais ne sait pas à quelle voiture ça correspond.Marine l’a compris en interrogeant celui qui lui infligeait une amende à 16?h et des poussières, alors qu’elle était en règle jusqu’à 17?h. «Mais vous avez mis le 74, c’est normal!» a lâché l’employé.

Contactée, la Fondation des parkings soupire. Ces horodateurs fonctionnent depuis un an et des gens se trompent encore, malgré les infos… Marine peut donc la contacter et préciser où et quand ces mésaventures lui sont arrivées, car des traces de paiement figurent normalement dans le système. Si bonne foi il y a, la Fondation pourrait faire un geste.

Le miracle de Cornavin

15 septembre 2018

En avril dernier, un homme fait du rangement dans son grenier, quelque part en Belgique. Où? J’ai oublié de lui demander… Il tombe par hasard sur une valise contenant des tas de vieux courriers oubliés mais conservés, sait-on jamais.

Parmi ces papiers épars, une lettre lui saute soudain aux yeux. Il la relit. Tu parles d’une bonne surprise! Jean-Philippe retrouve l’excitation qu’il avait eue, à l’époque, en la recevant. C’était en 1991, il avait tout juste vingt ans, et la missive était signée par le directeur de l’Hôtel Cornavin de Genève.

Ce courrier annonçait qu’il avait gagné un prix au «Concours courrier Tournesol» organisé dans le cadre de l’exposition «Tout Hergé» qui s’était déroulée en Belgique cette année-là.

Les participants devaient envoyer une enveloppe décorée à l’adresse de l’hôtel genevois où les personnages s’étaient rendus dans cette BD.

Graphiste de formation, Jean-Philippe avait réalisé deux ou trois enveloppes, et il ne savait pas au juste laquelle avait séduit le jury. Qu’importe, au fond, puisqu’il avait gagné ce prix: un bon de logement pour deux personnes à l’hôtel Cornavin pour un week-end à convenir. Un bon illimité dans le temps.

Une aubaine pour lui. Sauf qu’il n’avait alors pas les moyens de s’offrir le déplacement au bout du lac. Il l’a fort regretté. Et puis le temps a passé…

Le 30 avril 2018, Jean-Philippe a tenté sa chance. Il a téléphoné à l’hôtel pour expliquer l’affaire Tournesol. Ou plutôt le concours du même nom. Face à cette histoire surprenante, l’employé lui demande de scanner le fameux bon. Et le 1er mai, il reçoit la réponse positive du directeur de l’établissement, lui demandant de venir à une date de son choix. La classe!

À l’heure où vous lisez ces lignes, Jean-Philippe et sa femme profitent d’un week-end de rêve à l’hôtel Cornavin, 27?ans après avoir gagné un concours oublié de tous. C’est grand!

Les perles de trottoir

13 septembre 2018

Vous avez sans doute pris goût à la série «Perles de trottoir» parue cet été dans les pages «Locale» de la Julie. Photo à l’appui, elle signalait des aberrations dans l’aménagement de l’espace public.

La série n’est plus, pour l’instant, mais une nouvelle bizarrerie mérite attention. Je vais tenter de vous la décrire sans images.

Elle se trouve à la rue De-Candolle, en face du bâtiment Uni Bastions. Là où vont bientôt converger des centaines d’étudiants à pied, à vélo ou à moto. En fait, cette étrangeté est double puisqu’on la découvre du côté extérieur des deux passages piétons conduisant à l’alma mater.

Ce sont des quadrillages de peinture blanche sur fond de macadam. Des places de stationnement pour motos, donc. Vous me direz que c’est une bonne chose car elles sont insuffisantes. Et il faut bien en prévoir, si l’on ne veut pas que ces engins envahissent les trottoirs. Oui mais.

Pour en mettre le plus possible, ces cases ont été conçues en double rangée! Elles occupent ainsi, sur la chaussée, la même profondeur que des voitures voisines garées en épi.

Les gens qui ont inventé ça n’ont jamais conduit de moto! Ils sauraient, autrement, que si l’on range sa mopette sur la case perpendiculaire au trottoir et qu’une moto se gare juste derrière elle, c’est fini. On ne sort plus de là!

Car l’engin ne peut pas toujours prendre l’élan nécessaire pour quitter ce piège. Et s’il y parvient, c’est la guerre assurée avec les piétons: les cyclistes ne sont déjà pas bien vus sur les trottoirs. Que dire des motards?

À moins que ce soit fait exprès? Imaginons que des pandores attendent de pied ferme les scootéristes qui vont devoir rouler là où c’est interdit. La plaisanterie leur coûterait alors quelques centaines de francs…

Encore un truc pour se faire de la thune? Pas celle du cœur, en tout cas.

C'est le bouquet!

11 septembre 2018

Marché de Plainpalais, un dimanche matin. Je n’y étais pas, mais un œil bien connu y traînait. Ce qu’il a vu?

Une habituée des lieux se rend chez sa fleuriste préférée. Son étal attire les regards car à cette saison encore, les fleurs sont très variées et resplendissent au soleil. La cliente choisit avec soin celles qu’elle aimerait réunir dans le bouquet qu’elle offrira bientôt à une connaissance. Pas trois petites roses qui se courent après. Ce n’est pas le genre de la maison. Elle veut quelque chose de beau, de généreux, plein de couleurs et de senteurs, avec quelques herbes folles pour couronner le tout.

Un bouquet qui rayonne, qui fait autant plaisir à la personne qui l’offre qu’à celle qui le reçoit. La cliente est heureuse du résultat et le montre sur le marché de Plainpalais à qui veut bien le regarder.

Arrive alors un monsieur assez curieux. Il admire le bouquet et lâche: «Je peux? C’est pour faire un cadeau à ma femme!»

