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ChroniquesL'encre bleue

Première partie de la série

Les dangers du baisemain

20 mars 2018

La galanterie n’est plus ce qu’elle était, me glisse sur le ton de la confidence Eliette, une dame de plus de 80 printemps. Méfiez-vous donc des baisemains!

À dire vrai, cette mise en garde s’adresse plutôt aux femmes de sa génération. À celles qui avancent seules dans les rues et qui sont des proies rêvées pour les malfrats, tant elles sont encore confiantes dans le genre humain.

Eliette me conte alors sa mésaventure, qui va définitivement la vacciner contre les bonnes manières d’un parfait inconnu. Un jour, après avoir été à la banque pour retirer de l’argent et fait ses courses au magasin, elle glisse son porte-monnaie dans la poche extérieure de son chariot à commissions et s’en revient tranquillement chez elle.

Ses faits et gestes n’ont pas échappé à un œil averti. Celui qui guette la bonne occasion de se faire de la thune sans effort. En usant au besoin de son charme.

Quand elle arrive à la porte d’entrée de son immeuble, Eliette voit un monsieur traverser la route et se diriger droit sur elle, tout sourire. Ce chevalier servant inespéré propose aimablement à son aînée de l’aider à tirer la charrette jusqu’à l’ascenseur, en haut des escaliers. Et elle, flattée que l’on s’intéresse à elle, ou reconnaissante de n’avoir pas à faire cet effort, accepte volontiers. La voilà qui grimpe l’escalier devant ce galant homme, lui laissant ainsi tout loisir de commettre son larcin.

«J’ai même voulu lui offrir un café pour le remercier» s’étonne encore la dame. Mais lui, soudain pressé, décline l’invitation et s’en va, non sans lui avoir fait un baisemain. La classe!

Elle recouvre ses esprits bien trop tard, en vidant ses affaires. Et là, patatras, plus de porte-monnaie: «J’ai été faite comme un bleu!»

Dans son malheur, (elle a tout de même perdu des centaines de francs), elle a pu compter sur la gentillesse de la police, des voisines et de ses proches, ce qui fait toujours du bien.

Mais ce qui lui reste sur l’estomac, c’est le baisemain!

Juste à l'envers du bon sens

17 mars 2018

Peut-être suis-je un poil chauvine, mais c’est l’une des plus belle vue qui soit sur Genève et sa rade. Celle que des milliers de touristes nous envient et immortalisent, en souvenir de leur passage au bout du lac.

Pour l’apprécier, il faut se trouver, rive droite, sur le quai des Pâquis, là où les amateurs de promenade lacustre patientent pour prendre leur mouette. Laquelle peut être entièrement noire, ô rage ô désespoir, depuis que la compagnie de navigation vend les flancs de ses bateaux à la publicité. Mais c’est encore une autre histoire…

Bref, lorsque l’on se tient là, tout près de l’eau, on voit au premier plan le bleu Léman, en face le jet d’eau qui domine la rade, avec la silhouette du Salève et celle de la cathédrale et, en toile de fond, comme pour couronner le tout, le Mont-Blanc dans toute sa splendeur. Un vrai décor de carte postale!

Où veux-tu en venir, Julie? Aux deux jolis bancs publics qui viennent d’être posés juste à cet endroit. Ce qui est plutôt une bonne idée, n’est-ce pas, le point de vue y étant unique en son genre. Oui mais voilà. Nous sommes à Genève. Et ces sièges bienvenus ont été mis à l’envers…

Oui, c’est ça: ils tournent carrément le dos au lac! Les passants qui s’installent sur ces bancs peuvent ainsi admirer les voitures en stationnement sur le quai et les grands hôtels alentour. Extraordinaire!

