Drame de Saint-Jean: les interpellations se succèdent ce lundi

Fait diversUn habitant du quartier est le premier suspect à être arrêté après ces agressions sauvages de janvier. D'autres arrestations viennent de suivre.

L'une des victimes a été retrouvées gisant devant le temple de Saint-Jean.

L'une des victimes a été retrouvées gisant devant le temple de Saint-Jean. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Six mois après les agressions sauvages de deux hommes dans le quartier de Saint-Jean, la police a procédé, lundi matin, à une arrestation à Genève. Habitant à Saint-Jean, un jeune suisse de 18 ans se retrouve aujourd’hui suspecté d’être un des protagonistes de ces tabassages. L'homme, défendu par Mes Guerric Canonica et Simine Sheybani, conteste les faits qui lui sont reprochés. Il sera entendu demain par le Ministère public. Quel est son rôle? A-t-il un alibi? Va-t-il donner le nom d’autres personnes présentes le soir des faits? Quoi qu’il en soit, le jeune majeur a été entendu lundi comme prévenu. Il s’agit de la première interpellation dans ce dossier, mais selon les informations recueillies par la Tribune de Genève, de nouvelles interpellations ont eu lieu ce lundi après-midi.

L’enquête avance

Rappelons que dans la nuit du 6 au 7 janvier, un Suisse de 37 ans et un Tunisien de 36 ans ont été tabassés, notamment sur la tranchée couverte. Le premier plaignant, d’origine haïtienne, a été opéré plusieurs fois en urgence après des hémorragies cérébrales. Il va mieux et a pu être entendu le mois dernier par les inspecteurs de la police judiciaire. Cette victime, qui garde une longue cicatrice entre le haut du crâne et son oreille droite, s’est exprimée pour la première fois en présence de sa représentante légale, Me Laura Santonino.

Le second plaignant est dans un état bien plus critique. Egalement blessé à la tête, ce Nord-Africain, défendu par l’avocat Simon Ntah, ne se souvient de rien. Il est au plus mal. Au lendemain de ces agressions, le Ministère public avait ouvert une procédure pour double tentative de meurtre.

Retour sur la nuit des faits: les deux hommes passent une partie de la soirée à discuter sur la tranchée couverte. Soudain, vers une heure du matin, plusieurs agresseurs surgissent et les rouent de coups, notamment sur la tête. Le plus âgé perd connaissance. Il est retrouvé trois heures trente plus tard, par les secours, sur la tranchée couverte et entourée de végétation. Inconscient.

Le Tunisien, lui, a dans un premier temps réussi à échapper à ses agresseurs. Il a tenté de se réfugier dans un immeuble du quartier pour se mettre à l’abri. Mais il lui manquait le code d’accès. Les malfrats l’ont alors rattrapé et l’ont frappé encore lourdement à la tête. Les ambulanciers l’ont retrouvé, très grièvement blessé, devant le temple de Saint-Jean. Les assaillants avaient pris la fuite.

Les enquêteurs tiennent donc aujourd’hui un premier suspect. Sont-ils parvenus à ce résultat en utilisant l’ADN retrouvé sur le lieu du crime? Grâce au témoignage de la victime?

Contactée après cette première arrestation, Me Santonino se «réjouit simplement que cette enquête avance». Même réaction de Me Ntah: «C’est un premier pas et nous espérons que les responsabilités vont pouvoir être établies au plus vite.»

Quid de l’état de santé des victimes? Le plaignant tunisien va mal. Ses perspectives de guérison sont très sombres, selon son avocat. Aîné d’une fratrie, arrivé en Suisse durant son enfance, il ne pourra plus jamais vivre sans assistance.

Son ami a eu plus de chance que lui. Même s’il a été dans le coma durant plusieurs jours après l’agression et malgré ses cicatrices à la main et à la tête, il s’en sort bien: «Il ressent des picotements récurrents et obsédants à la tête. Pourtant, il n’a ni colère ni ressentiment», fait savoir Me Santonino. Il prend tout de même des antidépresseurs et suit une psychothérapie. Celui qui se considère comme un miraculé ne comprend toutefois pas comment il a pu être victime avec son ami d’un tel déchaînement de violence: «Je ne pensais pas que quelque chose comme ça était possible à Genève», a déclaré en audience ce Suisse d’origine haïtienne.

Les deux plaignants, sans antécédents judiciaires, sont réputés pour être pacifiques, selon plusieurs témoins.

ADN: approche inédite

Dans notre édition du 20 juin, nous révélions que la justice planchait sur la piste de l’ADN familial. Est-ce cette technique qui a conduit les enquêteurs au premier prévenu? Pour l’heure, rien ne filtre.

Cette approche, inédite, repose sur une composante «familiale» de l’identité génétique: chaque enfant possède un allèle (c’est-à-dire une version d’un gène héréditaire) du père et un allèle de la mère. En se fondant sur ce point commun, les enquêteurs espèrent identifier non plus l’auteur mais un membre de sa famille. Tout repose sur un pari: l’hypothèse que le père, la mère, l’oncle ou le frère aurait déjà eu affaire à la justice. Si la police y a recours, c’est qu’elle dispose du profil génétique de l’un des auteurs mais que ce profil n’est pas dans le fichier ADN suisse – il n’a pas fait de «hit» comme on dit dans le jargon policier. Probablement parce que l’auteur n’y est pas fiché, peut-être en raison de son jeune âge. «Grâce à l’analyse de l’ADN familial, les policiers peuvent remonter à l’auteur, à condition qu’un membre de sa famille soit répertorié dans le fichier ADN suisse», précise un agent spécialisé en criminologie.

Créé: 03.07.2017, 11h21

Articles en relation

Drame de Saint-Jean: un «miraculé» est entendu

Agressions L’état de santé de la seconde victime empire. L’étau se resserre autour des auteurs du tabassage. Plus...

Tentatives de meurtre à Saint-Jean: une victime est sortie du coma

Genève Le plaignant sera entendu dans le courant du mois par la police judiciaire. Plus...

Deux hommes passés à tabac à Saint-Jean

Agression Hospitalisés, ces trentenaires sont dans un état critique. Le quartier est sous le choc. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Quand reprendre le travail?
Plus...