Stupeur générale. Va-t-il lui arracher ce qu’elle tient joliment en main? Lui piquer un tournesol en passant? Ce qui serait tout de même assez gonflé, le stand de la fleuriste se trouvant à deux pas de là.

Mais non. Le mari modèle et poli sort son portable de sa poche. Et clic clac, il immortalise le bouquet qu’il envoie aussi sec à sa dulcinée, par le miracle des ondes.

La classe, cet homme! Avec lui, plus besoin de chercher le vase pour mettre en valeur les fleurs qu’il aura offertes, et le produit pour les conserver. Plus de risque de voir des insectes vivants tapis dans les pétales. Plus question de se farcir les odeurs de tiges en décomposition, avant de dégager les dahlias et les rudbeckias fanés dans le sac compost. Qui se troue, souvent. Et qui jute…

Dites-le donc avec des fleurs! Mais des virtuelles, de préférence, si pratiques et économes.

C’est vraiment le bouquet!

Tout ce qui brille au soleil

1er septembre 2018

«Tout ce qui brille au soleil n’est pas diamant!» soupire-t-elle en se baissant pour saisir l’objet qui lui fait de l’œil. C’est un bout de papier d’alu oublié sur une pelouse mitée par la sécheresse.

«Ah, les cochons…!» Tout en ramassant l’emballage de chocolat, Sonia vient de découvrir les restes d’un paquet de chips, des papiers chiffonnés, des mégots et quantité de trucs indéfinissables, mais assez moches.

Elle prend alors ces déchets à pleine main pour les fourrer dans un grand sac en plastique dont elle videra le contenu à la première poubelle venue.

Le sac, elle le garde précieusement. Car sitôt la pelouse nettoyée et dépassée, c’est sous un buisson qu’elle va bientôt repérer un paquet de clopes vide. Et hop, dans la besace. Suivront, dans le désordre le plus absolu, tous les détritus croisés en chemin.

Contrairement aux apparences, notre ramasseuse en or n’œuvre pas au sein de la Voirie genevoise. C’est une simple citoyenne qui n’en peut plus de l’incivilité générale. De l’insouciance coupable de ces personnes qui jettent tout après usage. Après moi, le foutoir! Elle a donc retroussé les manches.

Marcher en sa compagnie, c’est l’assurance de marcher haché, avec des pauses de quelques secondes tous les mètres. Le temps qu’elle se plie en quatre pour ramasser ce qui lui fait mal aux yeux. Et de faire comme elle…

Avec la même détermination, Sonia rapporte au bistro voisin les verres et les déchets abandonnés dans la rue où elle tient boutique, rappelant quelques consignes de propreté à ceux qui les oublient. Ça ne passe pas toujours.

Qu’importe. Elle parle aussi de mieux vivre ensemble. Du respect qui change tout. Mieux encore, elle offre généreusement son grand sourire aux personnes inconnues. Et ça fait un bien fou. Sacrée Sonia, on en voudrait plus, des comme toi!

Sur ces bonnes paroles, je vous retrouve normalement le mardi 11 septembre.

La journée des disparus

30 août 2018

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 30 août «Journée internationale des victimes de disparition forcée».

Nous sommes donc le 30 août.

Et aujourd’hui, à la Julie, nous déplorons la disparition forcée de Pierre Ruetschi, notre rédacteur en chef depuis 12?ans et notre collègue depuis 34?ans. Je parle pour les plus anciens d’entre nous qui ont débuté dans ce journal à la même époque.

Autant dire que ça nous file un sacré coup de bourdon. De colère aussi.

Car on ne peut pas ainsi gommer, d’un coup d’un seul, l’engagement sans faille de ce grand rédacteur au service de la Julie. Le temps passé à œuvrer tous ensemble pour sortir, chaque jour, le meilleur journal possible.

Des années à se croiser dans les couloirs, à débattre des sujets dans les séances de rédaction; à causer voile ou politique autour de la machine à café. Des années à subir ses longs discours; à partager ses enthousiasmes; à redouter ses emportements; à rigoler sous cape devant ses éditos-fleuves et ses marottes.

Des années aussi à apprécier son talent de journaliste, son flair. À admirer sa ténacité, son intégrité et son courage à défendre l’ensemble de la rédaction contre vents et marées, même lors de fortes tempêtes.

Et voilà qu’une lame de fond vient de l’emporter. Mais elle ne va pas réussir à le noyer, c’est sûr. L’homme a des convictions et de la ressource. Il l’a encore prouvé, hier, lors de son discours d’adieu à la rédaction. Celle-ci lui a d’ailleurs réservé une «standing-ovation», suivie d’un lourd silence.

Une page de la Tribune de Genève se tourne. Nous allons continuer à la faire vivre de nos plumes et de nos photos, à bien faire notre boulot.

Mais sans lui, dès aujourd’hui. Nous sommes donc le 30 août, «Journée internationale des victimes de disparition forcée». Quelle ironie!

Souvenirs, souvenirs

28 août 2018

Nous y voilà. C’est la rentrée. Le temps de l’œil rivé sur la montre ou l’écran; des obligations à la pelle; une circulation folle; des gens partout à la fois; une agitation générale. La rentrée, quoi!

Les vacances ne sont déjà plus que des souvenirs, rangés bien serrés dans un coin du cerveau, prêts à ressortir à la première bouffée de nostalgie.

Tandis que Genève se remet aux affaires et tourne à nouveau à plein régime, des gens de passage se fabriquent à leur tour des souvenirs. Ces touristes profitent des beaux jours pour se balader sur les quais et engranger des clichés sur notre ville si belle, si propre, si riche…

Et que vont-ils rapporter dans leurs bagages pour prolonger le plaisir? Du choc qui aura fondu. Des coucous. Des couteaux. Des babioles. C’est fou ce que l’on trouve dans nos magasins dits de souvenirs!