Ça paraît tant à l’envers du bon sens que je n’y ai pas cru, la première fois que je l’ai vu. Alors je me suis bêtement penchée pour voir si ces sièges étaient seulement posés là, en attendant leur installation définitive de l’autre côté. Mais non. Ils sont déjà solidement boulonnés au sol. Raté. Encore raté!

lI s’en faudrait pourtant de peu pour que ce soit réussi: déboulonner les bancs, les remettre à l’endroit, en les reculant un chouia. Les promeneurs pourraient ainsi s’y poser, reposer leurs pieds sur la barrière des quais. Et admirer la vue.

Serait-ce trop demander?

Le monde et les temps changent

15 mars 2018

«Car le monde et les temps changent…» Ce refrain vous dit quelque chose? En 1965, le chanteur Hugues Aufray annonçait, sur une musique de Bob Dylan, l’avènement d’une nouvelle société.

Depuis, le monde et les temps ont drôlement changé. En bien et en mal. Et alors? Alors j’ai pensé à cette chanson en recevant, à quelques jours d’intervalles, deux témoignages qui se font écho.

Le plus récent date de mardi. Une dame a vu rouge devant la photo en Une du magazine de la Coop. La couverture montre une jeune blonde très découverte dans sa salopette bleue. Sans petit haut dessous, donc. Juste une fine bretelle de soutien-gorge. Et un regard qui allume. Tout ça pour parler de jeans.

«Cette tenue est provocante. Trois bras pourraient se glisser dans la salopette de la fille», s’insurge la grand-maman, qui trouve que l’éducation des ados est déjà assez difficile comme ça. Et voilà qu’un journal qui entre dans toutes les familles montre pareil exemple. C’est juste scandaleux, dit-elle.

Auparavant, un lecteur m’avait apporté la photocopie d’un avis officiel de 1951, oubliée dans un coin et qui a ressurgi la veille de la journée des femmes. Ça vaut son pesant de cacahuètes!

«Le Conseil d’État, qui avait été saisi l’année dernière de plaintes justifiées au sujet de la tenue inconvenante affichée par certaines dames et jeunes filles sur la voie et dans les lieux publics, est décidé à ne pas tolérer le renouvellement de tels abus.

Il adresse en conséquence une sérieuse mise en garde aux personnes qui seraient tentées de faire preuve d’un trop grand laisser-aller.

Si cet avertissement n’était pas compris, le Conseil d’État n’hésiterait pas à envisager d’autres mesures, certain d’être approuvé par tous ceux, hommes et femmes, qui se respectent eux-mêmes et qui respectent autrui.»

Signé à Genève, le 4 juillet 1951. Et tout ça pour quel résultat? Le monde et les temps ont changé...

Très jeune, et si peu précoce

8 mars 2018

À force de voir lapins et poupoules gambader depuis des semaines dans les rayons des magasins, sur des tapis d’herbe au vert tendre parsemée de petits nids douillets plein de douceurs, ça commence par chatouiller les sens. Et l’on finit par s’impatienter.

D’ailleurs l’épisode neigeux semble déjà oublié, tout comme celui de la bise glaciale. Signe qu’il est temps de passer à autre chose. Au printemps, par exemple. Oui mais voilà: notre cher marronnier ne l’entend pas de cette oreille. Je parle du jeunot de la Treille, donc. Le 4e arbre officiel qui fait référence, depuis 2016, pour annoncer l’arrivée des beaux jours à Genève.

On aimerait croire que de ce gamin plein de vitalité jaillisse une verdure conquérante au moment où l’on s’y attend le moins, comme au milieu de bourrasques de neige. Bref, qu’il soit précoce, qu’il surprenne, vu son jeune âge.

Eh bien c’est raté! Le sautier confirme: les bourgeons sont bien là, mais loin d’être capables de s’ouvrir. Avec le froid qu’il a fait…

La sève n’est pas encore montée, voyez-vous. Compter encore deux semaines ensoleillées pour que ses bourgeons explosent enfin. Sage précaution. Car le marronnier fou, celui qui n’en fait toujours qu’à sa tête, a déjà sorti quelques feuilles, toutes rabougries et gelées. Le fou…

Mais tout de même, m’a glissé mon collègue qui en connaît un rayon sur le sujet. Pour marquer les 200?ans de notation officielle, on ne peut pas dire qu’elle se presse, cette première feuille.

