Divisé et affaibli, le PLR cherche un sauveur

Affaire MaudetLa courte victoire de Pierre Maudet mardi en assemblée a provoqué la démission de la présidence libérale-radicale et de quelques membres.

En emportant mardi soir la confiance d'une courte majorité de l'assemblée PLR, Pierre Maudet a provoqué la démission du président, Alexandre de Senarclens.

En emportant mardi soir la confiance d'une courte majorité de l'assemblée PLR, Pierre Maudet a provoqué la démission du président, Alexandre de Senarclens. Image: Pierre Albouy

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Le conseiller d’État Pierre Maudet a sans aucun doute remporté une bataille importante pour lui mardi soir, mais elle ne résout en rien la crise que traverse le Parti libéral-radical (PLR). Toujours aussi divisés, les libéraux-radicaux – qui ont au moins évité d’exploser en vol – vont devoir rapidement se trouver une nouvelle direction. Comme il l’avait annoncé, Alexandre de Senarclens remet son mandat de président, entraînant avec lui le départ de ses cinq vice-présidents, puisque l’assemblée générale l’a désavoué: 341 PLR ont maintenu leur confiance en Pierre Maudet contre 312 non et 56 abstentions.

En réalité, un vote inverse aurait lui aussi eu des effets négatifs, suscitant inévitablement colère et démissions. Et cela n’aurait toujours pas suffi à amener Pierre Maudet à démissionner. La différence, c’est que la présidence serait restée. Ce n’est pas anodin, alors que se profilent les élections fédérales en automne, puis les élections municipales en 2020.

Rassembleur recherché

Bref, le parti sort de son lavage de linge sale en famille encore plus déstabilisé qu’avant. Alexandre de Senarclens prévoit toutefois un renouvellement rapide. Un appel à candidatures sera lancé la semaine prochaine et une assemblée générale procédera à l’élection au début du mois de mars.

Reste à trouver la bonne personne. «Il me semble évident qu’il faut trouver une équipe qui fédère, amenant également un certain pluralisme des sensibilités», juge Rolin Wavre, membre actuel de la présidence. De son côté, Pierre Maudet a indiqué mercredi à la RTS que «le parti doit se rassembler autour des valeurs du PLR» et qu’il souhaite un débat de fond. Ce qui n’est guère éclairant sur ses intentions.

Ce qui est indéniable, c’est que choisir un proche du conseiller d’État ou au contraire un de ses adversaires déclarés ne constituerait pas le bon moyen d’apaiser les tensions. Il faut donc un sage ou une sage capable de rester au-dessus de la mêlée. L’offre d’emploi pourrait aussi ajouter: «Une expérience dans la gestion de crise serait un atout.»

Quelques démissions

Pour l’instant, les nerfs sont encore à vif et les annonces des premières démissions du parti cantonal tombent. L’ancien député Daniel Zaugg fait partie des plus remontés: «Je ne peux rester dans un parti qui cautionne les mensonges construits d’un magistrat, explique-t-il. La décision prise mardi va déchirer le PLR, alors qu’il faudrait s’occuper des vrais problèmes que sont la caisse de pension de l’État ou les élections fédérales.»

Ancien conseiller municipal du Grand-Saconnex, Antoine Orsini quitte aussi le parti. Il a même publié sa lettre de démission sur son blog. Bien que d’autres noms de démissionnaires circulent (comme celui du responsable de la section de Bardonnex), cela n’affole pas Rolin Wavre: «Je dirais que c’est normal qu’il y ait des gens fâchés après une telle assemblée. Mais je suppose qu’il n’y aura pas trop de démissions.» On ne le saura toutefois que dans les semaines qui suivent.

Des tensions au parlement

L’onde de choc de l’assemblée du PLR a inévitablement atteint le Grand Conseil. Doublement concerné, le député PLR Cyril Aellen admet que «le groupe des députés ne va pas échapper à un débat difficile, dont il s’est tenu écarté jusque-là. C’est inévitable, ne serait-ce parce que le parlement est saisi de nombreux projets visant Pierre Maudet.»

Les autres partis partagent l’avis que rien n’a été réglé mardi. «Le débat ouvert par l’affaire n’est pas clos car il a une influence sur bien des dossiers, commente le Vert Pierre Eckert. Pour avancer, nous avons besoin d’un PLR qui sorte de sa crise et parle politique.»