Un ami futé est ainsi allé fureter dans une de ces boutiques et m’a rapporté une coupure mauve ressemblant à un billet de banque, facile à glisser dans un portefeuille, comme la devise du pays visité. Sauf que c’est tout sauf ça: un zéro figure en bonne place sur le billet! Ça ne veut pas dire qu’il ne vaut rien, puisqu’il coûte une thune, mais on ne peut rien acheter avec. J’ai essayé, pour rire, ça ne marche pas…

Ce billet souvenir réunit sur une face les lieux qu’il faut avoir vus à Genève. C’est vite vu. Il y a le jet d’eau, bien sûr, flanqué d’un vieux bateau de la CGN et des tours de la cathédrale Saint-Pierre, l’horloge fleurie s’étalant à leurs pieds. Le tout baignant sur fond de rade.

Vous me direz que ces clichés sont toujours réducteurs. Ils résument Rome à son Colisée ou Bruxelles à un poupon pissotant. Mais on pourrait une fois se creuser un peu la tête pour représenter d’autres éléments. La science, par exemple, avec le Globe du CERN. La Genève internationale, avec le Palais des Nations. What else?

Faire durer le plaisir

25 août 2018

Les bonnes choses ont une fin! Suffit de faire un tour en ville pour le réaliser: c’est bientôt plein comme un œuf…

Même si l’on est au turbin, on en viendrait presque à souhaiter que les aoûtiens prolongent leurs vacances loin de Genève. Qu’ils restent quelques jours de plus à se dorer la pilule sur une plage exotique, à s’aérer la tête (et le reste) dans un camping en Aquitaine ou dans un chalet en Valais, qu’importe, au fond. Mais qu’ils ne rentrent surtout pas tous et tout de suite. Histoire de laisser la cité respirer encore.

C’est pas pour dire, mais ces dernières semaines au bout du lac ont été délicieuses: il y avait de la place pour tous! Pas besoin de batailler pour entrer dans un bus, rouler dans le trafic, trouver une place de parking. Pas besoin de se marcher sur les pieds pour se faire sa place au soleil. Ça aide à la bonne ambiance…

Et puis la météo a été favorable à des soirées de rêve avec du ciné sous les étoiles, des concerts gratuits, des activités en plein air, des fêtes. La belle vie!

Or depuis quelques heures, le canton semble vouloir récupérer ses 500?000 habitants. Ça fait beaucoup de monde partout! Très vite, ça coince aux entournures. Et tout le bien que l’on s’était fait cet été s’estompe. Aussi vite que le teint halé qui nous donnait si bonne mine.

Comment faire durer le plaisir, alors que sonne l’heure de la rentrée?

Telle est la question!

Vendanges à l'eau

23 août 2018

Amis étourneaux, l’heure n’est plus à la rigolade: les vendanges de Genève n’auront pas lieu cette année. Les vendanges de la rue du Rhône, je précise! Car partout ailleurs, dans les vignes genevoises, elles se dérouleront comme d’habitude.

Après dix éditions, l’événement chic et choc de la rentrée passe à la trappe. Déjà, des habitués regrettent ce rendez-vous sélect. C’était si bien d’aller «Choparder ensemble», l’an dernier…

Vous ne connaissez pas ces vendanges mondaines? Leur principe est simple: chaque boutique prestigieuse de la rue du Rhône est associée à un vigneron qui fait déguster ses meilleurs vins aux clients et aux invités triés sur le volet. Et à d’autres, par la force des choses.

Parce que le monde attire le monde, c’est bien connu. Quand il y a un verre à siroter et des amuse-gueules à croquer dans un lieu huppé, certains intéressés s’invitent à la fête. Comment leur en vouloir?

Les organisateurs de l’événement ont donc décidé de varier les plaisirs. Ils viennent de lancer un nouveau concept pour réenchanter la rue du Rhône et la rendre plus désirable encore. Elle brillera ainsi de mille feux entre le 29 novembre et début janvier, nous réservant quelques belles surprises.

Les vendanges de Genève reviendront en 2019. Irons-nous alors «Vuittoniser ensemble»?

Le platane vénérable

21 août 2018

Mon beau platane, roi de Genève, que j’aime ta verdure…

Situé au cœur la place du Cirque, c’est le plus grand et le plus majestueux de tous. Bon, je dis ça parce que je l’admire très souvent au passage, tout en le saluant de la main. Il est comme un ami, une connaissance de toujours. Âgé de près de 150?ans, ce vénérable platane nous a vus naître et risque bien de nous enterrer, si on lui en donne les moyens.

Car ce grand solitaire, dressé au beau milieu du trafic et de la pollution, n’est pas vraiment à la fête. Mais il tient bon! Ses dimensions hors pair (35?mètres de haut, 4,7?mètres de circonférence du tronc et une énorme couronne) font de lui un arbre remarquable, chouchouté par les humains qui veillent sur lui depuis des générations.

Et si le dernier bulletin de santé affirme que le platane est bien portant, il relève aussi que son grand âge lui fait produire beaucoup de bois mort. Qu’il faut couper. Pour lui, mais également pour les milliers de personnes et de véhicules qui passent chaque jour sous ses branches.

D’où cet avis à la population, lancé par le Service des espaces verts. Ne hurlez pas à la mort du platane en voyant des équipes s’affairer sur lui dans les nuits de lundi, mardi et mercredi.

Les spécialistes ne procèdent qu’à la sécurisation de l’arbre. Soit la coupe des bois morts et l’allégement de branches trop longues. Un gros travail, mais tout en finesse, nous dit-on au SEVE. Et s’il se fait de nuit, entre 23 h et 6 h du matin, ce n’est pas pour le ratiboiser en catimini, mais pour éviter de trop perturber la circulation.