Ainsi depuis pile deux siècles, Genève fait noter par un sautier la date de sortie d’une feuille. Extraordinaire! La chose était consignée auparavant par un Monsieur Rigaud qui venait, en voisin, vérifier l’état des bourgeons, et ce dès 1808. C’est fou, ce désir de marquer la venue du printemps!

Et si c’est une Genevoiserie, je la trouve plutôt jolie!

Les cartons de la déraison

6 mars 2018

Il y a, comme ça, des situations qui heurtent la vue et devant lesquelles on baisse les bras avant même de les lever. On capitule. On ne veut pas s’en mêler, parce qu’il faudrait soulever des montagnes pour obtenir pas grand-chose, et que c’est trop compliqué. Tant pis, ma foi, c’est la société qui veut ça…

Là, je ne pense pas aux horreurs de ce monde, comme ce qui se passe ces jours en Syrie dans l’indifférence générale. Non, j’évoque plutôt nos petits renoncements devant les agissements dérangeants de nos semblables.

Mais il y a aussi des gens, comme ça, qui réagissent. Par réflexe citoyen. Parce que le désordre, le gâchis, l’incivilité crasse, ça les heurte profondément. On se souvient tous de cette dame qui récupère les chariots égarés en ville et les rapporte aux magasins. De ces nettoyeurs spontanés, dans les parcs ou les rues, qui s’encombrent des déchets des autres, pour le bien-être général.

Ce sont des exceptions. Des êtres précieux. C’est à l’un d’eux que j’ai pensé hier en voyant des tas de cartons, restés en rade, gondoler dans la neige fondue. À Martin, donc. Ce redresseur de torts n’a jamais peur d’interpeller autorités ou firmes en mains publiques dès qu’il y a un truc qui ne fonctionne pas à ses yeux.

Ainsi sa dernière croisade auprès des CFF: pourquoi les employés qui réapprovisionnent les distributeurs en rouleaux de billets ont-ils tendance à jeter les cartons propres qui les contenaient, au lieu de les recycler? Cela éviterait un fameux gaspillage!

Car en bourrant les corbeilles métalliques des gares avec ces objets encombrants, ils donnent juste du boulot aux nettoyeurs de RailClean. C’est du gâchis de temps, d’argent et d’énergie. Mais voilà, ça ne dérange pas trop les responsables de l’entreprise qui parlent de volontiers développement durable, et qui ont d’autres chats à fouetter.

Alors Martin retrousse ses manches, et recycle les cartons des CFF…

La malédiction du flocon

3 mars 2018

Combien de temps peut bien mettre un flocon de neige, tombé sur un sommet des Alpes valaisannes, pour arriver jusqu’à Genève par les bons soins du Rhône? Des semaines, des mois, des années? La question en titille plus d’un.

Une autre taraude les milliers d’usagers des rues genevoises. Combien de temps mettra le redoux, avec le renfort des employés de voirie, pour venir à bout de ces centaines de milliards de milliards de cristaux de glace admirables? Un certain temps. Trop long, sans doute. Le Genevois n'ont aucune patience.

C’est toujours la même histoire, au bout du lac. Passé le premier émoi devant les délicats flocons venus de si haut et qui tiennent au sol, ça tourne vite au vinaigre, au petchi généralisé, voire aux vilains règlements de comptes.

Car il faut forcément trouver un responsable à la désorganisation incompréhensible qui frappe une communauté bardée de règlements et de certitudes.

