«Pas question de fonctionnariser les éboueurs à tricycle de Carouge»

PolémiqueLe SIT et Solidarités dénoncent les emplois de solidarité. L'élu vert de la cité sarde, Nicolas Walder, répond.

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Les éboueurs juchés sur des tricycles à assistance électrique, que l'on voit notamment à Carouge, sont payés 3250 francs par mois par l'association Partage. «C'est un scandale», jugent le Syndicat indépendant des travailleurs (SIT) et le parti politique Solidarités. «Sous prétexte d'écologie et de réinsertion sociale, on impose à des chômeurs en fin de droit des conditions de travail épouvantables», déclarent les deux associations. Elles exigent que Carouge et les autres collectivités publiques embauchent ces chômeurs en fin de droit comme des fonctionnaires de la Voirie communale qui touchent au moins mille francs de plus et bien d'autres avantages. «Irréaliste», estime en l'état l'élu carougeois Nicolas Walder qui promet de vérifier la plainte du SIT.

S'il s'agit de réinsérer des travailleurs, les collectivités publiques doivent utiliser le système des allocations de retour en emplois (ARE), résume Manuella Cattani, secrétaire permanente du SIT. Contrairement aux emplois de solidarité dont le salaire est fixé par la loi à 3250 par mois, les ARE s'alignent sur les salaires en usage ou conventionnels.

Le patron de Partage reste zen

A un jet de pierre du café du Marchand de sable, où deux permanents syndicaux et deux militants de Solidarités ont réuni les médias ce mardi, Vincent Gall, patron de l'association Partage, se sait dans le viseur. Il reste zen dans ses entrepôts de l'avenue Cardinal-Mermillod: «Nous employons 57 chômeurs en fin de droit, tous sans formation. Tous gagnent plus que leur situation antérieure et ont retrouvé un vrai boulot. Si nous ne les avions pas embauchés, ils seraient désœuvrés, à l’assistance publique.» Vincent Gall se refuse à entrer dans le débat politique qui ne concerne au fond pas Partage. Actuellement près de quatre-vingts associations sont sous contrat avec l'Etat.

Élodie de Weck, Manuella Cattani pour le SIT, Jocelyn Haller et Jean-Marc Richard, conseiller municipal à Carouge, pour Solidarités, n'en disconviennent pas. C'est tout le système des emplois de solidarité qu'ils remettent en cause. L'association Partage connue pour les samedis du partage et le système des éboueurs légers, n'est qu'une des associations les plus actives de l'économie sociale et solidaire du canton. Pro Juventute, qui vient de créer douze emplois d'assistants à l'intégration scolaire, a également été dénoncé en mars dernier. Trop d'associations, à qui l'Etat et les communes ont coupé les budgets, sont contraintes de recourir à ces emplois ou à des stagiaires sous-payés, estiment les syndicalistes qui annoncent d'autres actions.

Si la municipalité de Carouge est particulièrement visée, c'est qu'un des initiateurs du projet, Marc Nobs, conseiller administratif PLR en 2009, lors du lancement de Cyclotri, est devenu codirecteur de Partage. «A mi-temps», précise Vincent Gall, qui a lui-même dû ralentir son rythme de travail à la suite d'un accident de santé. «Chez nous, le salaire du patron ne dépasse pas quatre fois celui de l'éboueur....»

Un peu plus de mille emplois de solidarité

A Genève, entre mille et mille cinq cents personnes sont concernées par les emplois de solidarité. Ils sont une cinquantaine à la voirie de Carouge, dont dix circulent sur des triporteurs. Ils touchent un salaire minimum fixé par la loi, composé d'un versement de l'employeur et d'un subside de l'Etat. «Carouge a voté une ligne budgétaire de 340'000 francs pour les emplois de solidarité, précise Jean-Marc Richard, de quoi embaucher, à son avis, trois à cinq fonctionnaires.»