Vive alors le beau platane, roi de la place du Cirque!

Escroc à la gastro

18 août 2018

Après le faux neveu, le faux plombier, le faux policier et autres trompeurs patentés, voici venu le temps du faux désinfecteur. De vrais voyous, tous!

Ça commence tout doux. Un type frappe un jour à la porte d’une dame plus toute jeune, route de Frontenex. Vêtu d’un gilet réfléchissant, de chaussures de chantier et d’un casque, il a tout de l’employé modèle. L’homme travaille, dit-il, dans une entreprise agissant sous mandat des Services industriels Genevois. Car ces derniers sont totalement débordés.

Débordés, mais par quoi? Par l’épidémie de gastro-entérite en cours dans le réseau d’eau potable! Rassurez-vous Madame, la situation est encore sous contrôle. Mais si ça ne va pas mieux, je reviendrai la semaine prochaine, promis.

Une semaine passe. Toc toc toc, qui est là? Cette fois-ci, ils sont deux. La situation est grave: ils doivent désinfecter la salle de bains et la cuisine. Monsieur Propre répand alors de l’eau de Javel dans l’évier, sur la vaisselle qui sèche et sur la cuisinière. Une vraie tornade blanche.

Il va jusqu’à dévisser un tuyau dont le contenu giclera partout dans la cuisine, histoire de donner le tournis à la locataire et de capter entièrement son attention.

Car pendant ce temps, bien sûr, le deuxième bonhomme ne désinfecte pas la salle de bains. Il s’est éclipsé dans la chambre à coucher et fait main basse sur le contenu d’une boîte à bijoux, où reposent des objets sans trop de valeur, sentimentale ou autre.

Et quand la dame finit par monter sérieusement les tours, devant l’étendue des dégâts, les deux individus se font vite la malle, laissant derrière eux une odeur écœurante de propre.

Rétrospectivement, l’aînée a eu peur, mais n’a pas déposé une plainte à la police. Elle a toutefois voulu savoir le fin mot de cette histoire. Alors, épidémie ou pas?

Aucun incident sur le réseau n’est en cours, affirment les SIG, qui ne mandatent jamais personne pour régler ce genre de cas. Ouf! Il n’y a donc pas de gastro dans nos tuyaux d’eau. Mais les escrocs, et c’est ballot, sont toujours dans la nature.

Le parcmètre invisible

16 août 2018

Rue Lombard, près de l’Hôpital. À la mi-août, on y trouve encore facilement des places de parc. Mais pas le parcmètre!

Raymond y gare son carrosse et s’apprête à payer son dû. Mais où se cache la machine à sous? Il demande de l’aide aux passants. Vous ne l’auriez pas vue? Non! Il n’y a rien de tel sur les trottoirs.

Notre homme se rend donc aux HUG en imaginant que les horodateurs sont aussi aux soins intensifs. Erreur… Ces pompes à fric ont toujours une santé de fer! Si elles n’avalent pas leur dose de monnaie, elles se retapent en faisant distribuer de jolis petits papillons roses sur les autos fautives. Et alors là, bingo!

Quand Raymond récupère sa voiture, une prune l’attend donc sur le pare-brise. Celles qui l’ont posée là sont encore occupées à faire la tournée générale. Il en profite pour leur demander où se trouve le bandit manchot.

Il est là! Camouflé comme un radar sur la berme centrale à l’entrée de la rue, bien planqué à l’ombre des arbres. À croire que c’est fait exprès, tant de discrétion.

Pourquoi ne pas peindre des flèches sur le sol pour indiquer où aller régler la taxe? Raymond termine son courrier un brin ironique à l’adresse de la Fondation des parkings par cette jolie formule: «…vous aurez à cœur d’annuler l’amende d’ordre, le doute, avec une justice normale, bénéficiant à l’accusé.»

Trou, toutou, doudou

14 août 2018

Trou, toutou, doudou! Ce billet en «ou» noue peu ou prou les petites «news» qui filent doux en ce mois d’août tranquilou et un peu mou.

Le trou Il a presque rendu fou Roger, qui a bataillé ferme pour en venir à bout. Un gros bouchon manquait dans un cadre de fonte sur une piste cyclable, à Cartigny. Ce citoyen aurait pu l’éviter et vite l’oublier, mais non. Il a tenté tous les coups pour faire réparer ce traître trou: contacts avec un technicien des SIG, appels à ces derniers et à la police, discussion avec un employé communal de Cartigny, appel au cadastre, à l’Office des routes itou. C’est pas moi, c’est l’autre. Tout le monde s’en fout. Il a fallu trois semaines pour mettre un simple bouchon sur un trou. C’est beaucoup! Merci Roger.

Le toutou Un grand bouvier suisse a mis les bouts le 7 août près de l’Arve, vers le pont de Sierne, et ses proches humains le cherchent partout. Hou-hou, t’es où, Robin? Si vous croisez ce gentil chien très craintif, déployez une ruse de Sioux et passez un coup de biniou à la famille, qui attend son chouchou pour lui faire des poutous (079?232?01?79).

Le doudou Un p’tit bout de chou a perdu son lapinou dimanche à Satigny, au chemin des Bouveries. Le doudou est en pension chez Colette. J’ai le contact de la nounou, au cas où!

La pub qui fait mousser

11 août 2018

Elle fait mousser, cette publicité! Normal, elle vend de la bière…

Oui, mais ce qui agace les personnes qui m’en ont fait part, c’est qu’elle s’affiche en long, en large et en travers sur un tram des Transports publics genevois. Les TPG qui nous encouragent à consommer de l’alcool, est-ce bien normal, docteur?