L’UDC Thomas Bläsi abonde: «Pour nous, la crise continue du PLR est un problème, car c’est notre partenaire le plus proche.» Au Parti socialiste, on craint même que la perte de crédibilité du conseiller d’État n’entame la confiance envers l’entier du gouvernement: «La confiance envers Pierre Maudet ne va pas se rétablir, prévient Caroline Marti. Le sentiment de défiance du Grand Conseil va donc rendre difficile le travail avec le Conseil d’État tout entier.»


La défense veut récuser des procureurs

Pierre Maudet a déposé mercredi une demande de récusation au Ministère public. Contre qui? Contre des procureurs en charge de l’enquête qui le concerne. Il leur reproche d’avoir transmis au Conseil d’État des éléments du dossier pénal ouvert contre lui.

Comme le journal «Le Temps» l’a rapporté le 14 janvier, le Ministère public a transmis au gouvernement, le 9 janvier, des extraits d’un procès-verbal d’audition. Ce qui fait bondir Me Grégoire Mangeat, avocat de Pierre Maudet, qui dénonce sur Twitter: «Monsieur Pierre Maudet demande la récusation des procureurs ayant concouru à cette transmission d’éléments couverts par le secret.» Pour appuyer sa demande, le conseiller d’État se réfère aux conclusions d’un avis de droit demandé à Marc Thommen, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Zurich. Selon ce dernier: «La communication des extraits en question, mais aussi le courrier du Ministère public les accompagnant et contenant lui-même des faits couverts par le secret, pourraient être constitutifs d’une violation du secret de fonction.»

La défense de Pierre Maudet fustige «cette communication d’extraits d’un procès-verbal d’audience, en pleine instruction, comme un acte de violence institutionnelle totalement inadmissible.» Enfin, Me Mangeat appréciera prochainement la possibilité, même en l’absence de base légale cantonale, d’exiger le dépaysement de l’instruction hors du canton, voire devant le Ministère public de la Confédération, si l’impartialité du Parquet genevois et la présomption d’innocence devaient ne plus pouvoir être garanties «très strictement» dans cette procédure. Le Ministère public est donc maintenant appelé à se pencher sur cette requête. En cas de refus, l’affaire sera traitée par la Chambre pénale de recours. Contacté, le Parquet genevois n’a pas souhaité faire de commentaires. Fedele Mendicino


Pierre Maudet bouté hors de la Sécurité

Hasard du calendrier? Quelques heures après la confiance accordée par le PLR à son magistrat Pierre Maudet, le Conseil d’État sort du bois. À l’issue de sa séance hebdomadaire, il a signalé par communiqué pérenniser à partir du 23 janvier l’organisation qu’il avait annoncée le 13 septembre dernier. Pierre Maudet perd définitivement la présidence du Conseil d’État, charge dont il était privé de facto depuis cette date. Mais ce n’est pas tout! Le communiqué un peu alambiqué du Conseil d’État annonce aussi que le magistrat PLR se voit privé de toute la politique de sécurité, et plus seulement de la police, comme auparavant. Il perd donc toute la politique publique, qui comprend en outre le secteur pénitentiaire (privation de liberté et mesures d’encadrement), l’Office de la population (population, droit de cité et migration), ainsi que l’ex-département militaire (sécurité civile et armée).

Pas de lien avec le PLR

Cette annonce est-elle en lien avec l’assemblée du PLR? «Elle n’a aucun impact sur nos réflexions, assure le président du Conseil d’État, Antonio Hodgers. Ces mesures étaient annoncées en décembre pour janvier.» Pour expliquer ses choix, le gouvernement avance deux éléments. Il évoque d’une part «la demande d’extension de l’autorisation de poursuivre M. le conseiller d’État Pierre Maudet adressée par le Ministère public au Grand Conseil. Cette demande porte sur des faits qui relèveraient de l’acceptation d’un avantage de la part d’un groupe hôtelier. Pour le Conseil d’État, il ressort de ces éléments nouveaux que l’enquête pénale se poursuit et que l’extension du champ d’investigation qui en résulte est de nature à prolonger sensiblement la procédure, et donc son échéance […].» Il ajoute d’autre part ces considérations politiques fortes: «Le Conseil d’État constate que la construction mensongère de M. Maudet ainsi que l’adoption d’un comportement, pour des faits d’ores et déjà admis qu’il qualifie lui-même, à juste titre, de totalement indignes, ont porté atteinte à la crédibilité de la fonction.»