Les bus sont en retard? C’est la faute aux TPG qui n’ont pas anticipé. Les poubelles ne sont pas relevées en bas de chez moi? La voirie s’en moque, elle préfère dégager la neige ailleurs… Les facteurs n’arrivent pas à livrer le courrier? Normal, la Poste réduit trop ses effectifs. Les trottoirs ne sont pas dégagés? Visez les motos parquées là et qui ne laissent pas passer les lames à neige. Les passants en sandales se cassent la figure? Les cantonniers n’ont pas mis assez de sel au sol! Les chiens ont mal aux pattes? La voirie répand trop de sel, bien sûr. Les voitures aux pneus d’été patinent? Tu voudrais pas qu’ils chaînent! Le Salon de l’auto, c’est demain…

Et si c’était juste un temps de neige? Celui qui met les contractuels au repos forcé, les flocons masquant les lignes bleues, jaunes, blanches, comme les plaques d’immatriculation. Un temps qui tempère les ardeurs des «scans cars», et ravit les sens.

Un temps de neige, donc. Il faut en profiter, car il reste encore assez de poudre blanche pour faire des batailles de boules et créer de belles bonnes femmes de neige. Ben oui. La semaine de l’égalité vient de commencer!

Le plan Vigiglaçon

1 mars 2018

Quand vous lirez ces lignes, la neige aura sans doute chassé bise et glaçons des discussions. Il n’y en aura plus que pour elle, pour sa splendeur immaculée, ou pour la pagaille à venir. Mais l’heure du blanc manteau n’a pas encore sonné pour moi qui rédige ce billet avec des moufles, tant ça caille…

Contre l’attaque en règle du froid, la défense citoyenne a adopté ces jours le plan Vigiglaçon. Chacun a sa manière. Chacun selon ses moyens.

Les Rues Basses n’ont plus vu depuis longtemps pareil défilé de visons, zibelines, astrakans ou renards se promenant sur deux pattes. Vous me direz que c’est l’occasion ou jamais de faire prendre l’air à sa fourrure, sinon à quoi bon la garder dans son armoire.

Partout ailleurs, c’est la grande sortie du bonnet à pompon. Ces bitos joyeux et un poil impertinents qui dodelinent à tout va au-dessus de la mêlée pressée sont décidément du plus bel effet!

Quant aux vigiles frigorifiés de la rue du Rhône, ils n’ont pas droit au pompon, même masqué. Ça ferait pas sérieux, devant les bijouteries. Alors ils remontent leur écharpe jusque sous les yeux et enfoncent leur chapeau. De loin, ces baraqués semblent encagoulés. Comme ceux qu’ils dissuadent d’entrer.

Toujours dans le plan Vigiglaçon, Globus, pour ne pas le nommer, fait très fort. Le magasin a déjà pris le parti du printemps, avec ses vitrines exposant des tenues légères et des guirlandes de fleurs. Or son entrée principale raconte une autre histoire: les clients doivent entrer par une petite porte pour permettre au gros chauffage d’appoint d’envoyer assez d’air chaud en direction des vendeuses de cosmétiques. Vu qu’elles ne portent pas de petite laine, elles pourraient prendre un rhume. Et ce serait dommage.

Notez que j’ai une autre solution contre la goutte au nez: les mouchoirs en papier de Terre des hommes. Ils seront en vente vendredi et samedi, devant plus de 30 marchés et supermarchés. D’ici là, bonne neige!

Une histoire venue du froid

27 février 2018

«Tu connais la dernière? C’est l’histoire d’un Esquimau. D’un Lapon, peut-être. Bref, l’histoire d’un homme qui vit dans ces contrées arctiques, là où il fait nettement plus froid qu’ici.»