L’argent n’a pas d’odeur ni même de goût, c’est bien connu. Et tout ce qui rentre fait ventre… Hips! Cela dit, les espaces publicitaires mis à disposition par les TPG ne sont pas gérés par leurs soins mais par une filiale, TP Pub, qui promet de faire circuler nos idées.

Genre boire ou conduire, il faut choisir?

Selon ses clauses de déontologie, cette régie autonome peut accepter de la publicité pour des boissons à faible teneur d’alcool, m’a-t-on affirmé. Ce qui est le cas de la bière en question. Elle ne vous coupe pas instantanément les jambes. Après, tout est question de quantité…

La publicité pour la bière sur les TPG, c’est donc permis, rien à dire, circulez. Mais est-ce une bonne chose pour autant?

Une autre pub me fâche plus: celle qui a transformé la Mouette solaire naviguant dans la rade en corbillard flottant. Depuis des mois, elle est entièrement drapée de noir. C’est triste, moche et ça fout le bourdon. Tout ça pour vanter une marque horlogère. Quel gâchis!

Comment faire pour empêcher pareille atteinte visuelle? Pousser les horlogers à mettre leurs annonces dans la Julie, pardi! Tout le monde s’en porterait mieux. Enfin, ce que j’en dis…

Le bain à tout prix

9 août 2018

«Ah! c’qu’on est bien quand on est dans son bain; on fait des grosses bulles, on joue au sous-marin…»

Rosemary ne chante peut-être pas sous la mousse pour les voisins comme le faisait Henri Salvador, mais elle adore aussi goger des heures dans sa baignoire. Pour se rafraîchir ou se détendre.

Mais voilà. L’EMS où elle a pris ses quartiers n’a pas ce type d’équipement, comme d’ailleurs toutes les institutions pour personnes âgées du canton. Notre baigneuse d’appartement dispose juste d’une douche et doit s’en contenter.

Or elle vit mal cette situation. Pas question pour autant de se laisser abattre ou de changer ses habitudes: Rosemary a de la ressource! Elle a donc opté, il y a quelques années, pour une pataugeoire en plastique gonflable, faisant pratiquement la longueur de sa salle de bains.

Encore faut-il la gonfler pour en profiter. Par chance, on lui a donné un coup de main pour le faire, l’aînée se contentant, pour sa part, de changer régulièrement la flotte en l’écopant avec une casserole, avant de pouvoir la vider. Du bricolage, certes, mais elle peut au moins prendre un bain quand bon lui semble.

Toute bonne chose ayant une fin, sa pataugeoire a fini par rendre son dernier souffle, et le gonfleur attitré a pris sa retraite au loin. Que faire?

Eurêka! Rosemary a déniché la piscine pour chiens! Un truc en plastique à montage rapide, aux parois renforcées, sans gonflage, mais avec un écoulement. La solution miracle!

L’aînée a donc commandé un modèle convenant aux grands chiens. Pas aux chihuahuas. Le résultat? Elle en jappe de satisfaction.

Et depuis, elle chante: «Ah! c’qu’on est bien quand on est dans son bain; on fait de grosses bulles, on joue au sous-marin…»

Avis aux brasseurs d'air

7 août 2018

«Alerte canicule! À tous ceux qui ont l’habitude de brasser de l’air, c’est le moment!»

Je ne sais rien de cette Jessica, dont la réflexion m’est parvenue sur ma bécane informatique, au détour d’un clic. Mais elle est plaisante. L’image, donc.

Imaginez la scène: si tous les brasseurs d’air de la région (il y en a un sacré paquet!) agitaient une fois leurs bras de manière utile pour jouer aux ventilateurs publics, sûr que ça rendrait plus supportable la chaleur de plomb qui nous écrase et nous liquéfie sur place. De l’air!

Ces souffleries humaines viendraient ainsi soulager les travailleurs cuisant à petit feu sur les chantiers ou aux champs. «Voulez-vous que je fasse l’éventail pour vous rafraîchir la moindre?» Ils n’oublieraient pas, bien sûr, tous ceux qui bossent à l’arrière des camions-poubelles et qui relèvent nos ordures.

S’ils supportent la chose, nos agitateurs devraient rapidement passer à la vitesse supérieure, tant ça pue grave ces jours. Surtout lorsque sont collectées les entrailles de nos adorables «p’tites poubelles vertes», soit les déchets de cuisine.

«Pressée jusqu’au bout… t’as encore du jus», disait un bout de poivron à une pelure d’orange, dans une pub vantant l’usage de ces poubelles vertes. Bien vu! Avec la tiaffe, les sacs compostables jutent aussi vite, libérant des senteurs nauséabondes qui attirent des escadrilles de petite mouches malignes…

Les éboueurs ont-ils une prime quand l’odeur devient irrespirable? J’en doute. Alors au boulot, les brasseurs d’air!

L'eau d'ici, l'eau de là...

4 août 2018

Au magasin du coin, une dame sort péniblement ses douze bouteilles d’eau plate du chariot. Elle transpire à grosses gouttes, malgré la clim, et soupire à l’idée de devoir porter ce précieux liquide jusqu’à la maison, sous le soleil, exactement. Pourquoi s’imposer pareil effort?

La corvée d’eau ne devrait plus exister au XXIe siècle, en pleine canicule! Qui plus est dans une contrée comme la nôtre où il suffit de tourner le robinet de la cuisine pour en avoir jusqu’à plus soif.

D’Eau de Genève, donc. Bonne et fraîche en toutes circonstances, même si elle nous vient à 90% du lac Léman, dont les flots affichent actuellement 26?degrés…

Une eau potable dont la teneur en sels minéraux est semblable à celle de certaines flottes vendues dans le commerce. Et qui est bien moins chère que celles qui nous viennent de loin sous plastique. Faut croire que les gens ont encore trop d’argent pour pouvoir acheter 100 à 500?fois plus cher ce qu’ils ont déjà chez eux. La dame aux douze bouteilles n’est donc pas à plaindre.

