Elena Montesinos brûle d’allumer nos dettes

Image: Laurent Guiraud

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Avec son tempérament de feu, cela devait arriver: l’incendie est désormais inévitable. Jeudi, Elena Montesinos allumera sur la plaine de Plainpalais son «Bûcher des endettés». Partageuse, l’artiste plasticienne invite les Genevois à la rejoindre pour alimenter son autodafé avec leurs propres commandements de payer, amendes, actes de poursuites et autres factures en souffrance (une photocopie fait aussi l’affaire). Une performance qui correspond parfaitement au caractère de cette quadragénaire explosive.

«Le concept de ce feu libérateur est d’inviter tout un chacun à venir se débarrasser de tous les documents encombrants qui alourdissent nos existences, résume Elena Montesinos. Je veux remettre les choses à leur place. Ce ne sont finalement que des bouts de papier.» Et en matière de dettes, la dame admet sans difficulté en connaître un rayon. «A l’exception de courtes périodes durant lesquelles j’ai bénéficié d’une bourse, j’ai toujours vécu de manière assez précaire.» Une vie d’artiste autrement dit? «Attention aux clichés! J’ai étudié la question et j’ai découvert à mon grand étonnement que les artistes étaient plutôt bon payeurs.»

Quand l’art se mange

Née à Genève en 1971 de parents d’origine espagnole, cette femme est un donc un feu follet, une touche à tout impossible à mettre une fois pour toutes dans une case. Cela tombe bien, elle détesterait ça et le ton pourrait monter. «En matière d’art, je suis en fait une autodidacte. J’ai entamé des formations, mais au final je n’ai aucun diplôme.» Ce qui ne l’a pas empêché de gagner plusieurs bourses et des prix. Mais ce dont elle est particulièrement fière, c’est d’avoir codirigé l’espace FORDE. dédié à l’art contemporain, à l’Usine.

«On y a vraiment fait des choses incroyables, assure-t-elle. Je ne dois pas être la seule à me souvenir avec plaisir de cette expo où toutes les pièces d’art moderne pouvaient se manger.» Comme l’appétit vient en mangeant, Elena Montesinos rêve aujourd'hui de disposer d’un espace dans lequel elle pourrait régner. Quant au thème de l’argent, elle a commencé à le travailler en 2008 à son retour de Berlin. Visiblement une période de dèche tout à fait propice à une démarche artistique de ce type.

Quelle vision a-t-on de Genève quand on choisit Punkahontas comme nom de scène quand on mixe (oui, elle fait aussi ça)? «Je suis une Espagnole de la troisième génération, alors je suis complètement d’ici, répond-elle. La preuve, quand j’ai quitté Berlin après un séjour de plusieurs années, je suis revenu dans mon Heimat. Moi, je ne me plains pas de la morosité de Genève. En fait, c’est plutôt une source d’inspiration.»

Rythme et crécelles au menu

Ce qui ne devrait pas être morose, c’est le feu de joie anti-dettes de jeudi. «Nous avons organisé une parade avec des crécelles – comme pour les lépreux – et l’orchestre Estrella Suerte Batucada Afro Latine, précise-t-elle. La parade partira à 18 heures de Bel-Air – depuis le passage de la Monnaie évidemment – et gagnera la plaine de Plainpalais. L’allumage du bûcher est prévu à 19 heures.» L’événement, qu’Elena Montesinos définit plus comme sociologique qu’artistique, s’inscrit dans un festival de performances intitulé Walk on the Public Site (informations sur le site www.waopa.ch).

«Ce que je propose est en fait un acte citoyen ouvert à tous, conclut-elle. Nous rassemblons nos malheurs et nous allons y mettre le feu. Mais cela doit rester sympa et poétique. Au lieu de me plaindre, j’agis. Sur le mode artistique, parce que je ne peux pas faire autrement. Ce qui serait bien, ce serait d’arriver à additionner la somme des dettes qui sera brûlée jeudi…»

(TDG)

Créé: 13.12.2016, 20h48

Bio express

1971 Naissance à Genève.

1984 Découvre le punk-rock et la philosophie agitatrice à travers des groupes comme Dead Kennedys, The Exploited, Sex Pistols.

1995 Premières expositions collectives et interventions dans l’espace public.

1998 Elle reçoit le Swiss Art Awards.

2002 Séjourne six ans à Berlin, au début en bénéficiant d’un atelier Schönhauser de la Ville de Genève.

2008 Entame son travail sur l’argent.

2012-2014 Codirectrice de l’espace FORDE (art contemporain) à l’Usine.

15 décembre 2016 Allume son bûcher des endettés.

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