«L’école est devenue un véritable hôpital de jour»

EnseignementLe député PLR Jean Romain est un tenace pourfendeur de l’école. Dernier succès: sa motion sur le «laxisme» en fin d’année scolaire

Jean Romain dépose tous azimuts motions et interpellations pour déconstruire les réformes des années 90 et façonner «son» école.

Jean Romain dépose tous azimuts motions et interpellations pour déconstruire les réformes des années 90 et façonner «son» école. Image: DR

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Le député PLR Jean Romain, professeur de philosophie à la retraite et écrivain, est l’empêcheur de tourner en rond du Département de l’instruction publique (DIP). Critiqué mais respecté, il se mêle de tout, avec ténacité – voire obsession. Depuis son élection au parlement en 2009, il dépose tous azimuts motions et interpellations pour déconstruire les réformes des années 90 et façonner «son» école. Avec une certaine efficacité: le Grand Conseil a accepté sa motion pour réformer le Collège et celle pour raccourcir la formation des maîtres du primaire, notamment. Et sa motion contre le «laxisme» de fin d’année scolaire a été soutenue en commission. L’occasion de sonder cet infatigable pourfendeur de l’école.

Empêcheur de tourner en rond du DIP, comment qualifieriez-vous vos rapports avec ses magistrats successifs?

Etre un empêcheur de tourner en rond est le rôle d’un député! Avant la votation sur les notes (ndlr: avec l’Association refaire l’école, dont il est membre, Jean Romain a plaidé pour la réintroduction des notes au primaire, entérinée par le peuple en 2006), Charles Beer était très cassant. La suite fut plus facile. Quant à Anne Emery-Torracinta, l’avantage est qu’elle est enseignante, je n’ai pas besoin d’expliquer sans cesse de quoi je parle.

Vous vous attelez à démanteler les réformes entreprises ces dernières décennies. Pour revenir à l’école de grand-papa?

Je ne suis pas opposé à faire évoluer la structure de l’école. C’est l’enchaînement de réformes qui me dérange. Je ne veux pas tout supprimer, je veux faire table rase du mauvais passé. Je souhaite un retour à la tradition scolaire, pas à une école traditionnelle où on donnait des coups de règle, où le prof avait toujours raison. Mais une école qui transmet pas à pas des savoirs.

Pourquoi cette kabbale contre les pédagogues et leur tendance à placer l’élève au centre de l’enseignement?

Les «pédagogos» ont proposé une vision de l’école où l’élève est roi; c’est lui le petit dieu sur lequel tout se règle, les rythmes adaptés, les options, les savoirs «construits», l’évaluation «formative», les devoirs, la cogestion de la classe, etc. L’école à grand-papa était une école du maître au centre. Aujourd’hui, nous avons l’élève au centre, je prône les connaissances au centre.

Pour vous, l’école doit donner à chacun la possibilité de se réaliser. Vous soutenez donc l’école inclusive?

Non. Certains handicaps sont assez lourds et les intégrer dans une classe régulière force à une modification du rôle de l’école, car une médicalisation de l’institution sera alors nécessaire puisqu’on impute l’échec scolaire à des dysfonctionnements individuels, à des troubles qu’il faut soigner. Ce type d’interprétation médico-psychologique de l’échec scolaire n’incite pas à s’interroger sur la construction des difficultés d’apprentissage au sein même des classes. Or de nombreux travaux sociologiques montrent que les inégalités d’apprentissage se construisent aussi au sein des dispositifs d’enseignement. Si la faute incombe à un trouble individuel, toute remise en cause des méthodes ou du climat scolaire est reléguée au second plan.

On laisse alors les plus faibles en marge. Vous plébiscitez une école plus élitiste?

Je n’ai jamais dit ça! Il faut une école exigeante, sinon les familles aisées offriront une école exigeante à leurs enfants et donc on favorisera ceux qui le sont déjà.

Vous dénoncez aussi une «médicalisation» de l’école, qui doit «guérir de tous les maux, malbouffe, drogue, stress»…

L’école est devenue un hôpital de jour. Son rôle n’est pas de guérir l’élève, c’est de l’instruire! Si elle ne le fait pas, personne ne le fera. L’école a certes une dimension sociale mais désormais elle milite au lieu d’instruire.

Vous vous gargarisez d’avoir «tout gagné». Pourtant, en 2011, votre initiative pour introduire des notes de comportement à l’école obligatoire a été un échec…

Nul gargarisme, mais un fait: avec le PLR, nous avons gagné tous les objets parlementaires du dossier scolaire.

Vous régnez en maître au PLR sur les questions de l’école. Excepté sur le thème du port du voile à l’école…

Pas de règne, mais une détermination et une ligne claires! Je suis effectivement contre le port du voile et des signes d’appartenance religieuse dans des lieux où se joue la République (hôpitaux, parlement, école, etc.) et je n’ai pas peur d’être en porte-à-faux. Une déferlante va bientôt arriver, avec l’initiative nationale lancée par l’UDC. Il faut anticiper, sinon on rate le coche. On ne peut pas faire l’économie de cette réflexion.

Votre prochain combat?

Modifier la 9e année du Cycle, qui, pour l’instant, n’est qu’une prolongation du primaire. On veut donner les mêmes cours à tous, je veux corriger cela. Et donc supprimer le latin pour tous. Et je poursuis mon action pour simplifier le système à options du Collège.

Créé: 09.11.2015, 18h36

«Il faut redonner de l’autorité au maître»

Vous critiquez la manière de faire du maître d’aujourd’hui, «fonctionnaire qui transmet de manière ludique». On n’apprend bien qu’à la sueur de son front?

Quelqu’un qui gravit une montagne peut prendre du plaisir, et pourtant ce n’est pas forcément ludique… La société a décrété que tout plaisir ne peut qu’être ludique, c’est faux! Il y a du plaisir à se confronter à des difficultés, une satisfaction de réussir à les surmonter.

Vous martelez qu’il faut repenser le principe d’autorité. Qu’est-ce qui fait défaut à cet «assistant social qui fait du gardiennage d’ados»?

Quand un prof du Cycle passe trente?minutes pour obtenir le silence, qu’il lui reste quinze?minutes pour enseigner, il y a un problème. On a perdu l’autorité après Mai 68, où on a «interdit d’interdire», où toute autorité était perçue comme autoritaire. Il faut redonner de l’autorité au maître, on ne peut pas transmettre sans ça. Je ne parle pas ici de l’autorité du dominus, de l’autorité de commandement. Je parle de l’autorité du magister, celui qui fait autorité parce qu’il maîtrise les connaissances. Mais pour que cette autorité puisse être rétablie, il faut le soutien des parents. Or celui-ci a disparu, et bien souvent même ils s’érigent contre les profs…

Pour vous, l’enseignant manque de liberté et doit se plier «à d’innombrables et stupides consignes». Il ne devrait rendre de comptes à personne?

Bien sûr que non, c’est un fonctionnaire de l’Etat et il a une mission, un cahier des charges. Par contre, à force de devoir sans cesse rendre des comptes, à cause d’un système technocrate, il est aujourd’hui réduit à sa fonction. En bridant sa liberté, on lui ôte sa dimension humaine et le plaisir d’enseigner.

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