Les hommes bannis d’un atelier sur les discriminations

GenèveDes doctorantes de l’IHEID organisent un workshop sur les discriminations. Les hommes «cisgenres» sont priés de ne pas s’inscrire.

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L’invitation a été envoyée à tous les doctorants inscrits à l’École doctorale suisse d’anthropologie, soit près de 200 personnes. «Sexuality, gender and fieldwork» (à savoir «Sexualité, genre et travail de terrain»), c’est le titre d’un atelier en anglais sur deux jours, les 9 et 10 décembre, organisé par deux doctorantes de l’IHEID pour la Conférence universitaire de Suisse occidentale. Le but: étudier les discriminations basées sur le genre à l’encontre des femmes et des personnes non binaires (personnes qui ne se reconnaissent pas dans un sexe défini) dans la méthode requise pour le travail de terrain en anthropologie et en sociologie.

Jusqu’ici, tout va bien. Pourtant, l’invitation précise qu’«au vu de la nature sensible du sujet», les organisatrices prient «les hommes cisgenres (ndlr: soit tous les hommes non transgenres) de s’abstenir de s’inscrire à ce workshop». Exception faite pour «les hommes qui se sentent appelés à participer en raison d’expériences personnelles de violence»; ces derniers pourront contacter les organisatrices pour «discuter plus avant d’une éventuelle participation».

«Confusion entre militantisme et recherche»

Doctorant en anthropologie, Thomas Witzeling se dit «dérangé» par cette mise à l’écart. «Il ne s’agit pas d’un groupe de parole pour victimes de violences sexuelles, auquel cas la non-mixité fait évidemment sens. Il s’agit d’un atelier de travail pour doctorants à l’Université.» Réserver cet atelier aux seules doctorantes, en garantissant un «espace protégé» («safe space» dans le texte), reviendrait à considérer qu’elles seraient trop émotives pour supporter une approche de la question avec des participants de tous genres? «À ce stade universitaire, on est censé être outillé pour avoir un esprit critique et débattre avec des personnes qui ne sont pas forcément d’accord avec nous», estime Thomas Witzeling, gêné par la confusion qu’il observe entre le militantisme et la recherche, dont le but «est justement de dépassionner le débat avec une approche non partisane».

Est-il soutenable d’écarter des personnes en fonction de leur identité de genre à un workshop scientifique? Si oui, comment le résultat de cet atelier peut-il avoir une valeur scientifique en écartant d’emblée une partie des doctorants? Nous n’aurons malheureusement pas de réponse des deux organisatrices, qui, contactées, n’ont pas souhaité exprimer leur point de vue.

«Politique axée sur le genre et la diversité»

Il est en revanche défendu par Brigitte Mantilleri, directrice du Service égalité de l’Université de Genève, à qui l’on a demandé si cette mise à l’écart des hommes est conforme à la loi sur l'égalité des sexes en Suisse, qui précise qu’il «est interdit de discriminer les travailleurs à raison du sexe, soit directement, soit indirectement»: «Je pense qu’un groupe a parfaitement le droit de choisir d’être entre soi pour mieux discuter, approfondir certaines questions en toute quiétude, sachant que les rapports homme-femme sont ce qu’ils sont», estime-t-elle, ne voyant pas de problème lié à l’interdiction de discrimination basée sur le genre. «Je m’étonne quand même que l’on s’offusque haut et fort dès lors qu’un homme est exclu alors que nous sommes exclues à journée continue des clubs, conférences ou postes à responsabilités sans que cela ne semble choquer.»

«Je m’étonne que l’on s’offusque dès lors qu’un homme est exclu» - Brigitte Mantilleri, Directrice du Service égalité de l’Université de Genève

Par le biais de son département de communication, l’IHEID se distancie de l’organisation, même si les deux doctorantes organisatrices viennent de l’IHEID, tout comme l’une des deux conférencières invitées. L’institut «encourage activement une politique axée sur le genre et la diversité, notamment à travers son Centre genre», lit-on dans le mail de réponse obtenu. «Nous confirmons que ce workshop souhaite offrir un espace sécurisant pour élaborer les conséquences scientifiques des expériences de harcèlement des deux organisatrices lors de leur recherche.» Il mentionne également que «les hommes peuvent proposer leur participation à ce workshop», sans préciser le type et le degré d’expérience personnelle de violence qu’un doctorant doit avoir subi pour que sa participation soit retenue...

Également contacté, le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences du canton de Genève n’a pas répondu à nos diverses sollicitations.

Créé: 06.12.2019, 17h34

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