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«Si on est encore déficitaire en 2018, on se retire»

Les dirigeants de Genève Tourisme défendent leur bilan 2016, mais pas le contre-projet à l’initiative Barth.

Photo d'archive Philippe Vignon, directeur de Genève Tourisme (gauche sur la photo) et Yves Menoud, président de la Fondation Genève Tourisme
Photo d'archive Philippe Vignon, directeur de Genève Tourisme (gauche sur la photo) et Yves Menoud, président de la Fondation Genève Tourisme
Laurent Guiraud

À la suite des révélations du Service d’audit interne sur le Geneva Lake Festival en 2016 , dont le déficit s’élève finalement à 6 millions, Yves Menoud et Philippe Vignon, président et directeur de la Fondation Genève Tourisme, plaident le facteur temps.

Quelles mesures avez-vous prises suite aux pertes?

Yves Menoud (Y.M.): Nous avons mis fin au mandat d’Emmanuel Mongon (ndlr: producteur exécutif du Geneva Lake Festival en 2016). Nous avons engagé un organisateur et un artificier genevois qui connaissent mieux le contexte local.

Philippe Vignon (P.V.): Et nous avons étendu notre système de contrôle interne aux Fêtes. Les conclusions de l’audit enfoncent des portes ouvertes, ça fait longtemps qu’on a compris qu’il y a des choses à corriger.

Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt, alors?

P.V.: La position de la Ville était attendue pour mai 2015, elle n’est arrivée qu’en décembre! Avec ce délai, naturellement que certaines procédures ne sont pas respectées, c’est impossible. La question de fond, c’est la capacité des différentes parties à se mettre autour de la table.

Comment expliquer l’écart entre le déficit publié de 3,5 millions et les 6 millions estimés par l’audit?

P.V.: Certains éléments d’analyse diffèrent en matière comptable. Si on intègre les 300 000 francs d’investissements dans les infrastructures, le million correspondant au contrat de licence et le million correspondant aux ressources réelles allouées par la fondation à l’événement, on arrive à 6 millions.

L’audit relève le manque de réactivité des services publics.

Y.M.: On n’est pas là pour critiquer la Ville ou l’État. On est là pour chercher un consensus.

Il suggère un protocole tripartite, non formalisé aujourd’hui, «malgré plusieurs relances de la Ville et du Canton». Vous freinez?

P.V.: On est en train de se renvoyer la balle, là. Ce n’est pas nous qui tenons les clés des conditions-cadres. J’ai besoin d’un projet matériellement faisable. Il y a une vraie difficulté à définir une vision commune.

À Vienne aussi, Emmanuel Mongon avait conçu un projet trop cher. N’aviez-vous pas enquêté sur lui?

P.V.: Il nous fallait quelqu’un avec une vraie expertise dans la mise en œuvre d’événements, on a pris des références. Je connais très bien mon homologue de Vienne, il m’a mis en perspective les problématiques rencontrées. Emmanuel Mongon a été engagé pour tout changer. Là-bas aussi, le politique s’en est mêlé et ça a été beaucoup plus compliqué que prévu.

Faut-il rééquilibrer le conseil de fondation, où les pouvoirs publics sont sous-représentés?

Y.M.: Nous n’avons pas à commenter la composition du conseil puisque nous découlons d’une loi et que nous sommes nommés par le Conseil d’État. On fait avec ce qu’on a. La mission première de l’office du tourisme, c’est la promotion à l’extérieur, pas l’animation locale.

Le Canton doit-il donc reprendre les Fêtes?

Y.M.: Si en 2018, malgré tous nos efforts, on n’arrive pas à être bénéficiaire, mon avis personnel de président, c’est qu’il faut que la fondation se retire. Cela veut dire que le cadre qui nous est donné n’est pas adéquat, et qu’il faudrait un autre type de structure pour s’en charger.

Le secteur hôtelier n’a-t-il pas besoin de cet événement?

P.V.: Les Fêtes ne sont fréquentées qu’à 20% par des touristes hébergés. La manifestation génère environ 10 000 nuitées. C’est un chiffre à mettre en balance avec les 1000 nuitées générées par un événement comme Pop in the City en deux week-ends, pour un coût minime.

Si l’urgence est le problème majeur, pourquoi n’avoir pas reporté l’édition 2016?

Y.M.: On est toujours plus intelligent après. Tout le monde voulait des Fêtes. Quand on est arrivé à un certain stade d’avancement, il faut aller jusqu’au bout.

Même sur la question de transparence, vous ressortez le facteur temps…

P.V.: Ce n’est pas un prétexte. Nous voulons proposer une grille tarifaire transparente comme à Bâle. On sera en retard du fait des inconnues qu’on a pour l’instant: la tarification est directement corrélée au nombre de m2 que la Ville va nous mettre à disposition.

À quelques mois de la votation, quel dégât d’image!

Y.M.: Il ne nous appartient pas de nous positionner au niveau politique.

Vous n’allez donc pas faire campagne pour le contre-projet?

Y.M.: Non, nous n’avons ni structure ni base légale pour le faire.

En fait, ça vous arrangerait d’être déchargés des Fêtes?

Y.M.: Non, on n’a pas du tout la volonté de s’en défaire. Si on a envie d’arrêter, on est assez grands pour le dire.

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L’édition 2017 connaît aussi ses propres aléas

Le déficit de 500 000 francs est-il toujours d’actualité?

Y.M.: Il va être dépassé, de manière conséquente, on le communiquera ultérieurement.

La société Skynight a été mandatée pour la sonorisation et l’éclairage. Christian Kupferschmid en a été le directeur. A-t-il encore des liens d’intérêt?

P.V.: Je crois qu’il est encore actionnaire. À cette époque-là, il n’était pas salarié de la fondation. Plusieurs devis ont été faits, Skynight a fait l’offre la plus avantageuse (ndlr: l’audit mentionne des «dépassements significatifs sur la rubrique liée à la sonorisation et à la lumière» en 2017).

Y.M.: On est une petite ville. Je pense qu’il n’y a pas 36 000 possibilités pour trouver les bonnes personnes.

Sa fille a aussi bénéficié d’un stand au Jardin anglais.

Y.M.: Au prix du marché, je l’ai moi-même contrôlé.

Un responsable administratif vient d’être licencié. Pourquoi?

Y.M.: Il a été engagé pour travailler avec Emmanuel Mongon. Ce dernier étant parti…

P.V.: Son travail est devenu redondant avec nos services.

C’est le deuxième départ sous l’ère Kupferschmid. Incompatibilité d’humeur?

P.V.: Non.

Il ne fait pas l’unanimité…

P.V.: L’événementiel est un milieu où beaucoup de choses sont dites de toute façon. Quand on prend un Français, on nous le reproche, et quand on prend un Genevois, on nous dit qu’il a des casseroles. Il a démontré qu’il est capable de mettre en place un événement en cinq mois, il faut le saluer. S.S.

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