C’est un ami qui me raconte tout ça, lundi, en pleine bise. Un truc de givré! «Alors voilà, me dit-il en se frottant les mains pour se réchauffer. C’est un type qui attend sa belle en plein air. Le genre d’amoureux transi. Il prend son mal en patience en battant la semelle pour ne pas coller sur place, mais la promise ne vient toujours pas. Et avant de se transformer en statue de glace, il lâche enfin: «si elle n’arrive pas moins 20 je me tire!» En visant son thermomètre, bien sûr. Ha, ha, ha; gla gla gla…

C’est le genre de gag qui fait un bide assuré en plein été. Mais à l’heure où les bords du lac se parent de dentelles de glace, pour le plus grand bonheur des photographes, il est de circonstance et glisse tout seul. Comme sur des patins.

Et puis ce froid qui mord la peau est assez inspirant. Il peut même être plaisant. Il change de l’ordinaire. Il nous fait sentir vivant, capable d’affronter les extrêmes. Parce qu’au fond, on sait que lorsqu’on en aura marre de grelotter, on retrouvera son chez-soi bien douillet et bien chauffé. Un cocon familier où se réfugier lorsque le dehors devient vraiment trop hostile.

Et c’est là qu’il faut penser à ceux qui n’ont aucun lieu de repli. À ceux qui sont sans abri alors que les températures sont négatives. La Ville de Genève vient d’annoncer qu’elle ouvre deux abris supplémentaires en cette période glaciale. Il y aura ainsi 370?places disponibles ces nuits prochaines pour répondre aux besoins. Seront-elles suffisantes? Sauront-elles accueillir ceux qui résistent encore à toute aide proposée?

Quelles que soient les raisons qui les poussent à rester en dehors de tout, ne pas hésiter à composer le 144 si votre chemin croise celui d’une personne en danger, en raison de ce froid sibérien.

La fugue de la station météo

24 février 2018

On voudrait l’ignorer qu’elle se rappelle à nous à chaque instant. Elle se faufile entre l’écharpe et le cou; se glisse sous les portes ou les fenêtres mal jointes; gèle les doigts et le nez qui ne sortent pas couverts. Bref, la bise est là, et ça caille ferme!

Mais ceci n’est qu’une mise en bouche. Un léger apéro avant le plat surgelé qui nous sera servi dès lundi, avec cette masse d’air glaciale qui nous fondra dessus, en provenance de Sibérie. Et là, on ne va plus du tout plaisanter: faudra sortir fissa les chapkas et la vodka, je vous dis pas.

Ce n’est pourtant pas ce vent d’hiver qui a emporté la bonne vieille station météo qui trônait sur la place des Bergues depuis des plombes. Cette colonne d’un autre âge indiquait le temps, l’air ambiant et les distances d’un lieu à un autre. Elle aurait donc dû nous indiquer ces jours une bise persistante.

Mais voilà, elle a disparu lors de la première étape du chantier des Bergues et n’a pas fait son retour. Où se cache-t-elle? se demande Bernard. Dans une propriété privée, à l’abri des regards?

Mais non, voyons! Les biens publics ne se font pas ainsi spolier, dans notre belle ville de Genève. D’après ce que l’on m’a dit, la fugueuse se trouve actuellement bien au chaud dans un dépôt de la Municipalité. Tant mieux pour elle. D’autant que des spécialistes profitent de l’avoir sous la main pour lui refaire une beauté.

Comment se déroule une telle opération esthétique, lorsque la belle est de pierre faite? Eh bien on répare avec doigté la tête du pilier (boule et flèche) qui a subi les dégâts du temps, et on passe le reste le reste du corps à l’hydrogommage. La classe.

Ensuite, il faudra attendre avant de revoir la station météo sur la place des Bergues. Elle ne sera réinstallée qu’à la fin de la deuxième étape des travaux. Avant d’en voir le bout, il faudra encore obtenir les autorisations, lancer le chantier et le terminer. Compter une année au minimum. Avec ou sans bise…

Mâchouiller pour s'alléger

22 février 2018

C’est toujours la même histoire.

