Le Don Quichotte de la nage pour tous

PortraitGérard Jolimay Un «retraité actif» à la tête d’une armée de nageurs.

Gérard Jolimay revient à ses premières amours: la natation, été comme hiver.

Gérard Jolimay revient à ses premières amours: la natation, été comme hiver. Image: Laurent Guiraud

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Il y a des gens qu’il vaut mieux ne pas croiser lorsque l’on est pressé par le temps. Gérard Jolimay en fait partie. Il vous saisit la main et ne vous la lâche plus. Un tactile? Si l’on veut, mais du verbe, un loquace au sourire immédiat, un bavard quoi, passionné par le contact humain.

Ainsi se présente cet ancien sportif d’élite peu porté sur les podiums: il se jette dans l’échange avec un appétit d’adolescent, sans renoncer à la rhétorique de son âge: «J’assiste avec tristesse à la disparition de la politesse.» C’est dit en prenant congé de son interlocuteur, après deux heures d’entretien sans consulter une seule fois son téléphone portable, le privilège des «retraités actifs» – l’expression est de lui – un rendez-vous par matinée suffit à son bien-être.

Pratique populaire

L’homme dispose pourtant d’un joli réseau. Et le voici, depuis dix-huitmois, à présider une association qui compte déjà plus de 1500membres. Normal: elle défend une pratique éminemment populaire, celle que partagent à l’année les Usagers des bains et piscines genevoises. Dites AUBPG, un acronyme de plus dans la carrière du président Jolimay.

Le plus dur à placer tient en cinq lettres majuscules, ASFIP, pour Autorité de surveillance des fondations et des institutions de prévoyance. La chose est sérieuse et notre nageur présida en cravate son conseil d’administration pendant une demi-douzaine d’années.

On fait court sur l’engagement politique, la période électorale n’encourage pas ce genre de diversion, au risque de se mêler à une campagne dans laquelle notre sexagénaire confirmé – il est né en 1952 à Paris – n’est pas activement impliqué. Commentaire de l’intéressé: «Je n’ai plus aucun mandat, mais je dispose, c’est vrai, d’une jolie garde-robe.» À choisir, on préfère notre collectionneur de vestes en adepte des bassins olympiques, farouche défenseur des lignes d’eau et des horaires d’immersion matinale. Cette culture aquatique qui prône l’ouverture des piscines au lever du jour, des nocturnes pour tous et un «pass» général pour l’ensemble des infrastructures répertoriées dans le canton tient son lobbyiste de choc. Les directions en place ont le sommeil moins tranquille depuis que Jolimay et son comité se mêlent au débat semi-public sur l’avenir de nos infrastructures existantes.

Après avoir soutenu puis salué l’ouverture à l’année de Lancy-Marignac, l’association des usagers en caleçon de bain réclame la même chose pour Genève-Plage, un sacré bastion, qui roupille tout l’hiver, alors qu’il devrait au contraire s’inspirer des Bains des Pâquis et réfléchir enfin à son développement hivernal.

L’intérêt pour les autres

En substance, c’est ce que soutient le portraituré ci-contre, photographié dans la fontaine historique du Molard. Une tête dure comme la pierre de taille qui l’entoure lorsqu’il s’agit de défendre des convictions infiniment partageuses. «L’intérêt pour les autres passe avant l’intérêt personnel», répète ce fils d’architecte, bâtisseur, le père, de cités nouvelles davantage que de villas privatives avec piscine.

Chez les Jolimay, on affectionne les bassins publics, les courses qui démarrent en peloton et les tremplins de neige qui se construisent à plusieurs. Skieur acrobatique à 20ans – des bosses, des sauts et «beaucoup de ballet» – puis surfeur («J’ai construit ma planche à voile dans ma cuisine»), avant de devenir professeur de natation et enfin marathonien, avec un meilleur temps personnel de 2h42’’, à 41ans, à Tenero, dans le Tessin, lors des championnats suisses. Respect. «Je courais avec le Stade Genève, tout en étant aux côtés des organisateurs de l’Escalade. Pendant trente-cinqans, j’ai fonctionné comme bénévole, responsable de la ligne d’arrivée.»

Cette ligne de vainqueur et de vaincu, Géard Jolimay n’est pas pressé de la franchir une dernière fois. Son tempérament «quichottesque» le conduirait plutôt à s’arrêter au bord de la chaussée pour y serrer d’autres mains et embarquer du monde dans sa foulée.

Douce, la foulée, dans une eau lancéenne à 28degrés. Gérard en sort. Il vient de terminer sa session de crawl du jour, deux kilomètres en moins de quaranteminutes. Le corps encore mouillé, il interpelle son voisin de vestiaire: «Je voulais vous dire…»

Créé: 26.02.2020, 19h42

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