A 75 ans, l'évêque auxiliaire de Genève prend sa retraite

Eglise catholique romaineMgr Farine, entre selfie, déficit budgétaire et visite chez le pape.

Mgr Pierre Farine quitte le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg après dix-neuf ans.

Mgr Pierre Farine quitte le diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg après dix-neuf ans. Image: Laurent Guiraud

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Il aime à dire qu’il dirige une sorte de PME. Monseigneur Pierre Farine est évêque auxiliaire du diocèse de Genève, Lausanne et Fribourg (LGF) depuis dix-neuf ans. Aujourd’hui, il est sur le départ. Il a fêté ses 75 ans le 31 mai, l’âge de la retraite et il a dû remettre sa démission. Son successeur n’est pas encore connu.

Retour sur le parcours de ce Tessinois, à Genève depuis quarante-cinq ans, comme curé de Bernex, puis administrateur du diocèse par intérim pendant treize mois et, enfin, évêque auxiliaire jusqu’à aujourd’hui.

Le glas de la retraite a donc sonné. Quel sentiment vous habite au moment du départ?

Pas de lassitude. Je suis quand même content de laisser ma charge mais je n’en suis pas arrivé au stade où je suis désabusé.

Vous avez démissionné mais vous pourriez encore rester en poste plusieurs années…

Ma lettre de renonciation est arrivée à Rome. Dès que le pape accepte ma démission, l’évêque diocésain peut me remplacer. Mais cette décision peut arriver dans trois mois comme dans trois ans!

Des actions marquantes en vingt ans au service de l’Eglise catholique romaine (ECR)?

Dans les années 2000, le manque de personnel commençait à se faire sentir, alors nous avons fusionné des paroisses pour créer des unités pastorales. Notre but était d’être plus efficaces et de rendre le Christ plus présent. Le modèle un curé, une paroisse n’était plus tenable. Nous avons aussi développé et professionnalisé les aumôneries — il existe désormais une formation — pour offrir une plus grande présence auprès des personnes précarisées.

Des souvenirs mémorables?

Les confirmations de jeunes sont à chaque fois des moments magiques. En dix-neuf ans, j’en ai confirmé près de 15 000! Il y a aussi des rencontres: Benoît XVI, un homme merveilleux qui a été beaucoup chahuté; et le pape François, rencontré à Rome, où il a reçu pendant deux heures tous les évêques de Suisse. Vous voulez voir des photos?

Il y a aussi des moments plus sombres. Comme en 2011, lorsqu’un prêtre de Carouge soupçonné de pédophilie se suicide.

2011 a été l’année la plus difficile. Un coup très dur. Je me sentais démuni. Je ne regrette pas d’avoir fait preuve de transparence (ndlr: il a annoncé pa le biais d’un communiqué que deux cas d’abus sexuels avaient été transmis à la justice pénale).

L’Eglise fait-elle preuve de suffisamment de transparence, l’omerta est-elle brisée? La Conférence des évêques établit depuis 2009 des statistiques sur les abus sexuels signalés dans les diocèses et les rend publiques. Les tabous ont été brisés. L’Eglise a désormais un souci de transparence et de prévention. Nous avons reçu une formation pour détecter ces cas, pour savoir comment réagir face aux victimes et vers qui les rediriger. Il y a une volonté de ne plus traiter les choses à l’interne, comme ça a été longtemps le cas. Nous sommes très vigilants, mais dire qu’on maîtrise la problématique serait présomptueux.

Y a-t-il eu beaucoup de cas d’abus sexuels par des religieux à Genève?

J’ai été confronté à une quinzaine de cas en tout, dont des cas très anciens et prescrits. Depuis 2011, il n’y a pas eu de cas portés à ma connaissance à Genève.

En vingt ans, la société a changé. Quelles évolutions représentent les plus gros défis pour l’Eglise?

Il y a certes moins de paroissiens qu’avant mais je pense qu’ils sont plus nombreux à être convaincus. Je préfère la situation d’aujourd’hui, même si les églises sont un peu vides! Désormais, l’Eglise ne se présente plus comme une présence qui impose la foi, mais elle propose. Il y a une telle pluralité que l’ECR n’est qu’une proposition parmi d’autres. Elle n’est plus en position de force mais est en décalage, elle court après la société et doit se profiler autrement; nous avons commencé à le faire.

Par exemple en lançant une campagne avec des selfies et en ouvrant un compte Facebook?

Notamment. Répandre la parole de Dieu différemment, par d’autres canaux. Nous venons aussi d’organiser un Festival de cinémas, suivi de débats.

Êtes-vous vous-même adepte de Facebook?

(Il rit). Je connaissais l’existence de ces outils, nous avons eu une séance sur Facebook et toutes ces choses. Mais je ne les utilise pas. Par contre, je sais utiliser Internet!

Les gens donnent moins pour l’Eglise, qui accuse un déficit. Où trouver de nouvelles sources de financement? En vendant des églises? La contribution ecclésiastique stagne, en effet. Et comme elle repose essentiellement sur des personnes âgées, elle est appelée à diminuer. Nous avons mis en place de nouvelles stratégies pour encourager les dons et les legs, et trouver de sources de financement stables pour résorber notre déficit de 500 000 francs. Nous possédons de petits parcs immobiliers qui nous rapportent des revenus. Mais les églises appartiennent aux paroisses et il n’est pas envisagé de les vendre.

L’Eglise ne devrait-elle pas se réformer pour mieux répondre aux attentes de la société? Célébrer des unions homosexuelles, abolir le célibat des prêtres et accepter l’ordination de femmes? Je ne pense pas que célébrer des unions homosexuelles, ou même de divorcés, soit une évolution nécessaire pour être en phase avec la société. Je ne pense pas non plus qu’abolir le célibat et ordonner les femmes changera les choses. Des églises sœurs, comme les protestants, qui ont ces pratiques, connaissent les mêmes difficultés que nous à faire entendre le message de Dieu et à combler la pénurie de vocations. La vraie question est de savoir pourquoi si peu de personnes sont intéressées par une vie religieuse. Mon métier est passionnant!

Il exige tout de même quelques sacrifices non négligeables, dont le célibat…

Comme tout choix de vie, celui-ci comporte des renoncements. Mais personnellement, je ne ressens pas leur poids.

Une révolution semble en tout cas en marche: on raconte que le pape réfléchit à créer un évêché à Genève. Est-il opportun de scinder le diocèse?

Aucune décision n’a encore été prise. Je ne suis pas contre cette proposition, un évêque doit avoir un diocèse à taille humaine. Or, celui de LGF est très, voire trop grand. Il faut toutefois se poser cette question: cette décision semble pertinente aujourd’hui, mais demain? Dans cinquante ans, les communautés chrétiennes auront probablement fondu de plus d’un quart. Un évêché genevois se justifiera-t-il encore?

Que fera le Monseigneur lorsqu’il redeviendra Pierre? (Il sourit). Je ne démissionne pas au sens littéral. Je reste à disposition de l’Eglise, j’aiderai dans les paroisses, j’aimerais travailler avec les précarisés. Faire aussi des voyages, au Canada, où j’ai des amis, puis au Pérou et au Vietnam!

Créé: 21.06.2015, 18h08

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