Mais peut-être ne sait-elle pas tout ça? Qu’elle regarde les affiches des SIG montrant des gens de tous âges sirotant l’eau de Genève dans des gourdes décorées d’un cœur bleu. Ils pètent la forme!

Trinquons ainsi à l’eau d’ici, à portée de main, et buvons-la sans compter. Allez, santé!

Bonjour, la caisse

2 août 2018

Qu’y a-t-il de plus élastique que les horaires? Les horaires d’été, pardi! Ils sont d’une grande souplesse, quand ils ne témoignent pas d’un certain relâchement, voire d’un gros coup de mou.

Les petits commerçants qui en ont marre d’espérer le client dans la touffeur de leur magasin affichent parfois un billet sur la vitrine avant de fermer boutique: «Suis au bistrot d’à côté», «Trop chaud, reviens bientôt». Alors on fait pareil et ça va aussi.

Ces libertés n’ont pas cours les administrations publiques. Mais elles tournent aussi un brin au ralenti. Les pauses-café se rallongent, des fonctionnaires sont en vacances, eux. Il faut bien s’adapter, n’est-ce pas?

Mais à l’Hôpital cantonal, les horaires de la caisse sont toujours les mêmes, été comme hiver. Les patients qui souhaitent y récupérer leurs affaires doivent y faire un saut entre 9?h et 12?h, puis de 13?h?30 à 16?h?30.

C’est assez court, d’autant que l’on ne sait jamais à quelle heure les toubibs feront la visite pour vous «libérer». Ça peut durer. Et si le feu vert est donné après la fermeture de la caisse, bonjour l’énervement.

Ainsi Roland, qui peut enfin quitter les HUG, après deux semaines d’hospitalisation. À 16?h?32, il piaffe devant la caisse. Fermée. Impossible de rentrer en possession de son argent et de tous ses documents. Il devra revenir le lendemain pour les obtenir. Alors il est colère. «Est-ce normal que les patients doivent s’adapter aux horaires des fonctionnaires?»

Non! Mais il pouvait agir autrement. Passer par l’accueil, qui aurait contacté un caissier. Lequel se serait déplacé pour lui rendre ses affaires, tout simplement. Encore fallait-il le savoir!

Chatouille aquatique

28 juillet 2018

Les Genevois sont des veinards: ils vivent dans une ville d’eau! Au cœur de l’été, ils ont un lac et un fleuve pour se baquer quand il fait chaud. Des piscines aussi, mais ce n’est pas franchement de l’eau vive.

Certains nageurs aiment se mesurer au Rhône et à son courant pour se rafraîchir les sens. D’autres, plus circonspects, préfèrent piquer une tête dans le bleu Léman.

Or une fois dedans, le contact avec le milieu naturel peut vite surprendre, selon les lieux de la trempette. Ça chatouille, ça gratouille les pieds, le ventre, les bras, tout partout. Et ça fait glousser les sirènes.

Car avec la chaleur qui s’installe, les plantes aquatiques s’en donnent à cœur joie. Certaines d’entre elles partent à l’assaut de la surface et s’épanouissent généreusement. À un moment ou à un autre, forcément, les humains sont pris dans leur filet de verdure.

C’est alors que les baigneurs, comme les navigateurs, espèrent voir apparaître sur leur coin d’eau un étrange bateau équipé d’une sorte de tapis roulant où s’activent des gens munis de fourches. Que font-ils? Les foins dans le lac! Autrement dit le faucardage.

Cette fauche demande du doigté, histoire d’assurer le confort des nageurs, tout en garantissant l’équilibre écologique du lac. C’est donc l’État qui supervise tout ça, et des équipes spécialisées qui s’y collent.

Certains baigneurs, comme ceux qui font la brasse au large d’Hermance, les attendent, si possible avant la reprise de l’école. Mais les mille nageurs qui se jetteront dimanche à l’eau pour relier Genève-Plage aux Bains des Pâquis n’auront pas le temps de se laisser chatouiller…

Les cheveux au vent

26 juillet 2018

Ah, rouler les cheveux au vent sur sa bécane qui trace à bonne allure, sentir l’air circuler autour de soi, sans aucune contrainte, comme Audrey Hepburn sur sa Vespa dans «Vacances romaines». Ou Peter Fonda sur son chopper dans «Easy Rider», histoire de ne pas faire de jaloux. Ça fait rêver, non? À nous la liberté!

Cette conduite grisante donne des ailes. L’impression de rafraîchir, de s’aérer. Ce qui est plutôt recherché ces jours-ci, quand la température grimpe si haut, et si longtemps.

Ah ben non, raté! Depuis que le port du casque est obligatoire, les motards ne ressentent plus du tout ça. Au contraire.

Quand on frise les 30?degrés, leurs cheveux sont collés au couvre-chef par la transpiration qui dégouline encore dans le cou. De vraies cocottes-minute, ces casques. Mais efficaces, ça, il faut le reconnaître: des vies ont été sauvées. Transpirons donc en chœur.

Paraît que pour faire mieux encore dans la prévention, motards et scootéristes devraient toujours rouler gantés, porter de bons pantalons et une veste, ça craint moins en cas de chute. Et puis être bien chaussés: pas de sandalettes ou de tongs, comme à la plage, ça dérape à la première occasion. Bref. Un équipement approprié à la route. Mais pas à l’été!

Exception faite du casque, cette tenue idéale n’est pas obligatoire. Pas encore. En cas d’accident, certaines assurances pourraient bien se retourner contre un motard insouciant et estival conduisant en nu-pieds…

Ah, rouler les cheveux au vent sur sa bécane… C’est juste bon pour les vedettes de cinéma!

Aux armes, lecteurs!

