Drogue: Maudet veut pourrir la vie des consommateurs

InterviewCent jours après les débuts du chef du Département de la sécurité, la population attend des mesures concrètes. Celles-ci sont clairement promises. Vidéosurveillance à la clé.

Pierre Maudet, nouveau conseiller d’Etat, fait face à un premier écueil: le financement de la planification pénitentiaire, contesté par le Conseil d’Etat.

Pierre Maudet, nouveau conseiller d’Etat, fait face à un premier écueil: le financement de la planification pénitentiaire, contesté par le Conseil d’Etat. Image: OLIVIER VOGELSANG

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De la stratégie aux mesures concrètes. Après cent jours passés à la tête du Département de la sécurité, Pierre Maudet est attendu sur le terrain. Il annonce notamment qu’il s’attaque aux consommateurs de drogue, lance une étude sur la vidéosurveillance, développe des peines alternatives avec les bracelets électroniques, met en œuvre le concept de police-population pour lutter contre les cambriolages.

Pierre Maudet, envisagez-vous d’autres pistes que l’augmentation des places de prison?

Nous avons pu baisser le nombre de détenus en en renvoyant quelques-uns dans leur canton de résidence. Nous intensifions le projet-pilote de bracelets électroniques destinés aux détenus domiciliés en Suisse pour de courtes peines. Il y a quatorze dispositifs actuellement en service et nous en avons commandé dix de plus.

Comment juguler les violences dans la rue, l’une de vos priorités?

Je vise en premier lieu les «archirécidivistes», ceux qui occupent le plus police et justice. Selon un recensement sur quatre ans, cela concerne une cinquantaine de personnes, dont l’une a commis 344 infractions! J’ai demandé à ce que la police mène une action contre ces «criminels d’habitude».

Comment agir contre eux?

La tactique policière consiste à compartimenter des terrains clés et à occuper ces zones de façon différente et plus régulière. L’objectif est de lutter contre l’ancrage physique de ces malfrats dans certains secteurs, de stopper les guerres de territoire des petits caïds. Mais je n’en dirai pas davantage sur nos méthodes pour des raisons tactiques.

Comment évaluer l’efficacité de ce travail?

Nous n’avons pas encore énormément de recul. Dans le secteur de Cornavin, sur les mois d’août et de septembre, nous constatons une baisse des vols à l’astuce de 73% par rapport à l’année passée sur la même période. Les vols à la tire ont quant à eux diminué de 53%. Mais la difficulté consiste à croiser la réalité des chiffres et le ressenti de la population.

Le risque, c’est l’effet de déplacement...

Oui, et c’est pour cela qu’il faut tenir le terrain une fois reconquis.

Au fond, avec les mêmes moyens vous arrivez à réduire la criminalité…

C’est un tout. Il y a une meilleure cohérence entre la police et la justice. J’ai demandé à la police de revoir son approche. D’autre part, nous travaillons concrètement à la simplification des procédures administratives menées par les policiers. Et je proposerai à la fin du mois au Conseil d’Etat un projet de loi pour rendre aux agents la capacité de travailler sous couverture, en jouant les faux acheteurs de drogue ou les faux pédophiles.

Vous avez annoncé aux policiers ouvrir la réflexion sur la vidéosurveillance, mais son efficacité n’est pas prouvée et cela coûte cher…

Je veux aborder sans tabou la question de la vidéoprotection, la soumettre au Conseil d’Etat puis au Grand Conseil. J’ai constitué un groupe de travail pour mener cette réflexion d’ici à janvier. Les caméras sont efficaces dans les lieux fermés à l’instar des transports publics. Elles sont dissuasives et rassurent. Mais il est vrai qu’elles sont réputées pour avoir peu d’effet sur le deal. Elles sont aussi moins efficaces dans les lieux ouverts.

Pour lutter contre les cambriolages, le concept police-population à la vaudoise n’est pas vraiment possible dans un canton urbain comme Genève…

Détrompez-vous! Nous devons aussi donner des réponses aux communes résidentielles ou rurales. Nous travaillons sur ce projet non pas pour transformer des habitants en policiers, mais pour les sensibiliser. La police doit aussi assumer cette dimension de prévention.

Pour combattre le deal de rue, comptez-vous attaquer les consommateurs?

Oui, il n’y a pas de tabou. C’est un marché d’offre et de demande. L’approche consiste à compliquer la vie des consommateurs. La plupart d’entre eux viennent se fournir en voiture auprès des dealers de rue. On ne peut pas laisser au volant des gens qui possèdent des psychotropes sur eux. Après l’intervention des policiers, l’Office cantonal des automobiles et de la navigation, qui se trouve dans mon département, doit pratiquer des retraits de permis et des séquestres de véhicules. Nous appliquons toute une série de règles existantes. Je compte gagner en efficacité en améliorant la transversalité.

Vous refusez que la police perde son temps pour certaines tâches. Exemple?

Une remise en question des habitudes de la police est nécessaire. Un seul exemple: j’ai appris mardi soir qu’une voiture part, en principe, chaque jour de chacun des douze postes du canton pour apporter les objets trouvés au service du même nom. Quelle mobilisation inutile de ressources! Je veux que cela change. Il est possible de transmettre cette tâche à une autre entité, pour restituer aux policiers leur mission régalienne.

Qu’avez-vous obtenu des gardes-frontière pour décharger la police?

J’ai obtenu l’accord des responsables du Corps des gardes-frontière pour que soit traité, du début à la fin, l’interpellation d’une personne et son suivi administratif. Et j’ai appris qu’entre dix et douze gardes-frontière supplémentaires seront affectés au canton de Genève.

Si le haut fonctionnaire est bon, il reste, s’il est mauvais, il part. C’est votre formule. Qu’en est-il de Monica Bonfanti?

Elle m’a présenté son plan d’action le mois passé et j’en suis satisfait. Je n’ai pas de raison de lui retirer ma confiance.

Vous craignez les polémiques. Pourquoi museler les syndicats et les cadres de votre département?

Je ne les crains pas, je les juge inutiles et veux consacrer mon énergie à lutter contre l’insécurité. Mettre de l’ordre dans la rue ne peut se faire que si l’on met de l’ordre dans la boutique.

En reprenant le département d’Isabel Rochat vous avez dit partir de –1. Vous la tuez politiquement…

Non! Très franchement, elle m’a remis un département en meilleur état qu’elle ne l’avait trouvé.

Créé: 11.10.2012, 07h21

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