L’EMS du futur doit plus s’ouvrir sur le quartier

Personnes âgéesLa Résidence Beauregard, située à Confignon, ne s’occupe pas seulement de ses résidents. Elle accompagne aussi des aînés du voisinage. Reportage.

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Polyvalent et ouvert sur l’extérieur. Voilà comment Tiziana Schaller conçoit l’établissement médico-social (EMS) du futur. «Il faut en finir avec les ghettos pour vieux», revendique cette directrice de la Résidence Beauregard à Confignon et de la Villa Mona Hanna à Thônex, qui en connaît un rayon dans le domaine de la personne âgée*. Elle n’est pas la seule à souhaiter cette percée. «Qu’il est terrible de vieillir! La peur de la mort a poussé la société à isoler ceux qui déclinent, comme les pestiférés que l’on mettait en quarantaine pour protéger la population. Ouvrons la cage aux vieux», préconisait ainsi l’éditorialiste de l’«Écho Magazine» du 6 décembre.

À la tête de la Résidence Beauregard depuis quinze ans, Tiziana Schaller aspire à franchir les barrières. La directrice a repris cet EMS alors qu’il s’apprêtait à fermer: «Il était considéré comme vétuste et peu dans l’air du temps avec ses chambres à deux lits. On s’est au contraire appuyé sur cette contrainte pour la transformer en un avantage. Pour une certaine population, le partage d’une chambre rassure et stimule à la fois.» C’est le cas pour les 36 aînés de la Résidence Beauregard, dont 97% souffrent de troubles cognitifs et 3% de troubles psychiques. Des femmes dans 70% des cas dont la moyenne d’âge s’élève à 86 ans.

Voisin de chambre rassurant

Nous avons récemment découvert cette demeure à taille humaine. «L’espace restreint est aussi très réconfortant, constate Stéphane Moiroux, infirmier et coordinateur du projet d’ouverture prôné à la Résidence Beauregard. Le voisin de chambre figure parmi les repères nécessaires à nos hôtes. Les premiers jours des nouveaux arrivants sont déterminants pour trouver des personnalités qui s’accordent bien entre elles, afin de construire les binômes.» Dans cet environnement, où la population est particulièrement fragile, on ne pense plus à guérir, mais à «accompagner le mieux possible les personnes âgées en tenant compte de leurs possibilités propres dans un cadre de vie communautaire», indique Tiziana Schaller. Massages restructurants, taï-chi, réflexologie, art-thérapie et chant: à la Résidence Beauregard tout est voué au bien-être des aînés. Et ce n’est pas notre photographe qui le contestera, lui qui, le jour de notre visite, a valsé avec une résidente sur un air de Johnny, lors d’un mémorable karaoké. Permettre aux seniors de garder leur dignité passe par les liens sociaux et l’accès à l’extérieur, relève Stéphane Moiroux: «Les EMS possèdent de nombreuses compétences. Dommage qu’elles restent trop souvent dans un lieu clos! L’EMS doit devenir le pôle central de tout un territoire.»

La Résidence Beauregard et ses 62 collaborateurs s’y emploient. Tout a démarré il y a huit ans lorsqu’une voisine a demandé ce que cet établissement pouvait apporter à son couple vieillissant, celui-ci ne voulant pas pour autant quitter son domicile. «Une relation de confiance s’est créée avec notre équipe. Cela s’est enchaîné avec des repas», note Stéphane Moiroux. De 20 à 25 repas quotidiens portés à des aînés du quartier en 2015, on est passé à une soixantaine aujourd’hui, soit environ 2000 repas par mois. Accompagnant à domicile, Louis Viladent précise: «On aide à préparer les repas pour ceux qui en ont besoin. On mange parfois avec eux.» Bon sens et troc Et il n’y a pas que les repas qui participent à la dynamique collective et créative qui anime la Résidence Beauregard. «Nous disposons d’infirmiers sur place 24 heures sur 24; le voisinage doit pouvoir en profiter. L’EMS doit devenir un centre d’intervention régional», ambitionne Tiziana Schaller.

Louis Viladent partage cet avis: «Avec le temps, une forme d’intimité se développe. Les seniors nous font part de leurs besoins. En y répondant nous participons à leur maintien à domicile. On sent un grand sentiment d’isolement. Soucieux de préserver leur autonomie, on tente d’amener la personne à trouver elle-même les moyens pour diminuer ce sentiment. Nous leur donnons toutefois des conseils et des informations. Nombreux ne savent pas qu’ils ont droit à une allocation pour impotent leur permettant de rémunérer une aide à domicile.»

Le personnel de la Résidence Beauregard fait surtout preuve de bon sens. «Un jour, un aîné m’a dit qu’il renonçait aux repas pour des raisons financières, raconte Louis. On a proposé un troc à ce passionné de musique. En échange des repas, il mène des animations musicales dans notre EMS. Une opération gagnant-gagnant.»

* Elle a obtenu le certificat de gérontologie avec feu le professeur Charles-Henri Rapin, pionnier dans les soins palliatifs, et est mariée au docteur Philippe Schaller, avec qui elle partage ses idées innovatrices et son quotidien professionnel. (TDG)

Créé: 12.01.2019, 11h39

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«La plus belle chose qui me soit arrivée.»

«La plus belle chose qui me soit arrivée.» C’est ainsi qu’Anne-Marie Dunant évoque sa rencontre avec Louis Viladent. Cette octogénaire au caractère bien trempé, qui préfère les cigarettes aux médicaments, guette les venues de son accompagnant à domicile: «Je l’aime. Il est charmant et on a un peu les mêmes goûts, apprécie-t-elle. On discute beaucoup et on boit du thé. On échange aussi par e-mail.» Au-delà de ces touchantes complicités qui sont nées grâce à la Résidence Beauregard, cet établissement organise chaque mois un repas festif, suivi d’une animation, dans une des quatre communes avec lesquelles il collabore, soit Confignon, Bernex, Onex et Lancy. «On reçoit jusqu’à 150 personnes, informe Louis Viladent. Ces rendez-vous facilitent la sociabilisation.» Des «cafés-rencontres» sont aussi proposés dans les communes partenaires. Avec succès: un vrai réseau se propage dans la région.
«Tout laisse croire que nous devons repenser l’EMS traditionnel, note Anne-Laure Repond, secrétaire générale de la Fédération genevoise des EMS. Les liens de proximité et les prestations pour le quartier doivent en effet être soutenus.» Des projets novateurs se dessinent d’ailleurs à Genève: Le Nouveau Prieuré à la Gradelle, l’EMS Stella à Sécheron, le futur complexe de l’Adret au Pont-Rouge et bien d’autres encore misent sur la perméabilité de leur structure avec l’extérieur pour mieux répondre aux besoins des personnes âgées. «Il n’y a pas d’autonomie sans solidarité», estiment les fers de lance de ces projets qui refusent d’isoler les aînés dans des environnements stigmatisants.

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