24 juillet 2018

Vous me permettrez ce titre un brin guerrier. Faut dire que «La Marseillaise» a été reprise jusqu’à plus soif lors du Mondial et que son refrain «Aux armes, citoyens» tourne en boucle dans mon petit crâne ramolli par quelques jours de vacances. D’où cet appel de circonstance

Aux armes, lecteurs! À vos plumes, à vos claviers ou à que sais-je d’autre encore pour réagir à la disparition d’un titre de la presse romande. Un de plus.

Un journal fait avec du papier et de l’encre, qui se tient à pleines mains, chez soi, ou qui s’étale sur une table de bistro et se refile au client suivant, après lecture, permettant d’échanger quelques mots au passage. De faire du lien, comme disent certains. Et qui peut se plier après usage en petit bateau pour voguer sur l’eau. Essayez de faire pareil avec une tablette, vous m’en direz des nouvelles.

Ce lundi était donc un jour de première fois sans. Sans «Matin» au réveil. Sans vitamine orange. Sans les repères habituels pour prendre la température du petit comme du grand monde, avec ce ton et ce style qui font mouche. Un premier jour aussi sans boulot pour les professionnels qui le fabriquaient depuis des plombes.

C’est triste, un journal qui disparaît, du moins dans sa forme palpable. Qu’attend donc le lectorat pour bouger, avant qu’il ne soit trop tard? Pour dire stop à cette épidémie qui touche les titres les uns après autres?

Le «Journal de Genève», «La Suisse», «Le Nouveau Quotidien» ont succombé avant-hier déjà. «L’Hebdo» hier. «Le Matin aujourd’hui». À qui le tour demain?

Tout change, tout passe

3 juillet 2018

«Ainsi tout change, ainsi tout passe/Ainsi nous-mêmes nous passons/Hélas! sans laisser plus de trace/Que cette barque où nous glissons/Sur cette mer où tout s’efface.»

Quelle classe, tout de même, ce bon vieux Lamartine!

Telle était l’état de ma réflexion lundi, immobilisée en plein dian au feu rouge, entre le Théâtre Saint-Gervais et le temple lui faisant face. Là où tout conducteur de deux ou de quatre-roues lève les yeux sur la façade du bâtiment pour lire une fois de plus la déclaration imposante de Ruedi Baur s’étalant en lettres noires sur sept étages.

Ces phrases interpellent les passants et les patients depuis novembre 2015 déjà. Surtout celles qui courent entre le 4e et le 3e?étage, sachant que le sens de la lecture va de haut en bas: «Ici le mot est crié, proclamé, chanté, murmuré, déclamé, répété. Il est dialogue, dispute, murmure, rime, essentiel, art.»

J’ai beau connaître ces énumérations par cœur, j’oublie régulièrement un mot au passage. Alors je vérifie, à chaque arrêt au feu rouge, l’état de ma mémoire…

Or, en ce lundi de début juillet, que vois-je? Des messieurs font de la varappe sur la façade «de ce bâtiment qui n’est autre que le Théâtre Saint-Gervais», comme le clame haut et fort ce manifeste. Le clamait, plutôt. Car ces hommes en points de suspension ne sont pas là pour nettoyer les vitres. Non. Ils ôtent les lettres noires. Une à une. Ils les décollent, les gratouillent. Un coup de chiffon et hop, c’est effacé. Oublié.

Déjà, il manque çà et là des mots entiers. Des bouts de phrase. Ne reste ainsi plus que «rime, inutile» au milieu d’un grand vide. À ce rythme, il ne restera bientôt plus rien.

La direction du théâtre a changé. Les mots sur la façade se sont définitivement tus. Mais d’autres histoires viendront à nouveau nous faire rêver.

Ainsi tout change, ainsi tout passe…

Le bâillement général

30 juin 2018

Il faudra s’y faire. Dès aujourd’hui, c’est les vacances. Les belles, les grandes, les interminables vacances d’été.

Plus rien n’est désormais comme avant. L’école est finie et, avec elle, les horaires à tenir, les cours à rallonge, les épreuves à la pelle, les séances de rattrapage, les conseils de discipline. La course, toujours, l’œil rivé sur la montre.

Eh bien c’est fini, loin du bal!

Dès lors, tout s’alanguit, comme si un étrange virus s’était propagé insidieusement dans la population. Certains Genevois parlent alors de la molle, pour caractériser cette langueur estivale qui prive de volonté même le plus acharné des bosseurs. D’autres évoquent la molle du lac, qui est plus redoutable encore dans ce que certains thérapeutes appellent le lâcher prise…

Car tout se relâche, effectivement!

Cet étirement paresseux, ce bâillement général s’accompagne d’un autre phénomène. Le canton se vide progressivement de ses habitants. Les routes sont moins engorgées, la circulation se fait plus fluide. Les files d’attente se raccourcissent au supermarché, à la poste. Elles s’allongent seulement devant l’entrée des piscines. Ou des stands de glaces. Ce sont des signes qui ne trompent pas.

Pendant les semaines d’été, l’administration genevoise tourne au ralenti, ce qui peut devenir critique dans certains services où tout traîne déjà en longueur, en temps normal.

Et puis les heures d’ouverture de certains cabinets médicaux sont restreintes. Des bus TPG ne passent plus à la même cadence. Des bistrots baissent le rideau. Des crèches ferment. Des promeneurs font la sieste sur les bancs publics.

Rien que de l’écrire, je bâille à m’en décrocher les mâchoires. Après mon voisin de gauche. Avant celle qui me fait face. C’est terriblement contagieux, le bâillement…

Allez, bonnes vacances à tous. Et à mardi, pour ceux qui restent par ici.

La vue dégagée

28 juin 2018

Rasez ces montagnes, qu’on voie la mer!

