Le DIP biffe douze postes de directeurs au primaire

Ecole genevoiseLa fonction a été reconfigurée pour donner plus d'autonomie aux écoles. Le département a recasé les fonctionnaires dans d'autres fonctions.

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A la rentrée, il y aura douze directeurs du primaire en moins. Le Département de l’instruction publique (DIP) a annoncé officiellement la suppression de ces postes aux collaborateurs hier. Le nombre de directeurs passera donc de 73 à 58, en comptant que trois postes sont inoccupés et donc n’existent théoriquement déjà plus. Il y a donc douze personnes à réaffecter à d’autres fonctions, avant la rentrée 2015.

Ces fermetures de postes s’inscrivent dans un projet de reconfiguration de la fonction de directeurs au primaire. En 2008, 93 postes de directeurs sont créés. Certains sont à la tête de petites écoles, d’autres de mastodontes, certains sont à mi-temps, d’autres à temps plein. Le système est hétérogène et ne fait pas l’unanimité, notamment auprès des députés du Grand Conseil. Ceux-ci ont accepté fin novembre une motion de l’UDC demandant que ces directeurs consacrent une partie de leur temps à l’enseignement. Ils estiment en effet que cette fonction est «superflue», et «un échelon hiérarchique supplémentaire qui engendre des coûts». Ils reconnaissent que les tâches administratives sont réelles mais, selon eux, les directeurs en sont en partie déchargés par leur équipe administrative.

Diminuer le nombre de directeurs plutôt que de le faire enseigner

Le syndicat des maîtres et les parents d’élèves sont opposés à ce projet. Tout comme le DIP. Sa cheffe, Anne Emery-Torracinta, a choisi une autre voie: diminuer le nombre de directeurs et reconfigurer leur cahier des charges. Ceci pour renforcer leur rôle de cadres, conférer plus d’autonomie aux écoles «et stabiliser enfin le système». Ainsi, les petites écoles ont été regroupées afin de constituer des établissements avec des effectifs à peu près homogènes, entre 400 et 750 élèves. Le cahier des charges des directeurs a été modifié, pour plus d’autonomie des établissements. Par exemple, le directeur aura encore plus de responsabilité en matière de ressources humaines, il lui incombera de gérer les engagements. La mesure d'Anne Emery-Torracinta est risquée: les motionnaires ont déjà prévenus qu'ils ne se contenteraient pas d'une réduction de postes et qu’ils pourraient déposer un projet de loi…

Il faut un vrai pilote

«Le primaire a besoin de directeurs! défend Paola Marchesini, directrice générale adjointe de l’enseignement obligatoire. Il en existe au cycle et au secondaire II, pourquoi au primaire ce serait superflu? Le fonctionnement et les enjeux au cycle sont différents mais ils ne sont pas autrement plus complexes qu'au primaire. Un enseignant s'occupe de ses élèves mais ne peut pas faire fonctionner un établissement, il faut un pilote! C'est le directeur qui met en place les réseaux de soutien pour les élèves les plus fragiles, lui qui gère la relation entre l'école et des situations familiales parfois complexes, lui qui fait le lien avec les communes, qui évalue les enseignants, entre autres.»

Douze directeurs vont donc devoir quitter leur fonction. Comment ont-ils été «choisis»? «Ce sont des personnes qui ont accepté de renoncer à leur fonction», répond Paola Marchesini. C’est plutôt surprenant... «Le nouveau cahier des charges entraîne un renouvellement de la fonction, c’est un changement important. Il y a une prise de responsabilité supplémentaire, ils doivent travailler autrement. De plus, la fonction exige désormais un taux de 100%, cela a pu décourager certains collaborateurs qui travaillaient à des taux inférieurs. » Anne Emery-Torracinta précise: «Mais tout cela ne s’est pas décidé du jour au lendemain, il y a eu une phase de concertation, les collaborateurs ont toujours été tenus au courant de l’avancée du projet!»

Certains retournent à l'enseignement

Que deviendront ces douze directeurs? «Environ un quart quitte l’Etat, un autre quart est favorable à retourner à l’enseignement. Pour le reste, nous sommes dans une phase de discussion, nous leur proposons des postes dans leur domaine de compétences.» Qui des salaires de ceux qui retournent à l’enseignement, conserveront-ils leur paie de directeurs? «Ils gardent leur classe salariale, comme c’est la règle à l’Etat lorsqu’il y a une suppression de poste, répond la magistrate. Mais la personne ne perçoit plus d’annuités, son salaire est bloqué.»

La réduction du nombre de directeurs ne va donc pas entraîner d’économies... «Ce n’est pas une mesure d’économies mais une mesure pour davantage de cohérence dans le système scolaire, répond la magistrate. Mais elle n’engendrera pas de coûts supplémentaires.»

Un mal pour un bien

Pour le président de l’association des directeurs d'établissements du primaire, François Stocco, cette mesure est «un mal pour un bien». «On ne saute évidemment pas de joie mais si ça peut permettre aux directeurs d’être reconnus par l’opinion publique… enfin, surtout par certains politiques car nos partenaires (parents, maîtres et communes) sont satisfaits. Et il faut pouvoir retrouver un poste qui satisfasse ceux qui ont dû quitter leur fonction.» (TDG)

Créé: 19.03.2015, 13h57

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