L’ école genevoise réussit son examen mais sans mention

Sondage «Tribune»Les lecteurs de la «Tribune» et des experts pointent une mauvaise prise en charge des jeunes en rupture.

Les cours le mercredi matin et l'anglais à l'école primaire semblent avoir passé la rampe sans anicroches.

Les cours le mercredi matin et l'anglais à l'école primaire semblent avoir passé la rampe sans anicroches. Image: Guiraud (Archives)

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L’école publique genevoise était attendue au tournant. Les cours le mercredi matin et l’anglais en primaire viennent d’être introduits, le nouveau Cycle d’orientation s’est fait épingler par la Cour des comptes pour «absence de contrôle», des coupes budgétaires de 4 millions de francs vont égratigner le Département de l’instruction publique (DIP) et, enfin, la rentrée de l’Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE) du secondaire vient d’être annulée, pour réformer un modèle qui dysfonctionne. Connaissant le penchant des Genevois pour le changement, on les aurait imaginés sévères au moment d’émettre un jugement sur l’école genevoise. Or l’enquête lancée par la «Tribune de Genève» auprès d’un panel de 105 lecteurs révèle une satisfaction pour le système en place. Ceux-ci lui attribuent un 6,7 sur 10, légèrement supérieur au résultat de 2012. Du côté des experts que nous sollicitons régulièrement sur l’éducation, même constance. L’école genevoise fait figure de bon élève. Mais le sondage fait ressortir des inquiétudes. Et c’est sans compter le séisme qui vient de s’abattre sur le Collège de Candolle et le Cycle de la Seymaz, menacés de fermeture, la nouvelle étant tombée alors que le sondage était bouclé.

Peu d’orientation professionnelle

La première préoccupation concerne les jeunes en rupture de formation. Chaque année, près de 1000 adolescents quittent l’école sans aucune certification. Et un élève sur quatre quitte le Collège sans maturité. Le nouveau système du Cycle d’orientation, instauré en 2011, avait notamment pour ambition de mieux orienter les élèves et d’éviter les réorientations multiples à la sortie de l’école obligatoire. Mais pour Salima Moyard, présidente de la Fédération des associations de maîtres du Cycle et députée socialiste, ce système n’améliore pas les conditions pour les élèves en difficulté. «Il a accentué l’effet «ghetto» de certaines filières, en instaurant un clivage entre les «bons», les «moyens» et les plus faibles. De plus, le soutien individuel manque pour les élèves en difficulté, or c’est le seul moyen d’éviter qu’ils ne décrochent! Mais évidemment, cela a un coût…»

La présidente ajoute: «D’autre part, on n’en fait pas assez en termes d’orientation professionnelle. Les maîtres ne sont pas aussi bien formés qu’avant dans ce domaine, mais surtout le temps manque. Enfin, c’est aussi aux patrons d’entreprises de faire un effort: l’âge moyen d’entrée en apprentissage est de 18 ans! Il faut donner une chance aux jeunes.»

Formation des maîtres épinglée

Autre préoccupation: l’IUFE du secondaire. Fustigé depuis sa création, il sera réformé pour 2016. Il était temps car cette structure n’a plus aucune crédibilité pour 72% des sondés. Le volet formation pour les instituteurs du primaire, lui, fonctionne mieux. Mais il n’est pas pour autant épargné: les élus du Grand Conseil ont récemment demandé que le cursus soit raccourci, passant de quatre à trois ans de formation. «Partout en Suisse, la formation est sur trois ans! souligne Jean Romain, député PLR. Un enseignement théorique est nécessaire mais pas en parquant des élèves dans des auditoires. Il faut remettre l’accent sur la pratique. C’est ainsi que le métier s’apprend.»

Les parents d’élèves et le syndicat des enseignants du primaire (SPG) s’y opposent. «La palette des compétences requises s’étend sans cesse et on nous demande d’intégrer toujours plus les élèves à besoins particuliers, s’emporte Laurent Vité, président de la SPG. Trois ans c’est insuffisant, à moins de vouloir une école purement instructive où le maître se contente de lire des manuels.»

Un autre sujet est source de dissension entre le parlement et la magistrate: le Grand Conseil a voté pour que les directeurs du primaire consacrent une partie de leur temps à enseigner. Les lecteurs se rangent derrière les politiques, puisque trois quarts d’entre eux considèrent cette idée comme «bonne». Pour Jean Romain, «il faut un pied dans l’administratif et un autre dans la pratique, cela se fait dans d’autres cantons. Les directeurs pourraient donner un coup de main pour les cours d’appui par exemple. Quant à leur tâche administrative, ils ont des maîtres adjoints qui les en déchargent d’une partie!» Et ces directeurs sont un échelon hiérarchique supplémentaire qui engendre des coûts, selon des députés. Laurent Vité trouve «affolant» de voir que les lecteurs soutiennent cette proposition. «On n’envisage pas une telle mesure pour le Cycle ou le Collège! Les directeurs sont un soutien hiérarchique et des interlocuteurs privilégiés pour les parents, quand ils jouent leur rôle correctement.»

Mercredi d’école: passage réussi

Quant aux deux gros changements de la rentrée 2014 – l’introduction du mercredi matin et de l’anglais – ils semblent avoir passé la rampe sans anicroche. Difficile d’évaluer l’impact de ces réformes sur le quotidien des Genevois, les sondés sont partagés. En revanche, les échos recueillis par le Groupement des associations de parents d’élèves du primaire (GAPP) font état d’une transition réussie, hormis des difficultés dans l’organisation des activités extrascolaires. La mise en place d’un accueil le mercredi midi s’est aussi avérée compliquée. Globalement, le constat est identique partout: la fréquentation est inférieure à celle escomptée. Des communes ont déjà annoncé qu’elles procéderont à des ajustements à la rentrée. Pourtant, une majorité des lecteurs estime cette offre nécessaire. «Les besoins existent mais varient selon les communes, rapporte Anne Thorel-Ruegsegger, coordinatrice du GAPP. De plus, certains parents se sont inscrits pour être sûrs d’avoir une prise en charge mais ils se sont finalement organisés autrement. Nous sommes encore dans un temps d’adaptation, il est trop tôt pour le bilan.»

Enfin, l’école publique genevoise reste au coude-à-coude avec l’enseignement privé, comme en 2012. 44% des lecteurs font autant confiance au privé qu’au public. Comment l’expliquer? «L’école privée a fait ses preuves à Genève, répond Sean Power, président de l’Association genevoise des écoles privées. Près de 17% des jeunes y sont scolarisés, soit 12 000 élèves. Sa force est de proposer un accompagnement personnalisé et diversifié grâce à une pluralité de filières, dont la maturité suisse, le bac français et international, et des méthodes pédagogiques différentes, comme dans les écoles Montessori et Steiner.» (TDG)

Créé: 10.03.2015, 10h18

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