Cela se disait au siècle passé. Quand la jeunesse de ce pays avait encore des envies folles de changer le monde et de jouir d’horizons plus dégagés et libres. Ah, l’appel du large…

Aujourd’hui, plus personne ne veut raser les montagnes. Quant à l’horizon, il est encombré par toutes sortes de contraintes que je ne vais pas énumérer ici, sous peine de plomber l’ambiance. Ce qui serait dommage, n’est-ce pas, avec les beaux jours qui s’installent.

Et qui dit beaux jours pense assez vite, par esprit de ricochets, à plages… Pas forcément celles de sable blanc de Tahiti ou de galets des Pâquis. Plutôt les plages de temps libre. Ces moments détendus de l’été où l’on s’accorde quelques minutes pour s’aérer la tête, contempler, rêver les yeux ouverts, quand il fait si bon dehors.

À la campagne, le regard peut facilement se balader au loin et porter sur les champs ou les forêts. En ville, ces lieux sont rares. Reste le lac! Face à cette étendue d’eau, l’esprit vagabonde.

Comme si cette vue magnifique n’était pas suffisante à notre bonheur et à notre édification, des gens bien-pensants installent souvent sur le quai de la Rive droite des expositions de photos sur une alignée de grands panneaux.

Bien sûr, les images présentées le sont souvent pour de très bonnes causes et méritent l’attention publique. Mais pas à cet endroit! Pourquoi ne pas laisser les promeneurs se promener tranquillement et profiter pleinement de la vue sur le lac, qui est si belle? On vient d’ailleurs de loin pour l’admirer.

Et pourquoi remplir toujours plus l’espace public d’images et de messages, alors que l’on en est déjà saturé à longueur de journée? Les quais sont faits pour se détendre. Pour prendre l’air, déambuler et contempler le paysage, sans se prendre la tête. Un plaisir simple, en somme.

Rasez ces panneaux, qu’on voie le lac!

Les promos publiques

26 juin 2018

Elles sont publiques, comme l’est aussi l’instruction à Genève. Tant mieux!

Les promotions des écoles ont donc lieu cette semaine dans le canton et la population va pouvoir en profiter pour s’offrir une cure de jouvence. Car des marées enfantines envahissent les rues, joyeuses, déguisées, pétillantes et hautes en couleur.

Venus de tous les horizons, des milliers de petits enfants timides ou fanfarons défilent en se tenant sagement la main, ou celle de leur maîtresse, contents du bricolage qu’ils portent sur eux, fiers d’être au cœur de l’attention générale. Ils se frayent un passage dans la haie des parents et des spectateurs attendris, au milieu des flonflons de circonstance. Plus craquant tu meurs, dirait ma voisine!

Mercredi après-midi, les élèves de 1P à 4P de la ville de Genève ont ainsi rendez-vous à la promenade Saint-Antoine pour le plus grand rassemblement enfantin qui soit. Quelque 6400 minots vont ensuite mener un drôle de bal masqué dans les Rues-Basses avant de se ruer aux Bastions pour pomper des litres de sirop et tenter de trouver une place sur un manège . Cette année, la Fête des écoles de mercredi ne craint pas la pluie. Mais le soleil, qui va cogner ferme. Gare aux pics de chaleur, aux insolations, aux souliers neufs qui blessent jusqu’au sang les pieds des princesses et font de méchantes cloques aux autres petons. Ce qui est plutôt moche, à deux doigts des vacances…

Dans les autres communes genevoises, on marquera de mille manières la fin des classes: spectacles, grande fête des enfants, buffet des familles, feu d’artifice. Et puis tout sera fini!

Bientôt, il n’y aura plus de bruit dans les cours d’école. Plus de réactions quand sonnera l’heure de la récréation. Plus d’agitation. Plus rien.

Le calme plat: les gamins sont loin. Vive les vacances, plus de pénitence…

Grand-messe musicale

23 juin 2018

Un miracle a donc eu lieu!

La venue du pape François à Genève n’a pas produit les fortes perturbations de circulation annoncées et redoutées. Le trafic était même étonnamment fluide ce jeudi en ville. Comme apaisé. Faudrait que le Saint-Père nous rende visite plus souvent, ou alors qu’il nous donne la recette pour atteindre cet état de sérénité routière.

Et je ne parle pas du reste: il a rendu les Genevois heureux, ai-je lu dans la presse, à défaut d’avoir pu le vérifier sur place. Que demander de plus. Une grand-messe musicale, peut-être?

Ça tombe bien! Il en est une qui se tient cette fin de semaine en Vieille Ville et dans quelques communes. Une célébration qui rassemble large, qui brasse les genres et les styles pour faire entendre à qui le veut la diversité des thèmes de ce monde.

La Fête de la musique est cette grande bastringue populaire et gratuite qui tend les bras à la population genevoise. Elle lui fait découvrir la richesse de toutes celles et ceux qui pratiquent cet art, amateurs ou professionnels, enfants ou adultes, dans un bel esprit de partage.

Cette offre culturelle est juste ébouriffante, avec ses 562 propositions pleines de fanfare, récital, chœur, rap, jazz, techno, chanson, danse. Certains diront que c’est beaucoup trop. Et alors? Un excès de générosité ne peut pas faire de mal.

Car dans sa démesure, l’événement parvient à changer notre rapport à la cité, à la rendre plus joyeuse, presque légère. La Vieille Ville se vit à pied, au rythme des musiques croisées en chemin, au hasard d’une cour ou d’une rencontre avec des gens perdus de vue.

Dans sa présentation de la 27e Fête de la musique, le maire promet ainsi «Un final, devant le mur des Réformateurs, qui célébrera cette capacité de la musique à rassembler, à transmettre une passion par-delà les clivages».

Une vraie grand-messe. Ou un moment culte!

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