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Emmanuel Macron est-il un «gilet jaune»?

Souvenez-vous, il y a dix-huit mois, la campagne d’Emmanuel Macron, qui laminait les partis politiques traditionnels, fustigeait les syndicats, méprisait les élus locaux et les associations. Macron savait, lui seul. Il ne suffisait qu’à le suivre: En Marche! Aujourd’hui, les «gilets jaunes» font du Macron sur les ronds-points: pas d’organisation, pas d’idéologie partisane, aucune confiance sauf en eux-mêmes. Au fond, ils ont bien retenu la leçon du président-«gilet jaune».

Macron et les «gilets jaunes» ne sont pas bien différents, mais ils sont l’un et les autres condamnés à l’échec

Mais la réalité est têtue. Personne n’est parfait, et ni le président qui sait tout ni les «gilets jaunes» qui veulent tout et son contraire tout de suite ne sont parfaits. Premier leurre: en ignorant les partis – tous pourris et incompétents – tout va mieux. C’est évidemment faux car les partis représentent une vision de la société, participent de la défense d’intérêts sectoriels ou plus généraux. Les partis ne sont rien d’autre que le regroupement de citoyennes et de citoyens qui voient le monde de la même manière et ont des idées communes sur son avenir: ici le souci de l’environnement, là la défense des travailleurs, là-bas la promotion de la libre entreprise, ailleurs l’immigration. La représentation immédiate – ou plutôt l’absence de toute représentation – ne permet aucune organisation… et par conséquent aucun résultat tant il est certain que toute communauté humaine, surtout si elle compte 60 millions de membres comme la France, a besoin d’une organisation pour subsister.

Deuxième leurre: le président peut tout. C’est évidemment faux, mais les Français ne se sont jamais remis d’avoir guillotiné Louis XVI; ils l’ont remplacé par un président omniscient et omnipotent. Or aucun progrès, aucun changement n’est possible sans confrontation, débat, puis arbitrage ou compromis. La France souffre d’une absence totale de culture du compromis, qui suppose un respect, un dialogue et la mesure d’un rapport de force entre les convictions antagonistes. Macron et les «gilets jaunes» sont sur la même longueur d’onde: ils pensent que le président peut tout… et Macron en est persuadé – au moins jusqu’à ces dernières semaines!

Troisième leurre: puisque le président peut tout, on peut lui demander des choses impossibles! C’est une fois encore faux car on ne peut demander une augmentation des prestations et simultanément une baisse d’impôts. Dans une démocratie participative, les uns demandent des prestations supplémentaires, les autres des baisses d’impôts; l’équilibre entre ces revendications antagonistes se détermine par le rapport de force, qu’il s’exprime lors de scrutins populaires, de manifestations ou par l’expression de l’opinion publique. En France, sous Macron – mais ça n’est pas vraiment nouveau – le débat a été confisqué par le président, de sorte que les «gilets jaunes» peuvent demander tout et son contraire sans aucun souci de cohérence: c’est de toute façon au président de faire.

Dernier leurre: la politique est affaire de temps, souvent long, et l’immédiateté que permettent les réseaux sociaux est un leurre car rien n’est possible immédiatement. Mais si le président s’exprime par tweets, pourquoi les citoyens ne le feraient-ils pas? Décidément, Macron et les «gilets jaunes» ne sont pas bien différents les uns de l’autre, mais ils sont l’un et les autres condamnés à l’échec, faute d’admettre qu’il n’a pas de baguette magique et qu’eux non plus.

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