Un duo de pinceaux fait danser corps et chevelures

Les fresques urbaines 1/6Reliés par leur tignasse, les personnages du collectif Le Crabe et la Mécano s’égayent en noir et blanc à la rue Jean-Gutenberg.

Fresque réalisée par le collectif Le crabe et Mécano du 16 rue de Jean-Gutemberg.

Fresque réalisée par le collectif Le crabe et Mécano du 16 rue de Jean-Gutemberg. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Ils sont en tenue de sport, mais semblent plus enclins à lézarder au creux de l’été. Au numéro 16 de la rue Jean-Gutenberg, une petite vingtaine de personnages réjouis paresse sur la façade d’un vieil immeuble. Hommes, femmes ou un peu des deux à la fois, ils se jouent des obstacles du bâti en ployant leurs corps souples dans des mouvements qui ont le moelleux du rêve. La dimension onirique du dessin se trouve renforcée par le fait que tous les protagonistes évoluent dans une communauté de chevelure, comme pris dans une ardente toile de vie.

Réalisée à la demande du concept store Foound pour son ouverture en 2015 – l’établissement a, depuis, déménagé à deux pas –, cette fresque en noir et blanc d’au moins dix mètres sur quatre est l’œuvre d’un duo d’artistes féminin. Baptisé Le Crabe et la Mécano, ce collectif composé de la Genevoise Tina Schwizgebel et de la Française Mara Tchouhadjian travaille à quatre mains depuis une rencontre à Shanghai en 2014.

Leur première création en équipe représentait deux visages reliés par leurs cheveux sur un mur de la mégapole chinoise. Ce principe s’est fait marque de fabrique. «La chevelure, très forte en termes d’identité, est devenue une règle de jeu graphique, explique Mara. Car la ligne est l’essence même du bonheur de dessiner.» Il s’agit autant d’une façon de tisser des liens entre les figures qu’une relation entre les créatrices. «Au début d’un projet, nous posons chacune des personnages, chauves, raconte Tina Schwizgebel. Puis nous traçons les cheveux en nous mélangeant, comme dans une chorégraphie.» Il arrive parfois que le pinceau de Mara doive délivrer celui de Tina, captif d’un labyrinthe de nœuds, et vice versa. Difficile, d’ailleurs, d’identifier deux pattes distinctes dans cette harmonie de traits.

Le tandem insiste sur le côté instinctif de l’ouvrage: «On réfléchit au présent, sans faire mille croquis, en cherchant la vibration.» De fait, spontanéité et fraîcheur traversent le motif. Les jeunes femmes fonctionnent au plaisir, dans une simplicité visant à «magnifier le quotidien, avec des petits détails marrants».

La réalisation de la rue Gutenberg disparaîtra prochainement. Mais les amateurs pourront découvrir l’univers du Crabe et la Mécano à l’occasion du Fesses-tival, qui tiendra sa 2e édition du 20 au 22 septembre à Genève.

Créé: 12.08.2019, 09h41

Il est toujours question des corps dans l’œuvre du Crabe et la Mécano. Le duo avoue une constante quête d’originalité dans les poses de ses personnages. «On a aussi la volonté de montrer la diversité des morphologies et des genres». Une certaine lascivité émane de ces silhouettes qui ne répondent pas aux canons de beauté traditionnels. Certaines réalisations de Tina et Mara sont beaucoup plus explicites. Mais se donner à voir dans la rue exige de la retenue.


Image : STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Cette création n’est pas un graffiti, qui exige de s’exécuter dans l’illégalité. Il s’agit d’une commande: on connaît le mandataire et les auteurs, dont les noms apparaissent. Le sigle du duo y figure aussi, soit un œil ouvert dans une fleur, doté d’une pince de crabe et d’un outil. La fresque a été taguée, ce qui rend les artistes «un peu tristes», même si elles acceptent de bonne grâce la loi du trottoir.


Image : STEEVE IUNCKER-GOMEZ

L’ensemble a la particularité d’avoir été conçu à la peinture plutôt qu’au spray. Mara et Tina travaillent toujours au pinceau, déroulant des lignes claires, sans beaucoup d’aplats – comme, ici, la culotte. Elles utilisent exclusivement le noir et le blanc. Une façon d’unifier le propos et d’établir, entre elles et avec le public, «des connexions plus évidentes».


Image : STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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