Le problème pour le SIT et Solidarités, c'est qu'une économie parallèle se met en place, dont profitent de manière indue les collectivités publiques. Selon Élodie de Weck, certains sont dans cette condition depuis plusieurs années, sans espoir d'en sortir. Pire Carouge et d'autres communes profitent de ces emplois pour ne pas engager de vrais travailleurs. Jean-Marc Richard est, par exemple, convaincu que l'entretien par la Voirie carougeoise du nouveau quartier de la Tambourine a été possible sans augmentation des effectifs en raison précisément du partenariat avec Partage. «Un partenariat qui depuis 2009 n'a par ailleurs fait l'objet d'aucun contrat écrit», s'étonne l'élu de Solidarités.

Nicolas Walder va vérifier les accusations du SIT

En charge de la Voirie carougeoise depuis deux ans, le conseiller administratif Vert Nicolas Walder organise le 26 septembre pour l'ensemble du Conseil municipal une réunion d'information sur le partenariat entre la commune et l'association Partage. Le conseiller administratif n'envisage pas en l'état d'internaliser les cyclotris dans les services communaux. «Cela n'est pas réaliste. Il faudrait rajouter au bas mot 800'000 francs au budget pour pouvoir engager les dix personnes à la voirie.» Actuellement près de trois quarts des salaires des EdS sont pris en charge par l'Etat.

Pour le reste, l'élu vert, qui a participer directement à l'élaboration du système des emplois de solidarité quand il était directeur de Genèveroule, association pionnière dans le domaine, indique prendre très au sérieux les allégations du SIT. «Bien que nous ayons toujours eu des retours très positifs concernant cette association, il est de notre devoir de vérifier les accusations du SIT.»

«Le partenariat avec Partage nous coûte plus cher que si nous assurions des activités traditionnelles de voirie (passage du camion deux fois par semaine). C'est donc bien qu'il ne s'agit aucunement de sous-traitance à bas prix. D'ailleurs Carouge, contrairement à de nombreuses communes, a sa propre voirie tout comme sa propre police municipale en recourant le moins possible à de la sous-traitance», indique encore Nicolas Walder.

Créé: 20.08.2013, 15h25

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Nicolas Walder va vérifier les accusations du SIT

En charge de la Voirie carougeoise depuis deux ans, le conseiller administratif Vert Nicolas Walder organise le 26 septembre pour l'ensemble du Conseil municipal une réunion d'information sur le partenariat entre la commune et l'association Partage. Le conseiller administratif n'envisage pas en l'état d'internaliser les cyclotris dans les services communaux. «Cela n'est pas réaliste. Il faudrait rajouter au bas mot 800'000 francs au budget pour pouvoir engager les dix personnes à la voirie.» Actuellement près de trois quarts des salaires des EdS sont pris en charge par l'Etat.

Pour le reste, l'élu vert, qui a participer directement à l'élaboration du système des emplois de solidarité quand il était directeur de Genèveroule, association pionnière dans le domaine, indique prendre très au sérieux les allégations du SIT. «Bien que nous ayons toujours eu des retours très positifs concernant cette association, il est de notre devoir de vérifier les accusations du SIT.»

«Le partenariat avec Partage nous coûte plus cher que si nous assurions des activités traditionnelles de voirie (passage du camion deux fois par semaine). C'est donc bien qu'il ne s'agit aucunement de sous-traitance à bas prix. D'ailleurs Carouge, contrairement à de nombreuses communes, a sa propre voirie tout comme sa propre police municipale en recourant le moins possible à de la sous-traitance», indique encore Nicolas Walder. (JFM)

Vincent Gall reste zen

Vincent Gall, directeur à mi-temps de l'association Partage, ne s'émeut pas outre mesure des critiques du syndicat SIT et de Solidarités: «J'applique la loi au mieux de son esprit. je n'ai pas le loisir de la modifier.»

Créée par Vincent Gall en 2005 et basée à l'avenue Cardinal-Mermillod à Carouge, l'association Partage a dynamisé l'aide sociale à Genève. L'association est surtout connue pour le Samedi du partage et la collecte de nourriture, 1470 tonnes en 2012. Elle sait aussi soigner sa pub comme en témoigne cette vidéo postée sur Youtube.

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