En hiver, le froid nous pousse à consommer souvent plus gras et plus riche que de raison. Faut dire que ces plats de saison ont leur raison d’être: ils se mangent souvent à plusieurs, comme la fondue ou la choucroute, ils réconfortent, ils réchauffent le corps et l’esprit. On aimerait croire qu’ils nous aident à nous protéger contre la bise mordante et la grisaille générale. Oui mais voilà. Ce régime-là peut laisser des traces sur les hanches ou le ventre. Ailleurs aussi.

Et alors? Alors c’est grave, docteur, si l’on en croit tout ce qui se dit.

C’est à ce moment précis que sortent dans le commerce des trucs extras pour faire partir ces coussinets dits superflus. Tous les moyens sont bons pour traquer les formes qui sortent du cadre et profiter de notre candeur en la matière.

Une amie ronde et gironde a dernièrement dégainé sous mes yeux médusés un petit papillon contenant une publicité de gommes à mâcher pour une pause de remise en forme (j’essaie d’éviter les anglicismes…)

«Non mais t’as vu la dernière? m’a-t-elle dit en se gondolant. On te vend des gommes à mastiquer avec un brin de zinc et on te fait croire que bouger tes mandibules te ferait perdre un gramme? Que ce serait plus efficace que le sport? Que ce serait même un médicament? Vise un peu la posologie!»

Voyons donc. Il est dit que l’utilisation de ce produit miracle accompagne une alimentation équilibrée et un mode de vie sain. Bien vu! Il est recommandé aussi d’en prendre deux pièces trois fois par jour, après les repas. Idéal en déplacement, ou simplement comme en-cas.

En gros, tu mastiques une gomme ou tu avales du vent, c’est du pareil au même. Sauf que le vent est gratuit, lui. J’ai d’ailleurs toujours entendu dire que de mâcher sans cesse ce genre de truc, ça favorise les ballonnements et fait gonfler le ventre…

C’est donc toujours la même histoire!

Une langue de proximité

20 février 2018

Le sujet fâche! J’ai reçu une avalanche de réactions à propos du billet «Une dernière pincée de sale», où je montais une fois de plus les tours contre ces magasins qui incitent à la consommation en proposant des articles sales, voire super sales.

Une vieille amie tempère mes ardeurs: «Vous vous battez contre des moulins à vent, ou carrément contre le vent lui-même! Ces fichus anglicismes sont entrés dans les mœurs, tout faux qu’ils sont, et impossibles à corriger.»

La cause peut donc sembler perdue. Quoique. À l’heure où les beaux et grands discours vantent la diversité à toutes les sauces, il faudrait se laisser bouffer tout cru par la langue dominante? Mais je n’ai aucune envie de lui rouler une pelle!

Je préfère cultiver local. En utilisant au mieux la diversité du vocabulaire français. Il existe tant de jolis mots pour décrire les gens et les situations que l’on aurait tort de s’en priver et de préférer ceux des autres. Que la langue française varie parfois les plaisirs en adoptant des termes qui témoignent de leur temps, passe encore. Pourvu qu’ils riment à quelque chose.

Car ce qui agace passablement les lecteurs avec ces «sales» pour dire soldes, ou bonnes affaires, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. Que le message est à rebours du bon sens. Qui voudrait acheter du linge à 70% sale?

Cette dénomination inappropriée fait se dresser les cheveux sur la tête d’une cliente, ou renoncer à entrer dans un magasin pour une autre. Une personne très remontée me dit rêver «d’une équipe de barbouilleurs qui se muniraient de bombes colorées pour ajouter «très» devant chaque «sale»»…

Enfin, on me glisse à l’oreille que le magasin dont nous sommes les propriétaires a aussi un faible pour le «sale». Or il s’affiche «commerce de proximité» sur sa vitrine des Eaux-Vives. La langue française devrait donc s’y imposer!

Une dernière pincée de sale

17 février 2018

Les publicités inondent les écrans et les journaux de ces produits miracles qui lavent plus blanc que blanc, qui font briller et étinceler tout qu’ils touchent. Les intérieurs deviennent toujours plus propres, nets, hygiéniques. Le rêve!

