Jocelyne Haller provoque un tollé en renonçant à siéger à Berne

Élections fédéralesLa députée de SolidaritéS n’ira pas au Conseil national, pas plus que le second mieux élu. Les critiques fusent, mais elle assume son choix.

La candidate estime n'avoir pas trahi ses électeurs, les mêmes qui l'ont élue au Grand Conseil.

La candidate estime n'avoir pas trahi ses électeurs, les mêmes qui l'ont élue au Grand Conseil. Image: Magali Girardin

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Jocelyne Haller a été élue dimanche au Conseil national pour Ensemble à Gauche (EàG) «à l’insu de son plein gré». Avant-dernière de la courte liste principale d’EàG, la députée a reconnu immédiatement qu’elle ne s’y attendait pas du tout et qu’elle n’était pas certaine d’accepter le mandat. Lundi soir, SolidaritéS et le DAL ont validé le choix de son désistement. Mais le jeu de domino ne s’arrête pas là, le deuxième mieux élu, le député Jean Burgermeister, renonce aussi. Résultat: c’est la tête de liste, Stéfanie Prezioso Batou, arrivée troisième, qui siégera.

Dire que ce double désistement – qui n’a rien d’illégal – a provoqué des critiques est un euphémisme. «Tricherie», «trahison», «copinage», les commentaires assassins ont envahi le site tdg.ch. Des citoyens sont également remontés: «J’ai panaché ma liste en ajoutant Jocelyne Haller et Jean Burgermeister parce que je les trouve compétents, explique Claude. Aujourd’hui, je me sens volé. Je réfléchirai à deux fois avant de voter à nouveau pour un candidat de SolidaritéS.»

Sur Facebook, Maria Pérez, en guerre ouverte contre son ancienne formation, y est allée d’un «post» rageur: «SolidaritéS n’emploie Jocelyne Haller que comme marchepied crédible pour des candidatures parachutées. C’est d’une spoliation démocratique qu’il s’agit, une scène du Père Ubu.» Charmant.

«Plus utile ici qu’à Berne»

Jocelyne Haller, dont le travail parlementaire est effectivement très apprécié, refuse totalement le terme de «trahison». «Ceux qui m’ont choisie pour Berne sont les mêmes personnes qui m’ont élue au Grand Conseil, explique-t-elle. J’avais donc à choisir entre deux mandats, et j’ai estimé que je serais plus utile au Grand Conseil qu’au Conseil national. Nous avons voulu faire le choix de l’efficacité. À Berne, les idées que nous défendons le seront aussi bien par Stéfanie Prezioso Batou que par moi.»

Mais alors pourquoi s’être présentée? «C’est une pratique courante de figurer en fin d’une liste pour lui donner de la force, et aucun journaliste ne m’avait questionnée à ce propos jusqu’à aujourd’hui. Mais je n’ai pas fait campagne, ne me suis jamais mise en avant, car siéger au Conseil national n’était pas mon objectif. Je suis bien entendu flattée par mon résultat et je remercie les électeurs. Mais j’insiste: parler de trahison n’a pas de sens. C’est la même politique, le même projet de société que nous allons défendre à Genève comme à Berne. Nous nous sommes simplement demandé qui serait le mieux à même de porter nos idées ici et là-bas.»

La députée assure par ailleurs que si elle n’était pas députée ou que si la Constitution autorisait le double mandat, elle aurait accepté son siège.

Une femme pour une femme

Bien, mais pourquoi Jean Burgermeister, premier des viennent-ensuite et en deuxième place de la liste, a-t-il lui aussi décliné l’honneur de représenter EàG au Conseil national? «Mais vous imaginez si une femme avait cédé sa place à un homme? Nous nous serions fait lapider. Ça n’était pas possible. L’autre raison est que Jean Burgermeister joue un rôle très important pour nous au parlement genevois. Il représente la relève, son départ aurait été dommageable pour nous. Le concernant, je vous accorde qu’il aurait dû être plus effacé durant la campagne.»

Si les désistements ne sont pas rares, dans la plupart des cas, il s’agit de candidats en course pour une double élection: des conseillers administratifs ou conseillers d’État en lice pour rempiler, mais qui figurent aussi en tête de liste de leurs partis pour le Grand Conseil ou le Conseil municipal. Ils font clairement office de locomotive. Cela pourrait être le cas de l’écologiste Lisa Mazzone si elle était élue le 10 novembre au Conseil des États.

Des cas similaires

Lundi, une autre femme a en réalité renoncé à son siège de conseillère nationale. Il s’agit de la conseillère d’État bernoise Beatrice Simon, qui, en plus, briguait une place aux États.

À Genève, le renoncement le plus spectaculaire est encore le fait de SolidaritéS. En novembre 2008, deux élus à l’Assemblée constituante, Pierre Vanek et Gilles Godinat, s’étaient désistés au profit de Jocelyne Haller et de Claire Martenot. Le but: que le groupe soit composé de deux femmes et deux hommes.

Créé: 22.10.2019, 08h34

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