Le marché continue

Le grand troc n’est pas fini. D’autres modifications pourraient encore intervenir, puisque le Conseil d’État précise que «les travaux entamés seront conclus d’ici au 23 janvier 2019». Le magistrat Pierre Maudet reste chargé de l’économie et des communes. Il pourrait la semaine prochaine récupérer quelques éléments supplémentaires pour équilibrer la charge de ses collègues. Le Grand Conseil se penchera ensuite sur cette nouvelle modification du périmètre des départements. Marc Bretton

Créé: 16.01.2019, 19h34

Gössi: «Les valeurs du PLR Suisse ont été bafouées»

La décision du PLR genevois est un camouflet pour les élus PLR genevois à Berne (Lüscher, Genecand et Hiltpold) qui, tous trois, demandaient la démission de Pierre Maudet. C’est aussi un geste de défiance envers la direction suisse du parti qui demandait la même chose. Embarrassée, la présidente Petra Gössi a mis du temps à réagir. Mais elle a accepté de répondre par écrit à quelques questions.

Madame Gössi, le PLR genevois a majoritairement accordé sa confiance à Pierre Maudet. Le PLR Suisse l’a-t-il condamné trop vite?

Moins de la moitié des membres présents a soutenu Pierre Maudet. L’assemblée de mardi soir a surtout mis en avant le fait que Pierre Maudet, de par son comportement, divise et nuit au PLR Genève. Cette décision ne change en rien les points qui sont déterminants pour nous. Le PLR Suisse maintient par conséquent sa demande de démission du 28 novembre 2018. La confiance a été durablement détériorée.

En soutenant Pierre Maudet, la section genevoise PLR pardonne le mensonge et la dissimulation en politique au regard du bon bilan du ministre. Est-ce acceptable pour le PLR Suisse?

Encore une fois, moins de la moitié des membres présents a soutenu Pierre Maudet. Le comportement de Pierre Maudet ne correspond pas aux valeurs du PLR et compromet de nombreuses années de travail. Nos membres, nos élus, la population dans son ensemble doivent pouvoir s’identifier à nos valeurs. Elles ont ici été bafouées et nous ne pouvons tolérer ce manquement.

Vous avez affirmé que Pierre Maudet trahissait les valeurs du PLR. Vu que le PLR genevois le soutient, allez-vous lancer une procédure d’exclusion de la section genevoise?

Une telle mesure n’est pas d’actualité.

Quelles mesures compte prendre le PLR Suisse pour que le dégât d’image suite à l’affaire Maudet n’entache pas sa campagne pour les élections fédérales d’octobre?

Nous allons continuer à travailler. Nous allons continuer à faire passer nos messages, nos positions et nos valeurs à travers le pays. Les électeurs ont compris que le comportement de Pierre Maudet n’est en rien le reflet des valeurs du PLR.
Arthur Grosjean

Pas d’exclusion de Berne

Le PLR Suisse tonne mais ne bougera pas d’une oreille. Sa présidente, Petra Gössi, a appelé mercredi une nouvelle fois Pierre Maudet à démissionner pour avoir trahi les valeurs de son parti à cause de ses mensonges répétés (voir notre interview ci-contre). Au-delà de cette condamnation morale, pas grand-chose.


Le PLR n’envisage pas une seconde d’exclure sa section genevoise pour insubordination. Pourquoi? Pour deux raisons. D’abord les statuts ne prévoient pas l’exclusion d’une section rebelle. Il faudrait faire tout un micmac pour arriver à un vote de l’assemblée générale des délégués ou des présidents cantonaux.

Mais la raison principale est politique. Comme le dit le conseiller national PLR Christian Wasserfallen, «exclure une section provoquerait un chaos au sein du PLR en pleine année électorale». Il estime également que «cela remettrait gravement en cause le principe de l’organisation fédérale du parti». En gros, chaque section cantonale est maîtresse chez elle et doit assumer ses succès et ses errements.


Un membre de la direction du PLR Suisse ajoute qu’on pourrait certes exclure une section, mais uniquement en cas de dérive gravissime. «Par exemple si une section PLR se mettait à défendre le programme politique du PS.»
AR.G.

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