Alors que la salubrité triomphe dans les maisonnées, des vitrines de certains magasins de la place vantent de leur côté les mérites du sale. Elles en font même un slogan de vente. Quelle drôle d’idée…

Sale! La lutte contre l’utilisation de cet anglicisme en période de braderie commerciale semble perdue d’avance, tant le mot s’est imposé dans le paysage. Parfois, il n’est plus seulement question de sale, mais de super sale. On n’arrête pas le progrès. Depuis peu, une affiche «derniers jours» surmonte l’invite à consommer sale. Je n’arrive pas à me faire à ce double langage.

Partant du principe que la langue française est d’usage courant à Genève et que les mots signifient quelque chose de précis, j’ai consulté mon bon vieux copain, Le Petit Robert.

Sale? «Dont la netteté, la pureté est altérée par une matière étrangère, au point d’inspirer la répugnance ou de ne pouvoir être utilisé à nouveau sans être nettoyé. Voir malpropre, souillé; boueux, crasseux, crotté, graisseux, pisseux, poisseux, terreux; dégoûtant, immonde, infâme, infect.»

N’en jetez plus, c’est trop cracra. Et l’on voudrait que l’on achète sans broncher du sale? Allons donc. Nous ne sommes pas des poubelles! Des soldes, oui, du sale, non.

Mais Julie, il faut te faire une raison et te mettre enfin au diapason: tout le monde cause angliche, de nos jours. C’est plus commode pour communiquer. Le mot sale est plus vite écrit que soldes, il prend moins de place. Et il est compréhensible dans toutes les langues nationales.

Peut-être. Sauf qu’en français, ce mot fait tout sauf envie. Et il en faut un minimum pour passer à l’action.

Fâcherie au fil de l'eau

14 février 2018

Nous sommes vraiment gâtés à Genève. Je le dis sans rire. Nous vivons au bord de l’eau, et c’est un vrai cadeau du ciel, ou d’ailleurs. Il y a le lac, bien sûr, mais aussi le Rhône et l’Arve, plus toutes ces rivières le long desquelles serpentent chemins ou promenades.

Et pour cause: on se balade au bord de l’eau depuis des âges pour l’agrément, la beauté du paysage, la fraîcheur qu’elle dispense ou la nostalgie qu’elle fait naître en nous, avec son courant qui file au loin, sans que l’on n’y puisse rien changer.

Nous sommes gâtés à Genève! C’est ce que je me disais en marchant le long du lac, côté rive droite, en direction du centre-ville. La passerelle piétonne sous le pont du Mont-Blanc permet à nouveau d’avancer au fil de l’eau, avec la perspective de continuer à ses côtés jusqu’à la Jonction. Chouette alors.

Mais il a vite fallu vite déchanter. Si le premier tronçon du quai des Bergues permet encore au piéton de cheminer sur un trottoir tout près des flots, ça se gâte sérieusement après le pont des Bergues, où il n’y en a plus du tout.

Une ligne blanche est tracée quasi au pied de la barrière flambant neuve. Le promeneur n’a rien à faire sur la chaussée. En tout cas pas s’accouder à la balustrade pour admirer l’eau si limpide en hiver. Car ça circule dans son dos…

Plus loin, entre le pont de la Machine et celui de l’Ile, une piste cyclable a été marquée au sol, tout contre la rambarde. Piétons, passez votre chemin! Ou allez plutôt de l’autre côté du quai, sur le trottoir extralarge s’étalant au pied des bâtiments, qui ne montrent rien, ou si peu. Quelle agréable perspective!

«Parfois, je pense que les concepteurs ne connaissent pas, ou ne fréquentent pas les endroits qu’ils modifient» me disait Rita, à propos du viaduc de la Jonction et de sa nouvelle barrière. Comment l’expliquer autrement? Des fois, on est peu gâtés, à Genève…

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