Ecologique et économique, la terre revient à la mode

GenèveL’Etat a organisé deux jours de réflexion et de démonstration sur l’art de bâtir la terre. Et le charme a opéré aux Acacias.

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«J’aime ça et en plus je ne me salis même pas les mains», apprécie Ari (3 ans). Et d’exhiber fièrement le lissoir avec lequel il applique de la terre humide sur un muret en briques… moulées en terre elles aussi. La scène se passe ce samedi après-midi au Pavillon Sicli, aux Acacias. Depuis vendredi, à l’initiative de l’Office cantonal du patrimoine et des sites, «l’art de bâtir la terre» s’y décline sous toutes ses formes.

Et «cette incroyable modernité du plus ancien matériau de construction» n’attire pas que les passionnés. «Nous habitons juste en face. L’irruption d’un gros tas de terre et d’une pelleteuse nous a interpellés. Le rêve total pour Ari de pouvoir entrer dans un chantier… d’habitude interdit», indique sa maman. Contrairement à son enfant, Zoë n’hésite pas, elle, à mettre la main à la pâte: «Mmmmm, c’est si bon. Un retour à la simplicité qui donne envie de construire sa maison. Je suis sûre que ça parle aux gens, surtout en Suisse où on est attaché à la terre.»

Tassant du pisé dans un coffrage avec son mari Guillermo, Adair (67 ans) partage cet avis: «Très réjouissant de développer cette ressource qui peut sauver le monde. L’utilisation de ces matières premières qui respirent permet d’améliorer la qualité de vie!» Les deux fils architectes sont tout aussi motivés à entendre leur mère: «Ils sont très intéressés par ces vieilles méthodes de construction qui reviennent à la mode.»

De la terre crue aux tuiles, briques et enduits… la place de la terre dans les édifices patrimoniaux n’est plus à démontrer. Les habitations troglodytiques de Matmata, dans le sud tunisien, mais aussi les grottes de Mogao en Chine ou la cité de Shibam - pour ne citer que ces quelques exemples - en attestent. Et aujourd’hui encore, au moins un quart de la population mondiale habite dans des maisons en terre crue. Mais tempère Albert Garnier, administrateur à l’Office du patrimoine et des sites, «cette solution de construction est tombée en désuétude au fil du temps chez nous.» Une réalité qui n’interdit pas pour autant une renaissance de ce matériau, estime Sabine Nemec-Piguet, directrice de cet office: «Ecologique, locale, économique, recyclable et garante de simplicité et durabilité, la terre est porteuse d’avenir dans l’architecture contemporaine.» Et ce n’est pas son patron, le conseiller d’Etat Antonio Hodgers - venu ouvrir les feux vendredi matin sous le Grand Dôme du Pavillon Sicli où se sont tenues toutes une série de conférences - qui prétendra le contraire: «Arrêtons de résumer l’habitat en terre comme un habitat primitif. Il faut lui donner une image de modernité pour construire la Ville de demain.»

Bref silence. «Quand je pense à la problématique des remblais du CEVA à exporter, ajoute le magistrat Vert. Tous ces matériaux que l’on a sous la main pour construire et valoriser des métiers artisanaux! Même s’ils sont plus chers en termes de main-d’œuvre, on favorise ainsi un savoir-faire local à haute valeur ajouté.» Ce message politique ravit Emy, jeune architecte de 28 ans, qui se spécialise en architectures de terre à Grenoble, et Rodrigo Fernandez, de la société terrabloc, spécialisée dans les produits de construction en terre crue. Tous deux se sont dépensés sans compter durant ces deux jours pour convaincre le public que la terre est plus que jamais un patrimoine vivant et plein d’avenir.

Créé: 01.04.2017, 21h12

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