Les douanes filtrent, les frontaliers trinquent

ReportageLes fermetures de près de la moitié des postes frontière provoquent des bouchons monstres. Mais la mesure semble acceptée.

Image: Magali Girardin

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Une trentaine de douanes de la région de Genève ont été totalement ou partiellement fermées lundi à minuit. Quinze sont ouvertes. Les effectifs des gardes-frontière qui travaillent d’ordinaire en profondeur dans le territoire sont de retour en force dans les guérites. Et, du coup, dès l’aube, les voitures françaises à destination de Genève s’encolonnaient aux points désignés, les occupants montrant leurs papiers. Bardonnex, Vallard, Fernex offrent le même spectacle. «Je n’ai jamais connu ça», murmure avec une sorte de stupéfaction admirative un gradé suisse en observant le spectacle de Moillesulaz. Selon la RTS, la situation des petites douanes serait en revanche presque normale.

Un refoulé déprimé

Aux douanes, certains n'ont pas les papiers nécessaires pour passer et doivent rebrousser chemin. À Ferney, c’est le cas d’un quadragénaire, venu récemment du Portugal et qui parle encore peu le français. Il habite à Gex et travaille à Genève dans une entreprise de pose de fenêtres. Il n’a pas encore eu le temps de faire son permis. Et malgré sa carte AVS et des attestations de salaires que son employeur lui a envoyées via WhatsApp, il n’a pas pu passer. S’il ne peut plus travailler, il pense retourner au Portugal. «Mais est-ce que je pourrai rentrer chez moi avec toutes ces frontières fermées», se demande-t-il, en attendant de reprendre le bus pour Gex.

À la douane de Moillesulaz, les automobilistes résignés, mais compréhensifs égrainent volontiers leurs temps d’attente: deux heures pour l’un qui arrive de Taninges, une heure quarante pour l’autre qui vient de Contamine-sur-Arve. Quarante-cinq minutes pour une femme partie de… Gaillard, à un jet de rissole du poste de douane, et qui se rend à Chêne-Bourg récupérer son ordinateur professionnel!

«Ma première patiente m'attendait»

Les parcours habituels sont allongés d’une à deux heures. C’est le cas de cette technicienne en radiologie médicale, qui travaille aux HUG et qui piétine dans les bouchons à 8h15. «Je suis partie il y a presque deux heures de Ségny. Je suis censée être appelable en trente-cinq minutes. C’est de la folie. Ma première patiente m’attendait à 8 heures. J’ai pu transmettre les infos par téléphone et le travail a pu se faire sans moi, mais ce n’est pas possible.»

Elle envisage de passer les nuits à Genève, chez des amis ou en profitant des chambres que les HUG semblent avoir réservées. Un choix toutefois difficile à faire. Cette jeune femme a deux jeunes enfants et son mari, cuisinier, est lui aussi frontalier.«Ils pourraient au moins mettre en place des voies prioritaires pour le personnel soignant pour éviter les bouchons.»

Vers 9 heures à Thônex, la situation s’améliore les files diminuent. À Vallard, la file qui s’échelonnait à l’aube jusqu’à Étrembières n’a plus que 300 mètres: le gros des travailleurs est passé. Parfois, pourtant, la bonne humeur est relative: «Vous devriez mettre un masque pour questionner les gens», lance au douanier une automobiliste avant d’accélérer en trombe sur cette flèche de Parthe.

Les piétons filtrés aussi

«Hep, hep, vous passez où? C’est ici que ça se passe!» tonne une gradée à un piéton avec une belle voix de commandement. À Moillesulaz, en plus des voitures, on s’intéresse de près aux nombreux piétons qui se précipitent dans les trams. «J’allais vers votre collègue!» répond l’interpellé piqué au vif. Vérification de papiers, il passe. Mais voici un groupe, qui trimbale bagages et skis. Ce sont des saisonniers Anglais qui espèrent retourner à la maison via Cointrin. «La saison est finie et on a peur de se retrouver coincé en France», dit Charley. Pour contrôler les trams venant de France, les agents y montent. Les voyageurs sans billets sont débarqués.

Une petite dame à cheveux blancs avec un fort accent italien rebrousse chemin aussi, et va rechercher des papiers. Elle revient un quart d’heure après, son mari en remorque. Il n’a pas l’air en forme. «On va à l’Hôpital», dit-elle en sautant dans le tram. Un tram plus qu’à moitié vide: «Il y a moins de monde qu’un dimanche», assure un wattman.

Les gens questionnés sont dans l'ensemble compréhensifs. «Mieux vaut perdre les denrées que la vie», explique l’employée d’un restaurant, qui part pour vider les frigos de son entreprise. D’ailleurs, Delphine, notre restauratrice, serait en fait favorable à un confinement total.

Créé: 17.03.2020, 11h11

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